‹ Madame AgnèsChapitre 182 sur 189 · ACTE II, SCENE III · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE III

ANTONiN, un temps. Il boit son thé et rend la tasse à Gabrielle.

Il a bien fait, cet homme.

MARTHE

N'est-ce pas? C'est mon avis. Mais l'opinion, à ce sujet, n'était pas unanime. Les uns approuvaient, les autres blâmaient. Les derniers étaient beaucoup plus nombreux.

ANTONIN

Alors, pas de doute, c'étaient ceux-là qui avaient tort. Les imbéciles dominant sur la terre, on a plus de chance d'être dans le vrai si l'on fait partie de la minorité. (A Gabrielle). Eh bien! Tu ne prends pas de thé, toi?..

GABRIELLE

Si... si... {Elle se verse.)

ANTONIN, il a pris une cigarette.

Vous permettez? {Signe d'assentiment de Marthe. Il allume et après quelques bouffées^ tout en marchant dans la pièce.) Le tout est de savoir si ce M. Détril devait mener une vie moins malheureuse en restant séparé de sa femme qu'en la reprenant? Tout est là. Et quant à l'opinion du monde, il n'y a qu'à ne pas en tenir compte. Aussi ne vous cacherai-je pas qu'il me plaît, ce garçon, pour avoir eu le courage de ne pas se draper dans une sotte dignité. (// vient s adosser à la cheminée et tout en regardant monter les spirales de fumée de sa cigarettcr) Et puis, tout ça, c'est affaire de tempérament... Deux individus, en pareille circonstance, n'agiront pas de même, et le même individu, avec deux femmes différentes, n'adoptera pas deux solutions identiques»

MARTDE

En effet, sait-on de quoi est fait un cœur humain? Et c'est parfois ce quil y a en nous de moins noble qui nous pousse aux déterminations les plus généreuses en apparence. Mais il peut arriver pourtant qu'on ait certains principes arrêtés qae la passion la plus forte ou l'habitude la plus invétérée ne pourrait entamer. Tenez, sur cette question du pardon, précisément...

ANTONiN, il vient s'asseoir dans un fauteuil.

Du tout, chère amie, distinguons. Le pardonne s'exerce pas en vertu d'un raisonnement, mais au moyen d'une faculté. Oui, c'est le mot exact. On a, ou on n'a pas la faculté du pardon, tout comme celle de faire un vaudeville. On peut aussi lavoir eue et ne plus lavoir, ou la retrouver après l'avoir perdue.

MARTBE, brusquement.

Et vous, l'auriez-vbus?

ANTONIN, après un temps, souriant.

Ah! ma chère! Vous me prenez au dépourvu I Gomment diable voulez-vous que je sache?...

MARTHE

Pourtant... d'après votre théorie... on sent bien si Ton serait capable ou non d'écrire un vaudeville...

ANTONIN

Vous êtes drôle! Vous me rencontrez au beau milieu d'une route bien unie, bien entretenue, sur laquelle je

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