ACTE PREMIER
MARIR.
Mon Dieu, non.
HENRI
Eh bien, c'est le spectacle de notre bonheur.
MARIE
Ce qui prouve, une fois de plus, qu'il ne faut pas se fier aux apparences.
Fausse sortie.
HENRI, la rappelant. Alors, c'est décidé... vous ne me pardonnez pas?
MARIE
Je vous en prie...
Elle s'en va. Henri court à elle et la ramène en scène, en la prenant par le bras.
HENRI
Mais, pourtant !...
MARIE, se dégageant.
Je vous en supplie, monsieur... pas de violences....
HENRI
Alors... parce qu'une fois, voilà un an, je vous ai... je me suis... j'ai eu des torts enfin !... je vais payer toute ma vie cette faute d'une heure ?
MARIE
Une heure seulement, c'est vrai. Cette dame devait avoir peu de conversation.
HENRI
Mais, faut-il vous répéter pour la centième fois comment cela est arrivé ?
MARIE
Non, je vous fais grâce, je sais par cœur; et puis, il importe peu que ce soit arrivé d'une façon ou d'une autre... Ça est arrivé, et je l'ai su.
Si vous saviez combien je souffre ?
MARIE
Pas autant que moi... autrefois.
HENRI
Et maintenant?... Vous ne souffrez plus?
MARIE
Oh! non... c'est fini complètement... J'ai arrangé ma vie... Le tout, voyez-vous, après un grand chagrin, c'est de se faire une raison et de prendre ses habitudes en conséquence. — D'ailleurs, elle n'a rien de pénible ma vie. Dans la journée, rien de changé entre nous. Nous prenons nos repas ensemble; nous sortons même ensemble, quand il le faut.
HENRI
Ce n'est pas la journée qui...
MARIE
Et le soir venu, je rentre dans ma chambre. Là, je lis généralement une heure avant de m'endorrair, et le sommeil vient très bien après.
HENRI
Vous avez de la chance !
MARIE
Vous ne dormez pas, vous ?
HENRI
Non!
Prenez du tilleul.
HENRI
Alors... le soir... après que vous vous êtes enfermée sous double verrou, dans votre chambre, vous ne vous dites jamais : « Là, dans la pièce à côté, il pense à moi... il souffre. »
MARIE
Non, franchement, je ne me dis pas ça ; et je n'ai pas à me le dire... parce que, si vous m'aviez aimée, vous ne m'auriez pas trompée.
HENRI
D'abord, ce n'est pas une raison. Et puis... je ne sais combien je vous aime que depuis que vous ne m'aimez plus.
MARIE
Allons, ne vous plaignez pas. Je trouve que j'ai été très douce encore et très clémente. xAu bout de deux mois de mariage !... Quand je pense à cela... moi qui vous aimais !... Non, vous ne vous doutez pas de ce que peut éprouver une jeune fille pour le premier homme qui lui parle d'amour, qui va lui donner son nom. Elle met en lui toute sa pensée, tout son espoir, toute sa confiance. L'amour qu'elle avait pour ses parents, ses rêves, ses enthousiasmes, elle lui donne tout !... Ah ! tenez, quand je songe à cela, je vous trouve bien misérable et peutêtre encore plus bête!
HENRI, avec élan.
Oh 1 ça, oui !
Enfin, j'aurais pu faire un éclat.,, retourner chez mes parents... demander le divorce...
HENRI
J'aurais préféré ça!... Au moins, vous aurai-je oubliée à l'heure présente... Et je n'éprouverais pas ce supplice de chaque jour, de chaque soir. Quand je pense qu'hier encore, à dîner chez vos parents, on a parlé tout le temps de notre bonheur... du parfait ménage que nous faisions... Oui, là, enfin, devant vos parents, vous avez été forcée de m'embrasser... de vous laisser embrasser... et à minuit, quand nous sommes rentrés... nous avons pris chacun notre bougeoir préparé là, sur cette table... et sans même nous dire bonsoir... vous à droite, moi à gauche... Eh bien, la nuit!... Savezvous où je l'ai passée, la nuit?
MARIE
Dehors... chez cette dame?... Vous auriez pu, car vous avez toute liberté.
HENRI
Cette dame I... Non, là... devant votre porte.
MARIE
Une folie!... Vous étiez dans le même état sans doute, quand vous êtes retourné chez... Enfin, à quoi bon toutes ces explications ?... Puisque c'est fini... puisque jamais, vous entendez, jamais nous ne serons rien l'un pour l'autre.
HENRI
Jamais ? ^