SCÈNE IV
moi que tous les soirs il s’incrustait dans une stalle d’orchestre derrière la clarinette. Toutes ces petits poseuses du théâtre se figuraient que c’était pour elles, mais j’avais bien vu à la direction de son télescope...
JUSTINE
Et puis le bouquet que vous receviez tous les jours...
NISIDA
Ce cher baronnet, ce n’est pas précisément l’Apollon du Belvédère ni la Vénus de Milo; mais il a une bonne figure qui me réjouit... je crois que j’en suis toquée, parole d’honneur!... justise, qui a fini d’ajuster les cheveux.
Voilà qui est fait.
nisida, se levant.
Donne-moi mes bracelets de velours... là, dans mon coffre de bois des Iles.
JUSTINE
Votre boîte à cachemires?
nisida.
Où il n’y a que des rubans et des gants.
Justine, apportant à Nisida les bracelets qu’elle a pris. Parce que madame le veut bien ; je connais des gens qui ne demanderaient pas mieux...
Moi aussi !
NISIDA
JUSTINE
A commencer par le vicomte de Pont-Cassé, qui voulait vous lancer, comme il dit.
NISIDA
Ce lion âgé?
Justine, rangeant sur la cheminée.
Il est venu ce matin.
NISIDA
Quand l’empaille-t-on?
JUSTINE
Monsieur Gaston de Luzy s’est aussi présenté.
NISIDA
Sans sa nourrice? Un enfant qu’une cigarette rend malade, et qui fait semblant d’être gris, lorsqu’il rentre chez sa maman, afin de passer pour un mauvais sujet.
Justine, montrant récrin qui est sur la cheminée.
C’est égal, il remplacerait bien notre parure de théâtre que voici par des diamants pur sang.
NISIDA
Eh ! mon Dieu ! je sais que je pourrais me draper dans des cachemires, avoir des brillants, un cocher poudré, des laquais de six pieds et des grooms de vingt-cinq centimètres. Quand on est sur les planches, qu’on a une petite figure chiffonnée...
LES FANTAISIES DE MILORD
Air : Repassez demain. (Ambassadrice.)
Ce n’est pas la mer à boire,
D’encager quelque lion.
Mais je hais le provisoire,
Et j’ai plus d’ambition.
Les galants de nos coulisses,
En arrêt d’vant les actrices,
Trouvent mon cœur trop inhumain.
Moi je leur dis pour tout refrain :
Je crois vous entendre.
Repassez demain :
Mon cœur est à prendre,
Mais avec ma main.
( Elle s'approche de la causeuse.)
JUSTINE
Alors, comme je l’ai dit à monsieur Gaston et à monsieur de Pont-cassé, aucun d’eux ne gagnera le pari.
NISIDA
Quel pari?
JUSTINB.
Cinq cent louis, au premier qui réussira.
NISIDA
Les impertinents !
JUSTINE
Ils ne doutent de rien.
NisitA, s'asseyant.
Pas môme de leur mérite. Plus que jamais, tu leur refuseras ma porte; je n’y suis que pour le baronnet. Celui-là du moins m’épousera. Il veut me traduire enmilady. Tu viendras à Londres avec moi.
JUSTINB.
Je ne sais pas la langue.
NISIDA
Tu crois ça; c’est que tu n’as jamais essayé. Pour parler anglais, il ne faut que au toupet.
JUSTINE
Ne trouvez-vous pas que depuis quelque temps le baronnet a l’air de s’ennuyer?
NISIDA
Encore un préjugé. C’est sa manière d’être gai : c’est la gaudriole britannnique.
JUSTINE
Il me semble bien froid.
NISIDA
C’est sa température.
JUSTINB.
il rumine quelque rupture en douceur; je connais si bien ça.