ACTE PREMIER
BEBTIN.
Par votre mère... elle-même...
GEORGES, après an silence.
Monsieur Berlin, vous m’avez dit tout à l'heure què maintenant j’étais un homme... traitez-moi comme un homme. Dites-moi la vérité; quelque amère qu’elle puisse être, la vérité vaudra mieux pour moi que ces vagues lumières que je vous arrache. Ma mère a peut-être une position... que vous craignez de me voir compromettre ; elle est... mariée peut-être... eli bien ! je me résignerai à ne la voir que de loin ; il me suffit dès lors de savoir son nom, et je vous jure. .. Elle est mariée, n’est-ce pas ?
B E R T I N , comme pour se débarrasser .
Mariée... oui.
GEORGES
Ah 1 celte fois-ci vous n’avez pas dit vrai !
B ER TIN
Moi 1
GEORGES
Jurez donc sur votre honneur que ma mère est mariée ? (Berlin se tait.) Elle ne l’est pas, vbus n’osez pas le soutenir ! Veuve, elle serait libre, et puisqu’elle m’aime!... Mais -comment n’étant ni abandonnée, ni mariée, ni veuve... Ah! voilà une sorte de souffrance que je ne connaissais pas ! que je n’aurais point imaginée ! et qui est horrible !... Savoir qu’on a une mère, qu’elle vous aime I... sentir qu’on l’aimerait... l’aimer déjà I et ignorer son nom, ignorer où elle vit... ce qu’elle est, ce que... (Dans l'agitation qui la possède, ses yeux tout à coup tombent et se fixent sur le volume quo madame Bertin a laissé sur la causeuse. Un moment la voix lui manque, puis il jette un cri qu'il étouffe aussitôt et d’une voix brisée'.) Ah ! ma mère serait... une de ces femmes... qu’on flétrit là dedans !!!...
BERTIN
Nonl non!...
GEO AGE S, dans la fièvre.
Je ne vous crois plus!... (Reprenant.) Ma mère sérail...
BEATIN.
Mais non, vous dis-je.
GEORGES, s'arrêtant.
Non, monsieur Bertin? non?... mais... au fait, vous m’avez dit tout à l’heure que ma mère était mariée, j’ai douté : j’étais fou, je vous crois I Alors, monsieur, bon, libre et juste comme vous l'êtes, vous ne devez voir en moi qu’un orphelin ; et vous ne pouvez pas me renvoyer le jour où je vous demande votre fille. Nous nous aimons, monsieur, je ne veux pas sa dot, vous accepterez la mienne !...
BERTIN, vivement.
Jamais 1
GEORGES
Jamais?... vous voyez bien que vous ne savez pas mentir! vous voyez bien que je ne me trompe plus, que j’ai trouvé enfin!... et que moi, moi si fier!... je suis le fils de... Ah! mon Dieul mon Dieu!.., (il tombe dans les bras de Dertin éclatant en larmes.)
BERTIN
Georges! George^! mon ami! vous avez dit qu’il n’apparten3it pointé l’enfant de juger ses parents.
GEORGES, l’interrompant.
Croyez-vous que je vais me démentir? c’est toujours ma mère! me voilà seul au monde... Je veux la voir, et... vous ne pouvez plus me refuser son nom!...
BERTIN
Sil En me chargeant de veiller sur vous, en me confiant la somme qui devait pourvoir à tout, votre mère m’a fait jurer de ne jamais vous révéler ni le nom qu’elle avait adopté, ni son nom véritable. (S’arrêtant en regardant Georges.) Mais... qu’avez-vous donc?