SCÈNE -PREMIÈRE
ARMAND, puis JEANNE.
(Au lever du rideau Jeanne est en train de préparer, pour le café, les lasses qui sont sur une des tables du fond. Armand parait presque aussitôt, venant de la salle il manger.
ARMAND
Voulez-vous me permettre de vous aider, mademoiselle ?
JEANNE
A quoi donc, monsieur ?
ARMAND
A disposer ces tasses sur la table autour de laquelle on va venir prendre du cafë.
JEANNE
Monsieur le comte de Saint-Géry ferait cette besogne !
ARMAND
' Mais, mademoiselle... vous la faites bien!
JEANNE, le regardant.
Monsieur Armand?
ARMAND
Mademoiselle Jeanne?
Je suis sûre d’être une fille bien élevée ; mais, dès l’âge de dix ans, la fillette la mieux élevée sait déjà bien ce qu'on entend par faire la cour ! C’est inexplicable, mai3...
ARMAND
Mais c’est ain3i, n’est-ce pas?.,. Oui, mademoiselle, c’est la Providence qui veut cela, pour mettre les femmes en garde le plus tôt possible contre les hommes qui sont de francs scélérats!
JEANNE, allant chercher tes tasses.
La Providence doit faire aussi les exceptions. Eh bien ! monsieur Armand, si je ne me trompe, vous me...
ARMAND
Vous ne vous trompez pas, mademoiselle, je vous fais ma cour.
JEANNE
Ah!... Bien!... Oui!... mais pourquoi ?
ARMAND
Comment pourquoi ! Jolie, gracieuse, instruite, bien élevée, riche ! vous demandez pourquoi ?
JEANNE, descendant en scène.
Sans doute! vous êtes le comte Armand, vous ; le fils du marquis de Saint-Géry, mon très-noble parrain I moi, je ne suis que al fille de M. Bertin, notaire.