ACTE PREMIER
ARMAND, arec un peu d’amerturoe.
Eh! mademoiselle! il est riche M. Berlin! et tout marquis el comte que nous sommes. . .
JEANNE, l’interrompant.
Vous êtes sans fortune... oui, c’est un des chagrins de mon père» qui a toujours été le notaire du vôtre. Mais je ne vois pas là la plus petite raison pour me faire votre cour!... Croyez-moi, rentrez dans la salle à manger ; nos convives auront remarqué votre absence. . .
ARMAND
Ça les soulage, mon absence 1 Tout ce monde qui est là est riche. Combien y a-t-il de millionnaires, là ? Trois au moins? Eh bien ! . lorsqu’un beau dîner finit, que la digestion commence, qu’on va parler dix à la fois, et qu’on quitte sa chaise pour aller... vers sa sympathie du moment, ça ne plaît guère, la vue d’un pauvre garçon noblement râpé!... ça gêne!...
JEANNE
Ah! monsieur Armand!
ARMAND, sans s’arrêter.
11 y a bien aussi mon charmant et excellent père, là ; mais madame Bertin le place toujours à côté d’elle; il lui dit qu’elle est adorable, ce qui est vrai; elle le laisse dire, et il est content!... comme s’il avait encore cent mille livres de rente ! (Contînnant snr le ton de l’ironie.) Vous voyez bien, mademoiselle, que ce que je peux faire de mieux au monde à l’heure qu’il est, c’est de vous dire que vous êtes belle; et puisque vous êtes belle et riche 1 spirituelle et fille unique 1 de vous jurer que votre mari sera le plus fortuné des hommes I
Et c’est là ce que vous appelez me faire votre cour ! Je ne m’en serais pa3 doutée, si vous ne m’aviez prévenue !... Mais tant mieux! oh 1 tant mieux! me voilà bien plus à l’aise!... Ah! pau-
vre amour! pauvre songe des petites pensionnaires! ce n’est pas de monsieur le comte Armand que vous troublerez le sommeil!...
ARMAND, tristement.
Non, n’est-ce pas? l’amour, ie songe, je ne sais pas ce que c’est! Ce n'est pas moi qui saurai jamais dire à une jeune fille bonne et candide, comme vous: (Avec beaucoup de simplicité et d'expression, en regardant d’un autre cdté que Jeanne.) O mademoiselle! ayez foi en Dioi ! Je vous aime! je vous aime du plus sincère amour !
JEANNE
Ah! (a part.) Je crois que j’ai compris. (Haut.) Monsieur Armand, vous dites très-bien : « Mademoiselle, ayez foi en moi ! » mais...
ARMAND
Mais?
JEANNE
Mais ce n’est pas à moi que vous savez le direl (Elle va vers ta cheminée.)