MADAME G R I OIS
Pas du tout! Vous vous trompez d’étage!...
ARMAND
Non pas !
MADAME GRIOIS.
Ou bien... attendez donc!... Combien y a-t-il quo vous êtes venu ici?...
ARMAND, impatient.
Deux mois.
MADAME GRIOIS. 4
C’est cela... Depuis un mois, mon enfant, il y a ici de nouveaux locataires.
Ahl je ne pourrai pas même lui dire adieul
MADAME GRIOIS, étonnée.
Adieu !
ARMAND, se relevant vivement et allant pour sortir.
Je VOUS laisse, madame. (Mélodie sur lu piano dans la coulisse.)
MADAME GRIOIS, se lovant et le retenant.
Armand! vous voulez donc partir?...
ARMAND
Oui.
MADAME GRIOI§, allant k lui.
Et quand cela ?
ARMAND
Mais... demain, je ne sais!... bientôt enfin!
MADAME GRIOIS.
Pour aller?...
ARMAND
Ah!... où l’on voudra. J’ai résolu de ine faire soldat si...
MADAME GRIOIS; elle ramène par la main Armand sor l’avanl-scèno .
Si?... (Armand se tait.) Armand? (il se tait encore.) Ah! quel caractère!. ...(Reprenant vivement tandis que pour la leçon de piano, la mélodie continue.) Sois donc autrement que ça avec moi, mon garçon!... Est-ce que j’ai l'air méchant, voyons! je t’ai vu grand comme ça, moi! je t’ai acheté des billes, des pétards, l’histoire des naufrages. J’ai vu croître tes défauts ; je les aime. . Et tu ne serais qu’un niais, toi, si tu ne savais pas reconnaître que la maman Griois est une bonne femme. (Armand, toujours impatient et fiévreux, jette un coup-d’œil à la pendule. Se retournant vers madame Griois, il lui prend les mains qu’il serre dans les siennes, elle continue d’un ton plus attendri.) Tu vois, je te dis lu , et ça n’offense pas ta seigneurie. C’est que lu le sens bien, que je suis bonne! qu’est-ce qu’une femme peut être à quatre-vingts ans? Avec ça, elle parait belle jusqu’à la fin. C’est si facile d’ailleurs d’étre bon! et c’est si boni... Profite donc de ça, mâtin! ouvre-moi ton cœur!
• ARMAND
Oui, oui, vous saurez tout, chère madame Griois, mais...
MADAME GRIOIS.
Dis maman Griois, va! je suis vieille, mais une femme eùt-elle cent cinquante ans , ne se lasse jamais de s’entendre dire * maman. » J’ai élevé trente-neuf enfants, moi, en comptant mon Georges... veux-tu qu’avec toi ça m’en fasse quarante? (Entrée de madame Aubert, qui accompagne une jeune Glle, jusqu’à la porte du deuiième plan & droite. La jeune fille sort, madame Aubert descend la scène.)
ARMAND
Oui, chère bonne-maman Griois... Mais nous ne pouvons causer maintenant, je ne sais même pas chez qui nous sommes...
MADAME AUBERT, doucement.
Vous êtes chez moi, Monsieur : madame Aubert. (Elle est vêtue d’una longue robe peignoir, en soie, de couleur sombre.)