‹ Madame Aubert, drame en quatre actes, en proseChapitre 67 sur 88 · MADAME GH101S · texte numérisé non relu

MADAME GH101S

Oui ! J'ai appris. . . — c’est bien le moins qu’à mon âge on ai t appris quelque chose... — qu’il faut faire de sa conscience une bégueule pour soi-même, une sœur de charité pour les autres. (Rapprochant sa chaise.) Mais revenons à l'objet de ma visite, (ils se rasseyent.)

MADAME AUBERT, h part.

Je respire...

MADAME GRIOIS.

Comme je vous le disais, il s’agit d’une jeune fille et des conditions de moralité désirables... (Brusquement.) Avez-vous eu des enfants, madame?

Non 1 Mais je sais... oh ! je sais bien ce qu’on doit désirer, vouloir, exiger, pour une jeune fille, dès qu’on la met, fût-ce pour une heure, hors des mains maternelles. Je sais comment on doit les veiller, ces âmes qui s’ouvrent, et qu’un souffle peut troubler 1 ces plantes délicates dont un rayon trop vif peut mettre en danger les fleurs... Je sais avec quelle vigilance jalouse et cachée, il faut écarter le mot, le regard, le geste, l’objet, la pensée... qui pourraient laisser une ombre sur ces fronts pursl Confiez- la-moi donc sans crainte, madame, cette enfant qui préoccupe votre sollicitude I... Vous me la faites aimer déjà, et elle m’attire par je ne sais quel charme inconnu I

ARMAND

Ohl votre élève vous aimera, madame.

Je l’espère. (Achevant.) Mais vous me pardonnerez, n’est-ce pas?... vous ne me renverrez pas, si... — quand je serai aimée de mon élève, — si par instants mon cœur se fait illusion, si ma bouche se trompe, si je me laisse entraîner alors à la douceur de dire : a Mon enfant I mon enfant 1 > (Elle se lève.)

MADAME GRIOIS, brnsqnement et se levant aussi.

Pourquoi donc dites-vous que vous n’avez pas eu d’enfant, madame ? Vous êtes mère, ma chère amie, vous êtes mère.

Non! non I! non!!! Mais j’aurais tant voulu pouvoir l’être !...

ARMAND, qui s’est aussi levé.

Madame Griois no vous fera pas l’injure do pousser ses questions plus loin, madame.

MADAME GRIOIS.

Non certes !... Et, bien qu’on m’accuse d’être trop économe, d’être même un peu... avare, ce n’est pas avec une femme comme vous, madame, que je chicanerai sur le prix !

Je vous remercie, madame.

ARMAND

Moi aussi.

MADAME GRIOIS.

Voyez-vous ça ! (a madame Aubert.) Vous commencerez vos leçons, si vous le voulez bien... demain.

Demain.

ARMAND, saluant madame Aubert.

J’ai dû vous paraître indiscret, madame, mais vous me pardonneriez, si vous pouviez savoir ce que vous m’avez fait un instant oublier.

Monsieur t

ARMAND

Madame, j’ai l’honneur de voua assurer de tout mon respect...

MADAME GRIOIS, prenant le bras d’Armand comme pour s’en aller,

et revenant. .

Et moi qui ne vous dis pas où vous devez venirl... Prenez note: chez M. Bertin.

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