MADAME AUBERT, GEORGES
GEORGES, regardant le salon où il se trouve.
Quel silence! Tout est pauvre, froid, presque misérable!... Dieu Soit louél Mais elle? elle !... (Elle est à deux pas de lni, derrière lui, et, les bras tendus vers loi, elle veut l’appeler ; mais l'émotion lni ôte la voix et elle ne pent prononcer le nom qni est sur ses lèvres. 11 se retourne, il la voit défaillir; il court à elle et la reçoit dans ses bras.)
MADAME AUBERT, tombant assise sur la cbaise qni est près de la petite
table à gauche.
Georges !... vous savez donc ?
GEORGES, avec élan.
Ah! appelez-moi votre enfant... J’attends ce mot-là depuis que je suis au monde!
MADAME AUBERT, l'embrassant follement.
Mon enfant! mou enfant! (Avec un cri d’orgueil dans sa tendresse.) Mon Gis !...
GEORGES, très-doucement et comme en s’écoutant lui-même avec ivresse.
Ma mère! ma mère ! (La serrant dans ses bras les yeux fermes.) J’ai ma mère !...
MADAME AUBERT, t’arrêtant soudain.
Pourquoi donc, tout d’un coup, plus de bonheur que dans toute ma vie? .. Est-ce que je vais mourir ? (Eiio se lève.)
GEORGES, lui fermant la bouche avec sa main.
Silence 1
MADAME AUBERT, prenant cette main et la baisant.
Non, n’est-ce pas, oh! non ! je ne vais pas mourir !... Mais, mon enfant, vous m’avez donc reconnue, là?...
GEORGES
Je vous avais déjà vue. D’abord, quand j’étais élève à Sainte- Barbe, j’étais presque sûr de retrouver toujours, là où nous allions en promenade, une femme, sévèrement vêtue. J’avais fini par la remarquer... j’avais fini par aimer son visage doux et triste: c’était vousl... Mais qui m’eût dit!... La dernière fois que je vous vis, c’était au Luxembourg...
Oui... vous étiez avec le jeune homme qui accompagnait cette vieille dame... Il est votre ami, n’est-ce pas, ce jeune homme ?... Il faut bien l’aimer I il s’est souvenu du Luxembourg, et m’a saluée avec une bonté, avec un respect...
GEORGES, il so lève.
Lui !... ah I... (a pan, avec an sourire amer.) Lui I... et bientôt..* MADAME AUBERT, U elle-même, en le regardant.
Il se tait!... Il se détourne de moi !... Qu'a-t-il?... qu’ai-jodonc dit?... Ah! j’ai parlé de... de respect... et la mémoire lui est revenue peut-être! C’est mon jugel... Je n’ose plus le regarder 1... s’il allait regretter d’être venu ? s’il allait me fuir, (criant comme s’il la fuyait en effet.) Georges ! (U so retourne et revient vers elle... Elle reprend d’un ton suppliant.) Georges, vous m’avez embrassée, mais j’ai besoin d’être pardonnée... (eiio s’incline.)
GEORGES, la redrossant, et impétueusement.
Taisez-vous ! taisez-vous ! Vous êtes ma mère ! c’rsl tout ce