‹ Madame Aubert, drame en quatre actes, en proseChapitre 71 sur 88 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

que je sais, tout ce que je vois, tout ce que je veux : vous êtes ma mère 1 C’est à moi qu’il faut pardonner de ne pas vous avoir voulue, cherchée, trouvée plus tôt. Mais je vous ai, je vous garde, je vous aime! Jamais un mot, une allusion, un souvenir! Je nierais tout. Rien n’est vrai avant le moment où je vous ai embrassée. Vous n’avez vécu qu’ici, dans cette sainte pauvreté!... et moi... oh ! moi, c’est votre premier baiser qui m’a vraiment donné la vie I Dites-moi encore : Mon fils! embrassez-moi ! aimez-moi, commandez-moi ! et pour vous aimer, pour vous obéir, pour vous faire revivre, comptez sur moi ! Vous êtes ma mère !...

MADAME AUBERT, pleurant, et folle de joie.

Ah ! comme Dieu est bon I (Tressaillant.) Mais c’est un bonheur trop grand !... je suis épouvantée 1 (Elle passe à droite.)

GEORGES

Calmez- vous 1 calmez-vous I calme-tdi !

MADAME AUBERT, ravie, et doutant.

Comment?

GEORGES

Calme-loi !

J'avais donc bien entendu! Ohl... Georges, j’ai souffert!... Mais celte caresse de ta voix... (Brusquement.) Chose étrange ! Voilà seulement que je viens de l’entendre, ta voix... et je l’ai reconnue! Mais non ! cela n’a rien d’étrange I c’est comme ta bonté ; cette bonté divine que tu me prodigues là, crois-tu qu’elle m’étonne ? Non ! je la reconnais... comme ta voix I Mais parle donc, toi ! parle encore, mon Georges ! Dis -mol tes projets, tes espérances, dis-moi... Dis moi tout ce que tu voudras... pourvu que j’entende mon fils !...

GEORGES, allant chercher une chaise h gauche.

Eh bien ! ma mère, je vous apprendrai de grandes nouvelles qui nous intéressent tous les deux, (il s’sssied près d’elle.) D’abord, ma mère, je suis pauvre... (Mouvemrnt de madame Aubert.) Oui, l’argent confié à M. Berlin pour m’aider à me faire ma place dans la vie, je ne l’ai plus ; j’ai même contracté des dettes...

Mais...

GEORGES

Pardon, ma mère, ne m’interrompez pas en ce moment ! ce que je viens vous dire est certain, ce qui doit s’ensuivre est irrévocable. Écoutez-moi donc, comme si nous n’avions à nous deux qu’une conscience, et comme si elle nous parlait. J’ai fait de bonnes études... je suis licencié en droit, je peux me dire avocat ; j’ai même commencé mon stage. Bientôt je plaiderai En attendant, et pour que je gagne quelque argent, M. Berlin va me faire travailler chez un avoué. C’est le meilleur des hommes, M. Berlin I Je m’éloigne de sa maison, mais il me garde près de son cœur... je suis sûr, ma mère, que vous m'approuvez.

Ouil ouil... D’ailleurs, vous êtes le maître, mon fils... Nous nous verrons...

G E 0 R r. ë S, vivement.

Matin et soir ! nous demeurerons ensemble, ici même, si cela se peut, l’un près de l’autre 1 — Quand je saurai gagner ma vie... notre vie, dans la noble profession d’avocat, nous quitterons Paris.

Ah I (Lui prenant brusquement la tête et l’embrassant ) Que je te remercie I

GEORGES

Vois-tu comme nous nous comprenons! Alors, nous irons vivre n’importe où ! pourvu qu’il y ait un tribunal et des causes cependant I Tu ne donneras plus de leçons alors, non ! mais tu resteras musicienne, et le soir, pour me reposer des fatigues du palais et me faire oublier les tristesses que l’avocat voit de si près, tu me joueras du Beethoven.

MADAME AUBERT, doucement et avec un peu d'orgueil.

Je joue bien.

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