ACTE QUATRIÈME
pu les voir, d’un regard il* embrassent la scène. Puis Armand se dirige vers madame Aubert, en même temps que Georges vers le marquis.
ARMAND
Nous venons de chez vous, madame, j’avais à vous demander pardon de.-. (Musique à l'orchestre. Madame Aubert entend sans comprendre. Elle relève lentement la tète et regarde Armand d’un «il qui ne voit pas.)
GEORGES, de son cdté.
Monsieur!...
LE MARQUIS, le reconnaissant.
Luil lui! luit II ah 1 Cainl... (n tombe à la renverse, se cachant le visage avec horreur.)
MADAME AUBERT, se redressant au cri du marquis.
Georges!.., (Georges vient tomber dans *es bras.)
ARMAND
Mon père! mon pèrel je suis là!... mon père! c’est moi! (il se jette aux genoux de son père.)
LE MARQUIS, ouvrant les yeux ot parlant d’une voix faible.
Toi! oui! oui! c’est toi... (vivement.) Et lui? Georges?... (Armand le loi montro : il fait un mouvement vers lui et s’arrête.)
MADAME GRIOIS.
Tous les deuxl le compte y est!
LE MARQU IS, qui en tenant la main d’Armand ne cesse plus de regarder
Georges.
Lui aussi! tous les deux! je les vois!... (a Armand.) Mais... com ment?...
ARMAND
Nous nous sommes battus, mon père. (Mouvement.) Oui! nous avons eu d’abord ce courage... et même notre sang a coulé... Oui ! mais, ne tremblez donc plus: nous voilà. Vous m’aviez appris, mon père, qu’il faut avoir toujours les yeux dans les yeux de son adversaire; eh bien!... nous nous regardions! Mais se regarder quand on s’est bien aimé, c’est se souvenir, c’est s’aimer encore! Songez donc à vous défendre alors! songez donc à vous tuer! Je
ne savais pas ce que je faisais, moi! mais lui non plus, nous étions
de force! et... et nous nous battions... A un certain moment,
voilà nos yeux pleins de larmes... et nous nous arrêtons ensemble :
nous n’y voyions plus! II faut recommencer pourtant! Mais, en
vérité I nous ne pouvions pas, nous ne pouvions pas! On eût dit
qu'une main invisible écartait nos épées et les faisait retomber
inertes. Que! silence alors! on ne se regardait pas, on avait peur!
Et quel courage il fallait pour relever son arme, en sentant que
jamais on ne s’était tant aimé!... Tout à coup, en même temps,
nous voyons du sang sur nos mains, à nos poitrines. . nous nous
étions blessés sans le savoir, sans le sentir. Ah! tout est dit
alors! Qu’on ne nous en demande pas plus! Nous jetons là nos
épées, et suffoquant, épuisés, nous tombons dans les bras l’un de
l’autre, confondant notre sang, nos embrassements, nos larmes.
(Le marquis veut parler et ne le peut , madame Griois essuie ses yeui, Bertin
contient ses larmes, Flora 1ère au ciel ses mains jointes.)
GEORGES, s’avançant vers le marquis.
Quand nous pouvons parler, c’est pour nous écrier, ensemble, spontanément, sans nous entendre, que nous allons courir demander pardon, lui à ma mère, moi à M. de Saint-Géry. C’est, en arrivant, ce que nous avons voulu faire... C’est ce que je fais. Je vous ai offensé, monsieur le marquis, pardonnez-moi!
LE MARQUIS, très-ému.
Taisez-vous, mon enfant! vous êtes... vous êtes un brave enfant, (il l’embrasse.) dont je suis fier! que j’aime... et... qui m’aimera, n’est- ce pas?
GEORGES
Monsieur le marquis!... (A cet instant, madame Aubert, quiécoutaq avidement le marquis, gagne la porle du fond ; avant de disparaître, elle se retourne pour regarder Georges encore une fois.)
MADAME GRIOIS, qui l’a suivie des yeui, allant pour avertir Georges.
Georges !
MADAME AUBERT, l'arrêtant.
Silence! (Parlant aussi pour M. Berlin.) Vous l'aimez tous... peutêtre voudrez-vous qu’il soit heureux, et... Je suis l’obstacle, moi;