ACTE DEUXIÈME
BUTTERFLY
Oh ! du coup qui me terrasse,
En mon cœur, c'est trop souffrir !
(Elle chancelle. Sharpless la soutient.)
Ce n'est rien ! rien ! j'ai cru d'abord mourir ! Et puis ça passe, Comme sur mer s'envolent les nuages !
Ah ! il m'oublie !
(Elle court dans la chambre à gauche, et revient, portant triomphalement son enfant sur l'épaule.)
Et cet autre !... cet autre ?... de grâce, Se pourra-t-il qu'il l'abandonne ?
SHARPLESS, ému.
C'est son fils ?
BUTTERFLY
Vit-on Jamais, au Japon, Ces lèvres et cette blonde Chevelure ?
SHARPLESS
Pour sûr !
Et Pinkérton le sait ?
Non ! non ! à'peine Fut-il en route, que l'enfant vint au monde ! ...Mais vous, écrivez-lui : qu'il apprenne Qu'un fils attend son père !... Et pouvez- vous douter Qu'il ne s'empresse par la terre et par l'onde ? (A l'enfant, l'embrassant tendrement.) Ce seigneur, sais-tu ce qu'il fallait à l'écouter ?
Que ta mère, T'emportant dans ses bras, de la misère
Reprit encor le dur chemin, Et par les froids d'hiver, et sous la pluie, Bravant tes refus qu'on essuie, Pour son enfant tendît la main !
...Faut-il, la mort dans l'âme Et des sanglots dans la voix, Reprendre, pauvre femme, Pour subsister, le métier d'autrefois ?
...Et Butterfly, jouet des destins barbares, Il revoit Geisha !
Aux accents des guitares Et des tambours, la Geisha chantera :
Et le joyeux refrain qu'elle dira Dans un sanglot s'achèvera !
...Oh ! non ! non ! pas cela !
Pas ce métier que la honte escorte !
Morte ! Morte !
Mais point Geisha !
Plutôt cent fois je voudrais être morte !
SHARPLESS
Quelle pitié !... C'est l'heure ! je me retire. Pardonnez-moi !
BUTTERFLY, lui serre la main, puis à l'enfant. A toi, donne ta main !
SHARPLESS, le prenant dans ses bras.
Les beaux cheveux blonds !
Comment est-ce Qu'on t'appelle ?