ACTE PREMIER
qui s'était insensiblement établie entre nous nous aurait fait un devoir de parler... Mais à quel moment précis avait commencé ce devoir? Quand nous nous sommes aperçus qu'il existait, nous y manquions déjà depuis longtemps. La confidence est assez pénible pour que nous Payons différée de jour en jour.
BARGE, à part.
Il va me tomber une cheminée sur la tête.
CAVERLET.
Nous avons le malheur... en un mot, nous ne sommes pas mariés.
BARGE*
Hein? Gomment?
CAVERLET.
Vous avez bien entendu : Henriette n'est pas ma femme.
BARGE
Vous ne Pavez pas épousée à Londres, divorcée d'un premier mari?
CAVERLET.
Ce sont là les mensonges inséparables d'une situation fausse. Ils ont coûté beaucoup à ma loyauté; mais je devais soustraire celle qui est ma femme devant Dieu à la malignité du monde. Personne, d'ailleurs, n'aurait droit de nous reprocher cette supercherie, car nous ne nous en sommes servis pour nous introduire dans l'intimité de personne : nous avons vécu, parias volontaires, dans une retraite où vous-même vous n'auriez pas pénétré, si vous
aviez eu une femme ou une fille; et de ce côté du moins ma conscience est en paix.
Vous avez fait une grande faute, mon ami. 11 faut la réparer. Si jamais femme fut digne de porter le nom d'un galant homme...
CAVERLET.
Hé! croyez-vous que je n'aurais pas commencé par lui donner le mien, si elle avait été libre I —Elle est mariée.
BARGE
Sir Edward existe donc réellement?
CAVERLET.
Plût au ciel qu'il s* appelât sir Edward Merson et qu'il fût Anglais! Mais il s'appelle monsieur Merson, il est Français, et Henriette n'a pu demander et obtenir que la séparation de corps.
BARGE, froidement.
C'est très- fâcheux.
CAVERLET.
Je ne vous raconterai pas tout ce qu'elle a souffert par cet homme. 11 y a un fait qui parle plus haut que toutes les paroles : le jugement qui prononçait la séparation a adjugé les deux enfants à la mère.
SARGÉ.
Il fallait que les torts du mari fussent bien graves en effet.