ACTE PREMIER
CAVERLET.
Les traces d'Henriette étaient perdues, et il n'avait pas intérêt à les retrouver, bien au contraire, puisque le seul lien qui lui restât était une pension à servir.
BARGE
Sacripant I
CAVERLET.
Pas positivement; c'est un viveur à qui manque absolument le sens moral.
BARGE
Ces gens-là vont quelquefois plus loin que les vrais méchants. Mais, s'il ne vous a pas donné signe de vie depuis quinze ans, il est peut-être mort?
CAVERLET.
Non. Il habite Paris, ou il mène une vie de désordres et d'expédients. Nous avons de ses nouvelles par un vieux notaire, qui est le parrain d'Henriette et l'ami de sa tante.
BARGE
Il aurait bien dû, ce notaire, réconcilier la tante avec la nièce, car enfin il y a là un héritage qui n'est pas à dédaigner.
CAVERLET.
C'est aussi ce qu'il a fait. La tante a accepté la situation; Henriette est allée la voir à Avranches, il y a quelques années. Depuis, la pauvre femme est tombée en enfance*
BARGE
C'est bien fait! qu'elle y reste!
CAVERLET.
Maintenant, mon ami, je n'ai plus rien à vous apprendre.
BARGE
Je vous remercie de cette preuve de confiance et d'amitié. Dites bien à madame Caverlet, car elle est toujours pour moi madame Caverlet, que votre confidence aurait ajouté à mon respect, s'il eût été possible. Je la verrai demain, ces jours-ci. Pour le moment, je suis un peu pressé, car je dîne chez un de vos voisins. (Tirant sa montre.) Je suis même en retard... Adieu, mon cher Caverlet.
CAVERLET.
Adieu.
BARGE, à part, prenant son chapean fur le bano.
Pour échapper aux questions de Reynold, je lui dirai que j'ai changé d'avis en route, et que je ne suis pas
entré. (Il sort. Caverlet le regarde s'éloigner, immobile, pais il tombe sur une chaise .)
ACTH PREMIER. 33