ACTE TROISIÈME
BARGé.
Est-ce que tu en as le droit? c'est la plus honnête femme du monde.
Pour le coup, voilà du nouveau. Tu amnisties l'adultère, toi?
BARGE, m tarant.
Jamais de la vie. Mais l'adultère de la femme séparée n'est pas... enfin ce n'est pas la môme chose 1 c'est la conséquence presque forcée de la séparation... Ah! si tu connaissais l'histoire de la pauvre Henriette...
REYNOLD
Bref, M"* Merson est un ange.
BARGE
Ma foi... peu s'en faut.
REYNOLD
Alors pourquoi ne tolèrerais-je pas qu'elle fréquente ma femme?
BARGE
Parce que ce serait un scandale. '
REYNOLD
En un mot, tu excuses la mère, et tu condamnes la fille.
BARGE
Mais sapristil ce n'est pas moi; c'est la fatalité de la
70 MADAME CAVERLKT.
situation! Mon devoir de père est de te disputer à des difficultés et à des douleurs que tu ne prévois pas.
BBTlfOLD.
Mais la pire douleur est de perdre celle que j'aime.
BARGE
Tu l'oublieras.
RBYNOLD.
Tu sais bien que non.
BARGE
Que veux- tu que je te dise? si tu ne peux pas l'oublier... il viendra ua moment où mon devoir cessera avec mon autorité, et je ne te réduirai pas aux sommations respectueuses.
REYNOLD
Et tu veux m'infliger quatre ans de ce supplice, à moi, à ton petit Reynold qui t'aime tant? (n passe son bras autour du
cou de son père.)
BARGE
Laisse-moi tranquille.
REYNOLD
Nos repas en tête-à-tête seront gais!... quand tu pourrais voir à table devant toi deux visages épanouis par le bonheur!
BARGE
Voyons, j'ai assez de chagrin, sans que tu m'en fasses.