ACTE TROISIÈME
HENRIETTE, d'une roix sourde.
Rentrer chez vous! moi!
MERSON
Cest au nom de vos enfants que je vous le demande.
HENRIETTE
Mais vous savez bien que c'est impossible!
MERSON
Pourquoi donc? Vous le disiez vous-même tout à l'heure: il n'y a pas eu de scandale.. .
HENRIETTE
Il s'agit bien de scandale ! Je serais aussi lâche de rentrer chez vous, que vous de m'y recevoir. Il y a des pardons qui dégradent autant celui qui les accepte que celui qui les accorde. Quant à moi, si je pouvais oublier von fautes, je ne pourrais pas oublier la mienne. Croyez-moi : gardons nos ressentiments... ne changeons pas notre haine en mépris.
MERSON
Vous me haïssez encore ?
HENRIETTE, éclatant
Il le demande I — Oui, je vous hais! non pour ce que j'ai souffert, mais pour ce qu'il me reste à souffrir. J'étais née pour être une épouse sans reproche, une mère sans tache; c'est vous qui m'avez poussée dans l'abîme où je suis !
MERSON
Je viens vous en retirer.
HENRIETTE
Me rendrez-vous le droit de lever les yeux devant mes enfants, quand ils sauront la vérité? Non! Eh bien, vous ne pouvez rien me rendre. Adieu.
MERSON
Vous réfléchirez.
HENRIETTE, à droite de la scène.
C'est tout réfléchi.
MERSON, prenant son chapeau.
Je le regrette, madame. J'espérais ne pas vous séparer de vos enfants : puisque vous ne voulez pas les suivre, je n'emmènerai qu'eux.
HENRIETTE, s'élançant rers lui.
Vous les emmènerez?
MERSON, très-froid.
Soyez-en certaine.
HENRIETTE, se redressant de toute sa hauteur
Pour les conduire chez vos maîtresses?
MERSON
Pour qu'ils ne restent pas chez votre amant.