ACTE QUATRIÈME
HENRI
Tai réfléchi toute la nuit. Eh bien, non! je ne peux pas séparer ces deux êtres si bien faits l'un pour l'autre, si étroitement unis par les côtés les plus élevés de l'âme, qui m'ont tous les deux entouré de tant de tendresse et de dévouement...
RETNOLD.
Et pourtant tu ne peux pas rester entre eux.
HENRI
Non! Mais j'ai une patrie maintenant. Je vais la servir.
REYNOLD
Fort bien, mais si Fanny apprend que tu es Français, comment lui cacher le reste?
HENRI
On ne lui dira pas que je suis soldat; elle croira que jf voyage avec toi. Ne pars-tu pas demain pour Paris ?-Et puis, que veux-tu? Au jour le jour! Ce qui m'étonne, c'est que le roman compliqué qui nous abrite depuis quinze ans ne
Se SOit pas écroulé plus tôt. (Il s'assied près de la table.) Ah ! je
donnerais tout mon sang pour qu'il pût devenir une réalité !
REYNOLD
Et j'y joindrais bien quelques pintes du mien. Notre bonheur irait tout seul, si ta mère s'appelait madame Caverlet. — Dire qu'il y a si peu de pays où le divorce n'existe pas, et que ton père est justement d'un de ceux-là?
HENRI
Pourquoi n'est-il pas Anglais, en effet?
REYNOLD
Ou Belge, ou Allemand, ou Suédois, ou Russe, ou Suisse !
Il n'avait que l'embarras du Choix, (il reste pensif sur le devant de la scène.)
HENRI,' toujours assis.
Enfin! Je suis encore heureux dans mon désastre de trouver une patrie qui a besoin de tous ses enfants. N'est-ce pas le seul emploi de ma vie qui puisse désormais me donner du courage à vivre ? J'aimais la France avant de me savoir Français. C'était la voix du sang...
REYNOLD
Vous héritez d'un million?
HENRI
A peu près... A quoi penses-tu donc?
RETNOLD, se dirigeant vers le fond.
A rien.
HENRI
Tu me quittes?
REYNOLD
J'ai une affaire à Lausanne... Je reviendrai, (u sort.)