‹ Madame de Beauharnais de MiramionChapitre 26 sur 55 · IC · texte numérisé non relu

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Btant fille, Dieu me lii de grandes grâces, la

peine qœ j'ai eue de n'avoir pas assez aune ma

mère, la résolution après -.1 mort de l'imiter. Je

m'occupai SOUven! a des pensées d'être religieuse,

e! depuis* d'être en religion, sans 5 être engagée,

pour secourir les pauvres : l'idée que je me faisais de les secourir a eu son effet.

Une maîtresse à lire me fit faire l'oraison et m'instruisait des choses de Dieu, il m'a bien fait des grâces par le moyen de cette fille : j'étais avec une tante qui aimait le monde, je me lassai bientôt du monde, du bal et de la comédie. Un domestique mourut le jour clés Rois, c'est le premier homme que j'ai vu mourir. La mort de mon père arriva peu après; je me mariai en vue de vivre chrétiennement, je préférai mon mari à cause de la piété de Mme sa mère. Je fus mariée à quinze ans et demi, résolue de vivre comme je l'avais pensé. Je renonçai au jeu, au bal et à la comédie , ce qui causa beaucoup d etonnement. Je commençai une vie réglée, je gagnai mon mari pour vivre en chrétien , nous ne parlions tous deux que de la mort, nous étions fort unis et aimés de toute la famille, et nous n'avions de démêlés que pour me faire divertir.

Je demeurai veuve le jour des Morts 1645, quelques heures avant que j'eusse seize ans. Ce me fut une grande douleur, j'en pensai mourir; j'étais grosse, ma fille fut en grand danger, je la vouai et la mis sous la protection de la sainte Vierge , je me portai mieux, je le fis pour demander le baptême pour elle. J'eus la petite vérole au bout de l'an, dont je pensai mourir. Dans la deuxième année l'on me fit bien des propositions de mariage, je ne pouvais les entendre par l'affliction où j'étais. Il y avait dans la même maison une personne qui me pressait et

toute la famille le souhaitait, il me fallut une grande force pour y résister. Deux ans et quelques mois après mon veuvage je fus enlevée : Dieu me fit de grandes grâces, je ne perdis point le jugement \ ce fut la première que je lui demandai , et d'être en sa présence, et toujours pleine de confiance en lui. Il m'accorda ces trois choses, et la quatrième de ne le point offenser et de me donner du courage et des forces pour me défendre; Dieu me fit toutes ces miséricordes, il me donna un courage qui ne pouvait venir que de lui seul , je fus plus de trente-six heures sans manger. On me mit en liberté, on a tenté de m'enlever encore une ou deux fois, mais je me mis à Sainte-Marie. Au retour de mon enlèvement je fus malade à la mort, je reçus l'extrême- onction, je poursuivis en justice M. de Bussy deux ans, et puis je lui ai pardonné en vue de Dieu. Je fus encore plus pressée par ma famille de me remarier, je fus un peu tentée de le faire, crainte d'être encore enlevée: j'avais bien de la peine à prendre mon parti, je ne pouvais me résoudre, je pris un directeur. A dixneuf ans et quelques mois, jour de Noël, devant le saint Sacrement, à Saint-Nicolas-des-Champs, Dieu parla à mon cœur; encore le jour de l'an, et encore plus fortement le jour des Rois.

Le join- du nom de Jésus, je pris ma résolution de

faire une retraite chez M1, Legra** ce que je lis I»' lendemain pour voir ce (pie Dieu voulait de moi. Le troisième jour il me le lit connaître, M. Viacent lui consulte. Depuis ee temps là , je n'ai pas varié ni

douté un moment; je fis vœu de chasteté le jour de la Purification suivant, je le fis jusqu'à Noël, et je le fis à Noël pour toujours.

Je changeai mes meubles et pris des habits trèsmodestes, quoique je n'eusse alors aucune couleur, ni or ni argent; je tâchai à prendre une règle de vie; j'avais grande peine à supporter toutes les railleries qu'on me. faisait : celui qui me conduisait m'éprouva, je me mis à visiter les pauvres honteux, les hôpitaux et les prisons. Je prenais le soin des pauvres, mon directeur m'en priva pendant un an , parce que j'y avais trop d'attache.

Je demeurai avec mon beau-père et ma belle-mère, je les assistai à la mort et presque toute la famille, nous vivions en grande union : je pris soin des affaires de ma fille, je fus sa tutrice à vingt-quatre ans , je pris mes frères avec moi pour leur rendre service. J'ai élevé ma fille avec beaucoup de peine, elle avait de grandes et de fréquentes maladies, qui m'affligeaient, je l'offrais à Dieu; j'ai été aussi souvent malade, j'ai eu un cancer et ensuite un vomissement; je mis ma fille à Sainte-Marie à sept ans et demi.

Je m'occupai à faire faire des missions , à établir des écoles et des charités pour les pauvres malades dans les villages; j'appris à saigner, je distribuai des habits aux pauvres; j'avais un cabinet où il y avait toutes sortes de choses pour eux, ce que je faisais me souvenant de la forte vue que Dieu m'avait donnée, en faisant l'oraison encore fort jeune,

que je devais avoir soin du spirituel et du temporel des pauvres; c'est dans cette vue que j'établis des écoles de charité, voyant le bien que ma maîtresse m'a fait.

Je fis la retraite tous les ans.

Je mariai ma fille à quatorze ans et demi, après bien de la peine et des prières.

Je perdis celui qui me conduisait, dont j'eus une grande douleur; j'avais déjà concerté une manière de communauté, pour vivre à l'imitation de sainte Paule. J'avais toujours envie d'être religieuse; mais on ne le jugea pas à propos.

Après la mort de mon directeur, je continuai à prendre des filles pour vivre en commun, quoique j'eusse toujours envie de me retirer bien loin dans un couvent; je consultai. Je pris M. Ferret pour mon directeur et supérieur de cette communauté, que je destinais au service de Dieu et des pauvres, sans lettres patentes, ne voulant point en avoir de peur d'être plus chargée devant Dieu.

Dieu m'a de temps en temps fait de grandes grâces à mon oraison, et encore ailleurs dans tous les temps, il m'en a fait pour la communion, l'oraison et pour des peines que j'avais contre la foi, la pureté et l'humilité.

J'ai entrepris la communauté où je suis à présent, ce n'a pas été sans peine; mai- Dieu m'a pressée et l'obéissance; les constitutions se sont faites, Dieu y a versé de grandes grâces, j'ai acheté la maison avec bien de la peine en toutes manières, j'ai acheté celle

des retraites de même; mais Dieu me pressait, j'ai obtenu la grâce d'avoir le saint Sacrement dans notre maison, j'ai été pressée de Dieu pour tout cela ; Dieu donne de grandes bénédictions aux retraites.

J'eus un jour devant le saint Sacrement une forte pensée que Dieu ne m'avait donné le vomissement depuis tant d'années que pour me faire vivre en pénitence.

L'envie de la retraite ne m'a point quittée.

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