TROISIÈME JOUR
PREMIÈRE ORAISON
Il y a plus de mal et de péché dans nos inclinations que nous ne pensons.
J'ai reconnu une infinité de péchés dans mes inclinations, je me suis confondue, et ai demandé pardon à Dieu de toutes les fautes que je ne connais point a cause de leur multitude; et surtout, je suis entrer en confusion de ne m'être pas fait effort pour me défaire de ces malheureuses racines du péché.
J'ai pris résolution de m'en séparer, quoi qu'il m'en coûte, et de mettre la cognée à la racine; j'ai fait des actes de contrition, de confiance et d'abandon à Dieu, qui m'a donné la pensée qu'il fallait travailler tout de bon au détachement de tout ce qui n'est pas lui. J'ai vu beaucoup de choses, je suis demeurée dans la confiance qu'il me remplirait de lui à mesure que je me viderais du monde, et que Dieu veut de moi que je vive de la vie de l'esprit, et non de la vie naturelle, afin de l'imiter dans sa vie, puisqu'il doit être ma fin.
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Que la tiédeur est un [ilu> grand mal que 1 \>n ue pense.
11 m'a semblé que ce n'était pas servir Dieu que de le servir lâchement, mais plutôt suivre mes inclinations naturelles en laissant une partie de ci' que
je dois faire; et quand j'ai un peu plus d'amour de Dieu, je le sers avec plus de joie et de fidélité; il est visible que je suis mes inclinations sans considérer, ou très-peu , ce que Dieu veut de moi , ce qui fait que je ne profite de rien et que je n'avance point.
J'ai résolu d'apporter plus d'attention à chaque action que je n'ai fait, pour les faire pour Dieu et dans son esprit, les regardant comme ma fin, et surtout pour les choses de son service; et sans consulter mes inclinations, je ferai mes exercices tout entiers et ce qu'on m'aura ordonné, sans que je me permette d'agir selon mon humeur pour m'en dispenser.
Notre-Seigneur m'a donné la pensée qu'il était mon maître, et que je ne l'avais point encore servi, qu'il ne pouvait souffrir d'autres affections en mon cœur que pour lui; qu'il était jaloux, et que j'avais le cœur trop petit pour le contenir; j'ai détesté mes lâchetés et lui ai offert mon cœur, pour qu'il Téchauffe de son amour.
J'ai menti et me suis bien trompée, lorsque j'ai dit que je servais Dieu.
TROISIÈME ORAISON
De l'enfer.
J'ai vu que le tourment d'être privé de Dieu est extrême, les damnés ayant pu jouir de lui s'ils eussent voulu combattre leurs inclinations en ce
qui ne leur paraissait que des bagatelles, et qui cependant les fera souffrir à jamais et combattre contre les tourments qu'ils endureront éternellement; mais enfin j'ai reconnu que si je ne combats pas mes inclinations elles me conduiraient avec ces misérables; il faut donc combattre pour remporter la victoire.
Je me suis donc résolue à combattre en veillant, en gardant silence, en priant seule ou en compagnie, et cela combien de temps? Jusqu'à la mort. Contre qui? Contre moi-même, contre mes inclinations, contre l'amour-propre, l'orgueil, l'inégalité d'esprit, la lâcheté, la promptitude, la tendresse sur moi et toute impureté de mon cœur. De quelles armes me servirai-je? De l'esprit de haine et de dureté contre moi, de mortification, de confiance, de soumission et d'obéissance. Qui combattra avec moi? Dieu.
Récit de la vie de M"lp de Minimum écril par elle-même d'après l'ordre de >on directeur, M. .1 « > 1 1 y .