SECONDE ORAISON
Pardonnez-nous nos péchés comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés.
Je l'ai adoré et reconnu comme mon Rédempteur; j'ai tâché d'entrer en reconnaissance et en confusion et douleur d'avoir tant de fois agi contre ses commandements , contre son bon plaisir en moi , et d'avoir tant perdu et négligé de grâces, et d'en avoir
même tant abusé; je suis entrée autant que j'ai pu dans la douleur de mes péchés, et des abus que j'ai faits de sa miséricorde ; je me suis jetée à ses pieds et l'ai offert lui-même à lui-même pour le satisfaire, et l'ai offert au Père éternel, pour payer toutes mes dettes; je lui ai demandé par la même voie une grâce vivifiante et victorieuse, pour me surmonter dans mon orgueil et dans mon peu de charité et de dépouillement de moi-même; je suis demeurée à ses pieds attendant tout de lui; je lui ai demandé d'ôter cl de mettre en moi selon son bon plaisir.
Dans le milieu de cette oraison, j'ai senti un grand reproche , que je devais attendre la grâce et plus prier qu'agir, que c'est ce que l'on m'a voulu dire, quand on m'a dit qu'il fallait aller doucement; que ee n'était pas ce que Dieu m'avait fait connaître par le passé, que cela mettait obstacle à mes exercices.
A une heure après minuit, la nuit du 18 au 19, j ;ii entendu intérieurement quelque chose qui m'a fortement réveillée, et qui m'a dit au cœur que le bras de Dieu n'est pas rapetissé, qu'il m'a donné un conducteur pour me mener à lui, que j'y dois prendre toute confiance ; que ce n'était pas une pensée en l'air (pie j'avais (Mie sur mes trois directeur-, qu'elle venait de lui, et était vraie; que le premier m'avait menée comme parla loi ancienne,
le deuxième par la loi nouvelle de grâce, eu me
conduisant au chemin de perfection, et que celui-ci
me devait conduire dans la perfection, et dans la
pratique de la perfection. Je suis entrée dans de grandes reconnaissances envers Dieu, j'ai remercié Notre -Seigneur de m'avoir obtenu un bon directeur, et Dieu m'a fait regarder cela comme une des grandes grâces qu'il m'ait faites; Dieu m'a fait repasser dans mon esprit tout ce que ce troisième directeur m'avait dit, et j'y ai trouvé une grande suavité, et Notre-Seigneur m'en a fortement persuadée, surtout (ce sont des avis de M. Jolly) de parler peu pour avertir nos sœurs; mais beaucoup prier, dire des demi-mots qui marquent le désir que j'ai de leur persuader, et attendre les moments de la grâce de Dieu, et d'ailleurs d'agir avec elles comme le bon pasteur, et comme Notre-Seigneur avec ses apôtres, qui étaient des personnes peu spirituelles , et qui ne comprenaient pas ce que Notre-Seigneur leur disait, cependant il leur rend raison et agit fraternellement avec eux.
La patience, la charité, la douceur et l'exemple de l'humilité sincère, me disait-il, les gagneront plus que tous les discours , et souvent les filles ne veulent pas que l'on contribue à leur salut; elles veulent que cela vienne directement de Dieu et d'elles, il ne faut pas laisser de leur parler de temps en temps, comme il est marqué, et quand elles le voudront. Enfin, ajoute M. Jolly, il faut joindre l'obéissance aux bonnes œuvres.
Sur ce dernier avis, j'ai pris la résolution de lui demander la permission sur toutes choses. Je suis entrée dans une grande consolation et reconnais-
sance envers Dieu, dont mon cœur a été fort consolé.
La pratique actuelle de ces vertus chéries et pratiquées par Notre-Seigneur, doit m'ètre précieuse, et je dois toujours marcher par cette voie.