VIVE JÉSUS
Je n'ai rien tant à cœur, mes très- chères sœurs, que votre perfection; si Dieu me fait miséricorde, comme je l'espère de sa bonté, je le prierai pour vous toutes, et pour celles qui composeront la communauté à l'avenir, pour vous obtenir la fidélité à vos constitutions et directoires; parce que si vous les gardez fidèlement , vous honorerez Dieu , vous lui témoignerez votre attachement et votre amour, et vous ferez sûrement votre salut; regardez -les comme l'abrégé des commandements, des conseils et des maximes de Notre-Seigneur, comme le précis de la doctrine et de la conduite des hommes les plus saints, les plus savants et les plus expérimentés qui ont été dans l'Église de Dieu depuis son commencement, et comme le fruit et le résultat de toutes les assemblées et conférences qui ont été tenues durant un grand nombre d'années par les prélats, docteurs et autres personnes les plus éclairées, les plus pieuses, les plus désintéressées et les plus expérimentées du royaume, par les soins de M. Ferret, curé de Saint -Nicolas, et notre supérieur, qui avait éminemment toutes ces qualités, et dont la mémoire vous doit être toujours en bénédiction.
Pour vous exciter à la fidélité que vous devez à votre institut, souvenez- vous quelquefois quelle a été la disposition de la Providence divine sur votre établissement; les peines et les soins de ceux dont elle s'est servie, les grandes dépenses qu'il a fallu faire pour le temporel; les prières et les bonnes œuvres qui ont été employées pour attirer les grâces de Dieu et les lumières du Ciel pour le spirituel, et dites-vous à vous-même: Qu'est-ce que Dieu demande de moi? Après toutes ces choses, était-ce donc pour ne faire que ce que je fais qu'il fallait tant de préparations. Serais -je cause par ma lâcheté que les desseins de Dieu seraient anéantis? Quel compte lui rendrai-je, si je ne contribue pas autant que je le puis, avec sa grâce, à faire réussir cet institut à sa gloire, pour le service du prochain, par ma fidélité.
Je vous conjure aussi de faire réflexion sur ce qui est arrivé à plusieurs grands établissements dans tous les siècles, qui ont fleuri en sainteté pendant plusieurs années, par le zèle et la fidélité de leurs premiers sujets, et qui sont tombés dans un relâchement incroyable, et même quelques-uns ont été anéantis par l'infidélité de ceux qui les ont suivis; leur malheur n'est pas arrivé tout d'un coup, une négligence d'un article en a attiré une autre, l'on s'est relâche peu à peu et comme par degrés, et enfin tout est tombé dans un désordre effroyable, et avec la damnation de ceux qui en ont été la cause. Qui est celle de vous, mes tics -chères sœurs, qui voudrait
par une petite négligence donner aussi le commencement à la ruine de votre communauté? C'est pourtant ce qui arrivera si votre fidélité vient à diminuer; les malheurs des autres vous en doivent être un avertissement. Dieu est aussi juste à votre égard qu'il Ta été envers les autres pour vous retirer ses grâces, quand vous abandonnerez votre devoir; et vous le mériterez d'autant plus, que vous avez plus d'exemples de ces malheurs qu'ils n'avaient pas.
Je ne puis trop vous exciter, mes très-chères filles, à l'exacte observance de vos constitutions, parce qu'il n'y a rien que nous devions tant appréhender que la ruine d'une œuvre que Dieu a suscitée pour sa gloire; je vous en supplie par l'amour que Dieu a pour vous, et par celui que nous lui devons: demeurez fermes dans la pratique des choses qui vous sont marquées , et souvenez - vous des promesses que vous lui en avez faites; je n'en excepte pas une; car il vous demandera compte de toutes.
Je vous en recommande néanmoins quelques-unes plus particulièrement, parce qu'elles sont d'une extrême conséquence , et que plusieurs autres en dépendent.
1. Ne perdez jamais l'amour et l'estime de votre institut, comme établi par la volonté de Dieu, selon les réglés de son saint Évangile, et comme un moyen sûr de le glorifier et de vous sanctifier par les bonnes œuvres.