‹ Madame de Beauharnais de MiramionChapitre 5 sur 55 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Quoi potui , feci; facianl meliora polentes.

Peu de personnes aujourd'hui connaissent le nom de M",e de Miramion, de cette femme forte du xvif siècle, que son ardente piété a fait appeler par M"6 de Sévigné « Tune des mères de l'Église » ; et dont l'inépuisable charité a fait dire au duc de Saint-Simon c< que sa mort avait été considérée comme une perte publique » .

Sa vie cependant a été écrite autrefois par l'abbé de Ghoisy, et d'après les documents les plus authentiques; mais cet ouvrage, publié en 1707, à un très-petit nombre d'exemplaires, est devenu presque introuvable. De plus, l'auteur, n'ayant voulu faire de cette biographie qu'un livre de piété, destiné particulièrement à édifier les maisons religieuses, n'a suivi dans son récil

Vf PRÉFACE.

aucun ordre chronologique, et l'a même souvent interrompu par des lettres ou des méditations pieuses de Mue de Miramion, qui en détruisent complètement l'intérêt. Cette diffusion d'idées jointe à la forme vieillie, du style en rendent maintenant la lecture extrêmement pénible.

De nos jours, deux écrivaius de talent, M"" la comtesse Dash, dans un roman intitulé : Les Amours de Bussy-Rabutrn, et M. Hippolyte Lucas , sous ce titre : Madame de Miramion ou le Roman d'une honnête Femme, ont également publié deux nouvelles dont M",e de Beauharnais de Miramion est l'héroïne. Mais ces compositions , quoique empruntées à un épisode véritable de la vie de cette pieuse femme, laissent planer sur son caractère quelque chose de romanesque et de passionné qui est contraire à la vérité , et que dément l'austérité de toute son existence.

Dans ces conditions, une histoire exacte de la vie et des œuvres charitables de M"H de Miramion, écrite d'après des documents nouveaux, des papiers de famille, et tous les auteurs qui ont parlé d'elle, pouvait offrir quelque intérêt. Cette pensée , et l'espoir de trouver dans l'étude

PRÉFACE. m.

une distraction à de cruelles afflictious, nous ont fait entreprendre ce travail.

Il nous semblait aussi que c'était faire une œuvre utile , en ces temps d'indifférence e1 d'égoïsme, que de rappeler à la mémoire des gens du monde l'existence toute d'abnégation et de dévouement d'une personne du monde , qui, née au milieu du luxe et de tout ce qui rend la vie heureuse, a tout dédaigné, jeunesse, beauté, richesse, pour n'aimer que Dieu et consacrer sa vie et sa fortune au soulagement des affligés.

Nous avons donc essayé de raviver cette image effacée depuis deux siècles, de redire les actes courageux, les œuvres fécondes et les charités sans nombre que cette femme délicate et toujours malade a pu accomplir, soutenue par la seule ardeur de sa foi et la persistance de sa volonté.

Mais persuadé, comme l'a dit Bossuet . que « nous ne pouvons rien, pour la gloire des âmes extraordinaires, et que leurs seules actions les peuvent louer », nous n'avons cherché qu'à raconter fidèlement tous les événements de cette existence exemplaire.

vm PRÉFACE.

Puisse ce récit, en faisant parcourir au lecteur une époque historique mémorable, lui inspirer assez d'intérêt pour faire oublier les imperfections de la mise en œuvre, et ne laisser en lumière que la femme généreuse dont la vie reste un enseignement utile à tous !

Angers, le 16 février 1867.

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