‹ Madame de Charrière et ses amis d'après de nombreux documents inéditsChapitre 4 sur 70 · V\NI PROPOS IX · texte numérisé non relu

V\NI PROPOS IX

Car j'ai rencontré partout un extrême bon vouloir, je dirai même une sorte de compassion souriante : on me voyait si épris de mon sujet, si ardent à tout savoir et à tout avoir, si prêt à toutes les persévérances et aux pires importunités, qu'on cédait à mes instances comme aux fantaisies d'un malade... Depuis vingt ans, cette biographie de Mme de Charrière a été la préoccupation maîtresse qui a persisté à travers tous mes autres travaux et au milieu de la vie la plus diversement occupée. Si j'avais eu des loisirs et des rentes, j'aurais poussé plus vivement mon travail, mais je ne l'aurais pas fait avec plus de soin, et peut-être ne l'aurais-je guère publié plus tôt.

On m'a raillé sur la minutie puérile et l'invraisemblable longueur de mon enquête. Railleries légitimes, j'en conviens, si l'on considère seulement le sujet qui m'occupe : oui, sans doute, consacrer tant d'années à préparer deux gros volumes sur une femme qui a écrit quelques romans oubliés et dont le nom n'est jamais sorti du demi-jour de la célébrité, cela doit paraître excessif. Mais j'avouerai sans détour que si mon' livre ne devait avoir d'autre lecteur que moi, encore l'aurais-je écrit, pour le plaisir de l'écrire.

Un grand peintre allemand, montrant à un visiteur ses tableaux, lui en indiquait la destination : « Celui-ci est pour le comte X...; celui-là, pour la baronne de Z... — Et celui-ci? — Fiir mich », répliqua l'artiste.

Ainsi de ce livre. — Cela explique assez que je n'aie point reculé devant une accumulation formidable de menus faits qui risquent d'alourdir l'ouvrage au jugement des lecteurs indifférents. Cela justifie aussi à mes yeux les grands sacrifices que j'ai faits pour illustrer ces pages par la reproduction de tous les portraits connus de Mme de Charrière, par ceux des membres de sa famille, de ses amis; par des vues de toutes ses résidences, par des autographes et des fac-similés. J'en avais besoin pour ma satisfaction personnelle...

Mais, qui sait? mon Livre sera peut-être lu tout de même. Et ceux qui le liront ne pourront se défendre — je le leur prédis — d'aimer aussi Mme de Charrière. Quand je fis mes confé-

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