‹ Madame de Charrière et ses amis d'après de nombreux documents inéditsChapitre 3 sur 70 · AVANT- PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT- PROPOS

Il est à regretter qu'il n'y ait pas une Madame de Charrière complète, faite en Suisse, à Neuchàtel.

Sainte-Beuve (Lettre inédite à Charles Berthoud, 17 avril 1868).

Voici vingt ans que j'aime madame de Charrière.

Tous ceux qui se sont occupés d'elle se sont pris à l'aimer. Ce fut le cas de Sainte-Beuve, qui a tracé son portrait, comme de Gaullieur, qui a publié une partie de sa correspondance. Plus tard, Charles Berthoud, appelé à écrire pour la Galerie suisse la biographie de l'auteur de Caliste, en devint à son tour l'adorateur fervent : il ne l'appelait que « Notre-Dame de Colombier. »

C'est grâce à lui, précisément, que mon attention fut attirée sur Mme de Charrière. Il avait songé à écrire le livre complet souhaité par Sainte-Beuve, et rassemblé à cet effet des documents et des notes !. Mais Charles Berthoud souffrait de cette maladie des gens d'esprit que Benjamin Constant appelait la procrastination : il renvoyait volontiers à demain ce qu'il pouvait faire aujourd'hui. La vieillesse vint; et un jour, aban-

1 II en a tiré parti pour la rédaction de la notice consacrée à Mme de Charrière dans la Galerie suisse (Biographies nationales publiées par Eug. Secretan, t. II), — une douzaine de pages qui sont, dans leur brièveté, une merveille de précision et de justesse.

donnant son projet, il me remit le dossier qu'il avait formé : « Faites, me dit-il, le livre que j'aurais dû faire. Mais dépêchezvous! Je n'ai pas le temps d'attendre. »

Il est bien malheureux que Charles Berthoud ait renoncé à ce travail : outre l'avantage du talent, il possédait sur moi celui d'avoir connu quelques-uns des amis intimes de Mme de Charrière. S'il se fût mis à l'œuvre il y a cinquante ans, que de traits, de détails, d'éclaircissements il eût pu recueillir encore auprès de ces derniers témoins d'un siècle envolé !...

Mais ces regrets ne servent de rien... Il ne me restait qu'à tenter — un peu tard — l'entreprise que Charles Berthoud avait différé d'accomplir. Je me mis en quête de documents nouveaux. En 1886, je donnai dans le Musée neuchâtelois le fruit de mes premières recherches. Deux ans plus tard, je fis à Neuchâtel une série de conférences qui engagèrent plusieurs familles à m'ouvrir leurs archives. En 1891, la Revue des Deux Mondes publia mon article sur la jeunesse de Mme de Charrière, qui fut le point de départ de nouvelles trouvailles l. D'année en année, le cercle de mes investigations allait s'élargissant : je voulais savoir tout ce qui se rapportait à elle; mon intérêt passionné s'étendait à tous ses amis. C'est ainsi que j'ai rassemblé de curieux documents sur le pasteur Chaillet^ rédacteur du Journal helvétique: sur certains émigrés qui furent en relations avec mon héroïne; sur Benjamin Constant, dont j'ai eu le bonheur de rencontrer à Lausanne un manuscrit inédit; sur l'Allemand Huber et sa femme, à qui Mme de Charrière avait écrit un grand nombre de lettres que j'ai pu acquérir à Berlin. Plusieurs voyages en Hollande furent l'occasion de découvertes intéressantes sur son éducation et sa parenté... J'abrège cette énumération, me réservant d'indiquer plus loin mes sources et d'acquitter plusieurs dettes de reconnaissance.

1 1" juin 1891. Une jeune fille du XVIII"' siècle, d'après une correspondance inédite. Cet article était tiré des lettres de Belle de Zuylen à Constant d'Hermenches, conservées à la Bibliothèque de Genève, et que M. Eugène Ritter, le maître toujours si obligeant, avait signalées à notre attention.

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