CHAPITRE TROISIÈME. U
mu il' dans sa place de chancelier des ordres du roi, et plus tard môme on lui rendit son ancien gouvernement de Touraine, après la mort du marquis de Gèvres, tué au mois d'août, devant Thionville1. Mais M",c de Ghevreuse trouvait que c'était faire bien peu pour un homme du mérite de Châteauneuf, qui avait joué sa fortune et sa vie et souffert un emprisonnement de dix années. Elle reconnut aisément que les perpétuels retardements des grâces toujours promises et toujours différées pour les Vendôme et pour La Rochefoucauld étaient autant d'artifices du cardinal, et qu'elle était sa dupe; elle se plaignit et commença à se permettre des mots piquants et moqueurs. C'étaient des armes qu'elle fournissait à Mazarin contre elle-même. Il fit sentir à la reine que Mme de Ghevreuse la voulait gouverner, qu'elle avait changé de masque et non de caractère, qu'elle était toujours la personne passionnée et remuante qui, avec tout son esprit et son dévouement, n'avait jamais fait que du mal à la reine, et n'était capable que de perdre les autres et de se perdre elle-même.
elle m'a accordé un don dont on me fait espérer que je tirerai près de cent mille écus. Mme de Ghevreuse qui est bien avec elle me continue la confiance qu'elle a toujours témoigné avoir en moi. »
1. IIe carnet, p. 22; Journal d'Olivier d'Ormesson, sous la date du 30 août 1643 ; et parmi les Lettres françaises de Mazarin conservées à la bibliothèque Mazarine, celle du 13 août où le cardinal annonce à Chàteauneuf que la reine lui rend le gouvernement de Touraine. Une autre lettre du 2 janvier 1644 le qualifie en effet de M. le comte de Chàteauneuf, conseiller du roi en ses conseils , chancelier de ses ordres et gouverneur de Touraine. »
Peu à peu, de sourde et cachée qu'elle était, la guerre entre eux se déclara de plus en plus. La Rochefoucauld a peint admirablement le commencement et les progrès de cette lutte curieuse. Les carnets de Mazarin l' éclairent d'un jour nouveau, et relèvent infiniment Mme de Chevreuse en faisant voir à quel point Mazarin la redoutait.
Partout il la considère comme le véritable chef du parti des Importants : « C'est Mme de Chevreuse, ditil sans cesse, qui les anime tous. » — « Elle s'applique à fortifier les Vendôme; elle tâche d'acquérir toute la maison de Lorraine; elle a déjà gagné le duc de Guise, et par lui elle s'efforce de m' enlever le duc d'Elbeuf. » — « Elle voit très-clair en toutes choses; elle a fort bien deviné que c'est moi qui en secret agis auprès de la reine pour l'empêcher de rendre au duc de Vendôme le gouvernement de Bretagne. Elle l'a dit à son père, le duc de Montbazon, et à Montaigu. » — « Elle se brouille avec Montaigu lui-même, parce qu'il fait obstacle à Châteauneuf en soutenant le garde des sceaux Séguier. » — « Mmc de Chevreuse, ne se décourage pas. Elle dit que les affaires de Châteauneuf ne sont pas du tout désespérées, et elle ne demande que trois mois pour faire voir ce qu'elle peut. Elle supplie les Vendôme de prendre patience, et les soutient en leur promettant Dientôt un changement de scène. » — « M,nt' de Chevreuse espère toujours me faire renvoyer. La raison