CHAPITRE TROISIÈME
y établir les Campion , et aller de temps en temps y voir en secret l'agent espagnol Sarmiento. » — « Mmc de Ghevreuse les anime tous. Elle dit que , si on ne prend pas la résolution de se défaire de moi, les affaires n'iront pas bien, que les grands seigneurs seront tout aussi asservis qu'auparavant, que mon pouvoir auprès de la reine s'accroîtra toujours , et qu'il faut se hâter avant que le duc d'Enghien ne revienne de l'armée1. »
On ne pouvait être mieux informé , et le plan de Mme de Ghevreuse et des chefs des Importants se dessinait clairement aux yeux de Mazarin : ou bien, par leurs intrigues incessantes et habilement concertées auprès de la reine, lui faire abandonner un ministre pour lequel elle ne s'était pas encore hautement déclarée , ou traiter ce ministre comme Luynes avait fait le maréchal d'Ancre, comme Montrésor , Barrière , Saint- Ybar , avaient voulu traiter Richelieu. La première partie du plan ne réussissant pas, on commençait à penser sérieusement à la seconde, et Mme de Ghevreuse, la forte tête du parti, proposait avec raison d'agir avant le retour du duc
1. IIe carnet, p. 70 : « ...Si predica siempre que es menester perdierse. » Ibid., p. 83 : « Saint-Ibar portato dalla dama corne un eroe. » — IIIe carnet, p. 5, 24 et 25 : « Que los majores enemigos que yo ténia eran los Vandomos et la dama que li anima todos, diciendo que se no si teneria luogo la resolucion de deshacerse de my, los negotios (no) irian bien, los grandes serian tan sujetos corne antes, y yo siempre mas poderia con la reyna, y que era menester darse prima antes que Anghien concluviesse.
d'Enghieîi, car le duc à Paris couvrait Mazarin : il fallait donc profiter de son absence pour frapper le coup décisif. Le succès paraissait certain et même assez facile. On était sur d'avoir pour soi le peuple, qui, épuisé par une longue guerre et gémissant sous le poids des impôts, devait accueillir avec joie l'espérance de la paix. On comptait sur l'appui déclaré des parlements, brûlant de reprendre dans l'État l'importance que Richelieu leur avait enlevée et que leur disputait Mazarin. On avait toutes les sympathies secrètes et même publiques de l'épiscopat, qui, avec Rome , détestait l'alliance protestante et réclamait l'alliance espagnole. On ne pouvait douter du concours empressé de l'aristocratie, qui regrettait toujours sa vieille et turbulente indépendance , et dont les représentants les plus illustres, les Vendôme, les Guise , les Bouillon , les La Rochefoucauld, étaient ouvertement contraires à la domination d'un favori étranger, sans fortune, sans famille, et encore sans gloire. Les princes du sang eux-mêmes se résignaient à Mazarin plutôt qu'ils ne l'aimaient; Monsieur ne se piquait pas d'une grande fidélité à ses amis, et le politique prince de Condé y regarderait à deux fois avant de se brouiller avec les victorieux. Il caressait tous les partis et n'était attaché qu'à ses intérêts. Son fils ferait comme son père, et on le gagnerait en le comblant d'honneurs. Le lendemain, nulle résistance , et le jour même presque aucun ob-