‹ Madame de Chevreuse et Madame de hautefortChapitre 105 sur 215 · CHAPITRE TROISIÈME. fàl · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME. fàl

stade. Les régiments italiens de Mazarin étaient à l'armée ; il n'y avait guère de troupes à Paris que les régiments des gardes , dont presque tous les chefs, Ghandenier, Tréville, La Châtre, étaient dévoués au parti. La reine elle-même n'avait pas encore renoncé à ses anciennes amitiés. Sa prudence même était mal interprétée. Comme elle voulait tout ménager et tout adoucir , elle donnait de bonnes paroles à tout le monde, et ces bonnes paroles étaient prises comme des encouragements tacites. Elle n'avait pas jusque-là montré une grande fermeté de caractère ; on lui croyait bien quelque goût pour le cardinal ; on ne se doutait pas de la force toujours croissante d'un attachement de quelques mois.

De son côté, Mazarin ne se faisait aucune illusion. H n'était donc pas maître encore du cœur d'Anne d'Autriche, puisqu'à ce moment, c'est-à-dire pendant le mois de juillet 1643, dans ses notes les plus intimes, il montre une extrême inquiétude. La dissimulation dont tout le monde accusait la reine l'effraie lui-même, et on le voit passer par toutes les alternatives de la crainte et de l'espérance. Il est curieux de saisir et de suivre les mouvements contraires de son âme. Dans ses lettres officielles aux ambassadeurs et aux généraux 1 il affecte une

1. Voyez la précieuse collection déjà citée de lettres italiennes et françaises de Mazarin, ô vol. in-fol. provenant de Colbert, qui sont aujourd'hui à la hiMiothèque Mazarine : Lettres de lfi42 à 1645, 1719. G.

sécurité qu'il n'a point : avec ses amis particuliers, il laisse échapper quelque chose de ses perplexités; elles paraissent à nu dans les carnets. On y voit ses troubles intérieurs et ses instances passionnées pour que la reine se déclare. Il feint avec elle le plus entier désintéressement : il ne demande qu'à faire place à Châteauneuf si elle a pour Châteauneuf quelque secrète préférence. La conduite ambiguë d'Anne d'Autriche le désole , et il la conjure ou de lui permettre de se retirer, ou de se prononcer pour lui.

« Tout le monde dit que Sa Majesté a des engagements envers Châteauneuf. S'il en est ainsi, que Sa Majesté me le dise. Si elle veut lui confier ses affaires, je me retirerai quand elle voudra1.» — « Ils disent que Sa Majesté est la personne du monde la plus dissimulée, qu'on ne doit pas s'y fier, et que, si elle témoigne faire cas de moi , c'est par pure nécessité, et que toute sa confiance réelle est en eux 2. » — « Si Sa Majesté veut me conserver et tirer parti de moi , il faut qu'elle quitte le masque , et qu'elle montre par des effets manifestes le cas qu'elle fait de ma personne3. » — «Je ne cherche que le goût et la satisfaction de Sa Majesté ; mais la

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