‹ Madame de Chevreuse et Madame de hautefortChapitre 138 sur 215 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

vants : « Je ne devrais plus avoir aucun doute depuis que la reine, dans un excès de bonté, m'a dit que rien ne pourrait m'ôter le poste qu'elle m'a fait la grâce de me donner auprès d'elle; néanmoins ? comme la crainte est une compagne inséparable de l'affection, etc. *» Vers ce temps-là, Mazarin étant tombé un peu malade à force de travaux et de soucis , et ayant pris la jaunisse, a écrit cette ligne fort courte, mais qui donne beaucoup à penser : «La jaunisse, fruit d'un amour extrême2. »

Madame de Motteville était de service auprès de la reine Anne, lorsqu'au bruit de l'assassinat qui n'avait pas réussi les courtisans s'empressèrent de venir au Louvre protester de leur dévouement. La reine, tout émue , lui dit 3 : « Vous verrez devant deux fois vingt-quatre heures, comme je me vengerai des tours que ces méchants amis me font. » « Jamais , dit Mme de Motteville , le souvenir de ce peu de mots ne s'effacera de mon esprit. Je vis en ce moment par le feu qui brillait dans les yeux de la reine , et par les choses qui en effet arrivèrent le lendemain et le soir même, ce que c'est qu'une personne souveraine, quand elle est en colère et qu'elle peut tout ce qu'elle veut. » Si la fidèle dame d'honneur eût été moins dis-

1. IIIe carnet, p. 45 : « ...mas contodo esto siendo el temor un compagnero inseparabile dell' affection, etc., etc. »

2. IVe carnet, p. 3 : « La giallezza cagionata dà soverchio amore. »

Page 1