CHAPITRE CINQUIÈME
accrédité, en remercier officiellement la régente1. Mme de Chevreuse se rendit à sa terre du Verger, entre Tours et Angers. La profonde solitude qui se fit autour d'elle lui rendit plus amer le sentiment de sa défaite. Elle rencontra Montrésor, qui s'était aussi retiré enTouraine, et elleeutavec lui quelques entrevues2. Elle écrivit à Paris au duc de Guise pour savoir s'il était vrai qu'il désapprouvât sa conduite
1; Archives des affaires étrangères. France, t. CV, lettre de Gaudin à Servien, du 31 octobre 1643 : « Le sieur de l'Estrade a fait un compliment à Sa Majesté de la part du prince d'Orange sur l'éloignement de Mme de Chevreuse, disant qu'elle avoit fait voir par cette action la bonne intention qu'elle a pour la considération de ses alliés, puisque dès son arrivée la dite dame lui proposa la paix très facile, et que les Espagnols quitteroient bien volontiers tout ce que les François ont pris pourvu qu'on leur accordât seulement une chose qui est l'abandonnement des Suédois et des Hollandois. »
2. Montrésor, Mémoires, f6eU,p. 355 : « La demeure de Mme de Chevreuse à Tours me donnoit sujet de la voir de fois à autres, et bien que ce fût rarement je ne laissai pas de prendre plus de connoissance de son humeur et tempérament de son esprit que je n'en avois eu dans tout le temps qu'elle avoit été plus heureuse et en plus grande considération. L'abandonnement quasi général où elle étoit de tous ceux qu'elle avoit obligés et qui s'étoient liés d'amitié et unis d'intérêt avec elle, me fit juger du peu de foi que Ton doit ajouter aux hommes du siècle présent , par l'état auquel se trou voit une personne de cette qualité si universellement délaissée dans sa disgrâce; ce qui augmenta le désir en moi de m'employer à lui rendre mes services avec plus de soin et •l'affection dans les occasions qui se pourroient offrir. Je n'ignorois pas que les conséquences que l'on voudroit tirer des visites dont j 'avois l'honneur de m'acquitter vers elle, ne fussent capables de me nuire et de troubler ma tranquillité; mais l'estime et le respect que j'avois pour sa personne et ses intérêts m'engagèrent d'en courir volontiers le hazard , en observant toutefois cette précaution qu'elles ne fussent trop fréquentes ni qu'il y eût aucune affectation de sa part ni de la mienne. Les traverses dont toute sa vie avoit été agitée n'étoient pas prêtes à finir. »
et tenter sa chevalerie1. Elle correspondait avec sa belle-mère, Mu,c de Montbazon , reléguée à Rochefort, et les deux exilées s'excitaient l'une l'autre à tout entreprendre pour renverser leur ennemi commun2. Vaincue au dedans, M,m de Ghevreuse reporta toutes ses espérances du côté de l'étranger. Elle ranima les intelligences qu'elle n'avait jamais cessé d'entretenir avec l'Angleterre, l'Espagne et les Pays- Bas. Son principal appui, le centre et l'intermédiaire de ses intrigues, était lord Goring , ambassadeur d'Angleterre auprès de la cour de France, qui, comme son maître et surtout comme sa maîtresse , appartenait au parti espagnol3. Craft, le gentilhomme anglais que nous avons presque toujours rencontré à la suite de Mtne de Chevreuse , s'agitait bruyamment pour elle , comme le chevalier de Jars intriguait sourdement pour Châteauneuf. Sous le manteau de l'ambassade d'Angleterre, une vaste correspondance