‹ Madame de Chevreuse et Madame de hautefortChapitre 150 sur 215 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

elle obtint à grand'peine des passe-ports i qui lui permirent de gagner Dunkerque et de là les Pays-Bas espagnols.

Elle s'établit quelque temps à Liège, s'appliquant

(lies, pour me rendre au pays de Liège, d'où en sûreté je puisse justifier mon innocence, si l'on me veut écouter, ou au moins me garantir de la persécution que la haine et l'artifice du cardinal Mazarin m'a procurée depuis un an et demi. M'estant mise en chemin à cette intention dans une barque que je trouvai preste à partir pour Darthemouth, d'où je faisois estât en arrivant d'envoyer quérir les passeports qui me seroient nécessaires pour aller à Douvres et m'y embarquer pour Dunkerque, elle a été prise par deux capitaines des navires de guerre qui sont sous l'autorité du Parlement, dans lesquels je suis arrivée en cette isle d'Ouit, dont j'ay appris que vous estiez gouverneur, ce qui m'a bien resjoui, m'assurant en vostre vertu et courtoisie que vous ne me refuserés pas la supplication que je vous fais de demander à Messieurs du Parlement un passeport pour aller d'ici à Douvres et m'y embarquer pour passer à Dunkerque où le misérable estât de mes affaires me presse de me rendre au plustot. C'est une grâce que j'espère de la justice de messieurs du Parlement, qu'ils auront la bonté de ne pas me faire attendre, puisque la confiance que j'ay en leur générosité et la résolution où je suis de ne me rendre jamais indigne d'en recevoir des effets , m'en peut justement faire espérer le bien que j'attendrai impatiemment par le retour de ce porteur que j'envoye exprès pour ce subject à Londres avec l'homme de vostre lieutenant en cette isle, duquel je crois que vousrecevrés un compte plus particulier des accidents de mon voyage. Je les abrège le plus que je puis pour ne vous importuner pas d'un si long discours , et il suffit de vous faire entendre le besoing que j'ay de vostre assistance en l'estat où je suis pour avoir promptement le passeport que je demande à Messieurs du Parlement , et de vous supplier de croire que je n'auray jamais de satisfaction entière que je ne vous aye témoigné par mes services que vous avés obligé une personne qui sera toute sa vie parfaitement, Monsieur, Votre très humble et très affectionnée servante, Marie de Rohan, duchesse de Chevreuse. »

1. Archives des affaires étrangères, t. CIX, Gaudin à Servien, 20 mai 1645 : « L'on écrit d'Angleterre que Mme de Chevreuse est encore à l'île de Wick, que messieurs du parlement ne lui ont voulu bailler navire ni passeport pour passer à Dunkerque, etc. » — Biblio-

à maintenir et à resserrer de plus en plus entre le duc de Lorraine, l'Autriche et l'Espagne, une alliance qui était la dernière ressource des Importants et le dernier fondement de son propre crédit. Cependant Mazarin avait repris tous les desseins de Richelieu, et comme lui il s'efforçait de détacher le duc de Lorraine de ses deux alliés. Le duc était alors éperdument épris de la belle Béatrix de Cusance, princesse de Cantecroix. Mazarin travailla à gagner la dame, et il proposa à l'ambitieux et entreprenant Charles TV de rompre avec l'Espagne et d'entrer en Franche-Comté avec le secours de la France, lui promettant de lui laisser tout ce qu'il aurait conquis 1. Il parvint à mettre dans ses intérêts la sœur même du duc Charles, l'ancienne maîtresse dePuylaurens , la princesse de Phalzbourg , alors bien déchue , et qui lui rendait un compte secret et fidèle de tout ce qui se passait autour de son frère. Mazarin lui demandait surtout de le tenir au courant des moindres mouvements de Mme de Chevreuse; il savait qu'elle était en correspondance avec le duc de Bouillon, qu'elle disposait du général impérial Piccolomini par son amie Mn,e de Strozzi , et même qu'elle avait

tiiêque Mazarine, lettres françaises de Mazarin, folio 415, 22 juillet 1645 ; « On peut juger, dit Mazarin, si on a une grande haine pour Mma de Chevreuse, puisque, lorsqu'elle étoit au pouvoir des parlementaires d'Angleterre, ils ont offert de la remettre entre nos mains, et qu'on ne s'en est pas soucié. »

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