CHAPITRE CINQUIÈME
combattue qu'à regret, rechercha et fut souvent très heureux de suivre ses conseils 1. Elle passa hautement du côté de la royauté ; elle la servit , et elle s'en servit à son tour. Après Mazarin, elle devina Colbert, qui n'était pas encore ministre; elle travailla à son élévation et à la perte de Fouquet 2; et la fière mais la judicieuse Marie de Rohan donna son petit-fils le duc de Ghevreuse, F ami de Beauvilliers et de Fé-
1. Voyez à la Bibliothèque Nationale, fonds Gaignière, n° 27<J9, un recueil inédit de lettres autographes et chiffrées de Mazarin à l'abbé Fouquet, le frère du futur surintendant, où Mazarin demande sans cesse l'opinion et les bons offices de Mme de Chevreuse.
2. Mémoires du jeune Brienne, t. Ier, ch. vu, p. 218 : « Elle fit alliance avec les Colbert et maria son petit-fils à la fille d'un homme qui n'auroit jamais cru, dix ans auparavant, faire ses filles duchesses. Il fallut écraser pour cela le pauvre M. Fouquet; elle le sacrifia sans scrupule à l'ambition de son compétiteur. Je raconterai bientôt cette intrigue avec des particularités nouvelles. Mme de Chevreuse la conduisit avec ardeur; c'est la dernière action de sa vie. » Tome II, chapitre iv, p. 178 : « La duchesse de Chevreuse étoit avec le marquis de Laigues à Fontainebleau pour cette affaire (celle de Fouquet). Elle avoit obligé celui-ci à s'allier avec M. Colbert le ministre, qui n'étoit même alors que contrôleur des finances... Ayant conservé assez d'ascendant sur l'esprit de la reine mère, elle la fit consentir à la perte de M. Fouquet, quoique Sa Majesté l'aimât, parce qu'il l' avoit toujours bien fait payer de son douaire et des pensions considérables que le roi son fils lui donnoit depuis sa majorité. » A l'appui de ces renseignements, nous trouvons parmi les papiers de Fouquet, qui étaient dans la fameuse cassette et qui sont aujourd'hui conservés dans l'armoire de Baluze à la Bibliothèque Nationale, diverses lettres d'un agent secret du surintendant l'avertissant que Mme de Chevreuse travaille contre lui et tâche de lui enlever la protection de la reine mère. Cet agent, qui devait être un seigneur de la cour, avait gagné indirectement le confesseur d'Anne d'Autriche, et c'est par lui qu'il savait les manœuvres de Mme de Chevreuse. Lettre du 28 juin lGiil : « Mme de Chevreuse continue à faire de grandes recherches à ce bonhomme (le confesseur), mais cela ne servira de rien, et vous apprendrez précisément tout ce qu'elle lui dira. » Lettre du 21 juillet : « Je n'ai pu rien
nelon, à la fille d'un bourgeois de génie, le plus grand administrateur qu'ait eu la France. Elle obtint aisément tout ce qu'elle voulut pour elle et pour les siens ; elle parvint au comble du crédit et de la considération, et, ainsi que ses deux illustres émules, Mme de Longueville et la princesse Palatine, elle acheva dans une paix profonde une des carrières les plus agitées du xvne siècle.
sçavoir de plus particulier de chez Mme de Chevreuse ; mais depuis peu le bonhomme de confesseur est venu ici pour voir la personne dont j'ai eu l'honneur de vous parler autrefois. Il lui a conté tout ce qu'il sçavoit, et entre autres choses lui a dit que depuis quelque temps Mme de Chevreuse lui avoit fait de grandes recherches, qu'elle lui avoit envoyé Laignes plusieurs fois, qu'il lui avoit parlé fort dévotement pour le gagner, mais surtout qu'il lui avoit parlé contre vous, Monseigneur. Je ne m'étendrai pas de quelle sorte, car ce bonhomme a dit qu'il l'avoit conté à M. Pelisson. 11 me suffira donc de vous faire sçavoir sur cela que le bonhomme de cordelier se plaint un peu de ce que taisant un éclaircissement à la reine mère vous l'aviez comme cité, et que lui disant qu'elle alloit à Dampierre parmi vos ennemis et qu'on lui avoit dit des choses contre vous, comme elle nioit qu'on lui eût jamais parlé de la sorte, vous lui dites de le demander au père confesseur; que le lendemain la reine lui avoit dit qu'elle ne pou voit comprendre comment vous sçaviez toutes choses et que vous aviez des espions partout. » Lettre du 2 août ; « Mn)e de Chevreuse a été ici, et l'on m'a promis de me dire des choses qui vous sont de la dernière conséquence sur cela, sur le voyage de Bretagne (le voyage de Bretagne et l'arrestation de Fouquet eurent lieu au commencement de septembre), sur certaines résolutions très secrètes du roy et sur des mesures prises contre vous. » — Lettre du 4 août : « Mrae de Chevreuse, lorsqu'elle fut ici, fut voir deux fris le confesseur de la reine mère. Cependant ce bonhomme cacha cela à M. Pelisson qui l'ayant été voir lui demanda s'il ne l'avoit point vue , ce qu'il lui nia , comme il a dit depuis. Il a encore dit des choses qu'il a données sous un fort grand secret et qui sont de très grande conséquence. La personne qui les sçait fait difficulté de me les dire, parce que MffiC de Chevreuse y est mêlée, et que lui étant aussi proche elle a peine à me les dire. »