‹ Madame de Chevreuse et Madame de hautefortChapitre 161 sur 215 · Ecuyev de la reine · texte numérisé non relu

Ecuyev de la reine

254 APPENDICE. CHAPITRE Ier.

l'année 1631 et 1632, il estoit encore disposé de faire de mesme, pourvu que nous déclarassions franchement les intelligences que nous pouvions avoir eues depuis à Finsceu et contre l'intention de Sa Majesté, tant au dedans qu'au dehors du royaume, les personnes que nous y avons employées, et les choses principales que nous avons sçeues ou qui nous ont esté mandées ;

« Nous, Anne, par la grâce de Dieu royne de France et de Navarre, advouons librement, sans contrainte aucune, avoir escrit plusieurs fois à M. le cardinal infant, nostre frère, au marquis de Mirabel, à Gerbier, résident d'Angleterre en Flandres , et avoir reçeu souvent de leurs lettres;

« Que nous avons escrit les susdites lettres dans nostre cabinet, nous confiant seulement à La Porte, nostre porte-manteau ordinaire, à qui nous donnions nos lettres, qui les portoit à Auger, secrétaire de l'ambassade d'Angleterre, qui les faisoit tenir au dit Gerbier;

« Qu'entre autres choses nous avons quelques fois tesmoigné du mécontentement de Testât auquel nous estions, et avons reçeu et escrit des lettres au marquis de Mirabel qui estoient en des termes qui debvoient déplaire au Roy ;

« Que nous avons donné ad vis du voyage d'un Minime en Espagne pour que l'on eust l'oeil ouvert à prendre garde à quel dessein on l'envoyoit ;

« Que nous avons donné advis audit marquis de Mirabel que l'on parloit ici de l'accommodement de M. de Lorraine avec le Roy, et que l'on y prît garde;

« Que nous avons tesmoigné estre en peine de ce que l'on disoit que les Anglois s'accommodoient avec la France aulieu de demeurer unis avec l'Espagne ;

« Et que la lettre dont La Porte a esté trouvé cliargé devoit estre portée à Mme de Chevreuse par le sieur de la Thibaudière, et que la dite lettre fait mention d'un voyage que la dite dame de Chevreuse vouloit faire incogneue devers nous.

« Advouons ingénument tout ce que dessus comme choses que nous recognoissons franchement et volontairement estre véritables. Nous promettons de ne retourner jamais à pareilles fautes, et de vivre avec le Roy nostre très honoré seigneur et espoux comme une personne qui ne veut autres intérêts que ceux de sa personne et de son Estât. En tesmoing de quoi nous avons signé la présente de nostre propre main, et icelle faict contresigner par nostre conseiller et secrétaire

de nos commandements et finances. Fait à Chantilly, ce dix-septième aonst 1637, signé Anne. Et pins bas, Legras. « Et audessoubs est encore escrit de la main du Roy : « Après avoir veu la franche confession que la reyne , nostre très chère espouse, a faite de ce qui a pu nous desplaire depuis quelque temps en sa conduite, et l'assurance qu'elle nous a donnée de sa conduite à l'advenir, selon son devoir, envers nous et nostre Estât, nous lui déclarons que nous oublions entièrement tout ce qui s'est passé, n'en voulons jamais avoir souvenance, ains voulons vivre avec elle comme un bon roy et un bon mary doibt faire avec sa femme. En tesmoing de quoi j'ay signé la présente, et icelle faict contresigner par l'un de nos conseillers et secrétaires d'Estat. Fait à Chantilly, ce dixseptième jour d'aoust, 1637. Signé de la propre main du roy, Louis. Et plus bas : Bouthillier. »

Nouvelle déclaration de la reine , du 22 aoust 4637, de la mai ?i de Legras.

« La Reyne m'a commandé de dire à monseigneur Téminentissimc cardinal duc de Richelieu ce qui ensuit :

« Qu'elle avoit baillé un chiffre à La Porte pour escrire au marquis de Mirabel ce que Sa Majesté a dit avoir escrit audit marquis par sa, déclaration du 17 de ce mois , et que ledit La Porte lui avoit rendu ledit chiffre il y a quelque temps, lequel elle a brûlé;

« Que Sa Majesté sçait que M. de Lorraine a envoyé un homme à M"1*" de Chevreuse, ne sçait si c'est pour traiter avec ladite dame de Chevreuse pour affaires générales ou particulières, n'entendant Sa Majesté charger ni décharger ladite dame de Chevreuse de la négociation dudit envoyé par monseigneur de Lorraine, ne voullant que si ladite dame de Chevreuse doist estre chargée ce f ust par elle , laissant à La Porte à dire sur ce sujet ce qu'il sçaura;

« Que Mn,e de Chevreuse est venue trouver deux fois Sa Majesté dans le Val-de-Grace, lorsqu'elle estoit reléguée à Dampierre, et qu'elle a reçeu quelques lettres de ladite dame de Chevreuse dans le Val-de- Grace, et que mesme depuis peu un homme lui estuit venu apporter des nouvelles dans le Val-de-Grace;

256 APPENDICE. CHAPITRE Ie'.

« Que Sa Majesté a escrit, devant la rupture de la paix, plusieurs t'ois dans le Val-de-Grace à ladite dame de Chevreuse;

« Que lord Montai gu l'est venu trouver une fois dans le Val-de- Grace, et qu'elle areceu quelques lettres dudit sieur de Montaigu, par Ja voye d'Auger, tant pour elle que pour Mme de Chevreuse, qui n'estoient que compliments;

« Que lorsque la Reyne escrivoit de Lyon à la supérieure du Val-d< - Grâce : donnez ces lettres à vostre parente qui est dans la conté de Bourgogne, c'est à dire : donnez-les à Mme de Chevreuse. »

Copie d'un mémoire écrit de la main du roi le 17 aoust, et d'un engagement de la reine à se conformer à toutes les choses qui lui sont prescrites.

« Mémoire des choses que je désire de la royne.

« Je ne désire plus que la royne escrive à Mme de Chevreuse, principalement pour ce que ce prétexte a esté la couverture de toutes les escritures qu'elle a fait ailleurs.

« Je désire que Mme de Senecey me rende conte de touttes les lettres que la royne escrira et qu'elles soient fermées en sa présence.

« Je veux aussi que Fillandre, première femme de chambre, me rende conte touttes les fois que la reyne escrira, estant impossible qu'elle ne le sçache puisqu'elle garde son escritoire.

« Je deffends à la reyne l'entrée des couvents des religieuses jusques à ce que je le lui aye permis de nouveau; et lorsque je lui permettrai, je désire qu'elle aye toujours sa dame d'honneur et sa-dame d'atours dans les chambres où elle entrera.

Je prie la reyne de se bien souvenir quand elle escrit ou fait esciire en pays estrangers, ou y faix sçavoir des nouvelles par quelque voye que ce soit, directe ou indirecte, qu'elle mesme m'a dit qu'elle se tient deschue par son propre consentement de l'oubli que j'ai fait aujourd'hui de sa mauvaise conduite.

« La reyne sçaura aussi que je ne désire plus en façon du monde qu'elle voye Craf, et autres entremetteurs de Mme de Chevreuse. Fait à Chantilly, ce 17 aoust 1637.

« Et plus bas est escrit de la propre main de la Reyne ce qui ensuit : « Je promets au roy d'observer religieusement le contenu cy dessus. Fait à Chantilly les jours que dessus.

« Cette copie a été escrite par commandement de la Reyne à Chantilly, ce 21 aoust 1637, pour estre mise es mains de monseigneur l'eminentissime cardinal, duc de Richelieu. »

Instructions de la main de de Noyers adressées au chancelier Seguier pour interroger La Porte et Vabbesse du Val-de-Grâce, du 2w2 août.

Premier mémoire.

« La Reyne a avoué que la lettre que La Porte avoit lorsqu'il a esté arresté, estoit pour Thibaudière qui la debvoit portera Mme de Chevreuse.

« Elle a avoué de plus que La Porte estoit celui qui portoit et recevoit les lettres qu'elle escrivoit en Flandre par la voye de...

« M. le chancelier doibt, s'il lui plaît, envoyer quérir La Porte, le soir en un carrosse , bien accompagné de son exempt et de ses fustes (sic) et de quelques soldats de la Bastille, et lui demander lui-mesme qui debvoit poiter la lettre qu'on lui a trouvée à Mme de Chevreuse, lui déclarant en parole de Chancelier que la Reyne a déclaré qui estoit le gentilhomme qui la devoit porter, et que s'il manque à dire la vérité le Roy le fera pendre.

« Après cela M. le Chancelier lui dira : On sait bien que ce n'est pas vous qui deviez porter la lettre , c'est un gentilhomme ; qui est-il ?

« Pour l'autre article le Chancelier lui peut dire : Je vous veux aider à vous tirer de peine. La Reyne a dict que c'étoit par le moyen d'un nommé Auger qu'elle escrivoit et recevoit des lettres de Flandre , que c'estoit vous qui estiez porteur ; comment y alliez-vous ? A quelle heure? Qui vous les bailloit de la part de la Reyne? Les receviez-vous de sa main? ou par personnes interposées? Où les escrivoit plus commodément la Reyne pour empescher qu'on ne les descouvrist ? Qui vous donnoit celles qu'elle escrivoit au Louvre ? et qui celles qu'elle escrivoit auVal-de-Grace ? Les donniez-vous vous-mesme au sieur Auger, ou si elles passoient encore par quelque main?

« Enfin il le faut exhorter à dire la vérité par tantes sortes de menaces, et d'autre part l'assurer qu'il n'aura point de mal, s'il la dit, sur l'assurance qu'on lui donnera, que la Reyne a déjà dit ce qu'on lui demande, qui lui est seulement redemandé pour voir son ingénuité ou sa malice.

Second mémoire.

« La Reyne a avoué que , lorsqu'il est dit dans ses lettres que la dépositaire du Val-de-Grace apporta à M. le Chancelier, donnez cette lettre à vostre parente , c'est à dire Mme de Chevreuse, et qu'elle n'avoit jamais cognu mesme par imagination aucune parente de la supérieure du Val-de-Grace.

Elle a recognu avoir escrit quelquefois dans le Val-de-Gràce en Espagne lorsque la marquise de Mirabel estoit ici.

« Elle dit encore avoir donné en garde à la supérieure du Val-de- Grace deux reliquaires avec des pierreries .

« De ces trois confessions qui ne disent pas tout, il en faut tirer les faits qui s'ensuivent pour interroger dessus la supérieure , qui est à la Bussière, sans lui dire d'abord que la Reyne ait rien avoué.

« Il lui faut demauder, savoir : si elle persiste à dire que la Reyne n'ait jamais escrit dans son couvent; si elle dit encore qu'elle n'y a point escrit, on lui demandera en particulier si du temps que la maruise de Mirabel estoit ici , la Reyne n'a point escrit en Espagne , en Flandre ou autre lieu, dans ledit couvent.

« Si elle dit que non , on passera à un autre article , la sommant de dire si elle a dit vérité lorsqu'elle a soutenu que ces mots qui se trouvent dans les lettres que la Reyne lui a escrites : donnez cette lettre à vostre parente , signifient une des parentes de ladite abbesse ou quelque autre ;

« Si elle persiste à dire qu'ils signifient une de ses propres parentes , comme elle l'a soutenu en son premier interrogatoire, on lui fera prêter nouveau serment si cela est vrai, l'exhortant premièrement à ne jurer pas faux.

«Après, si elle prête nouveau serment, là-dessus on lui représentera la misère à laquelle elle est tombée de jurer des choses si notamment fausses , que la Reyne a avoué tout le contraire au Roy de ce qu'elle dit, ciinfessant avoir escrit, dès le temps que la marquise de Mirabel estoit ici, des lettres on Espagne et en Flandre, dans le Val-do-(îr;ïiv, et

recognoissant quo ces mots : Donnez cette lettre à vostre parente, signifient à Mme de Chcvreuso.

(( Ensuite oa verra ce qu'elle dira , désavouant la Reyne ou confessant ce que la Reyne a recognou.

« Si elle recognoist la vérité, il faudra la convier de continuer à la dire, lui demandant si, depuis le partement de la marquise de Mira- 1 tel, la Reyne n'a pas continué à escrire dans le Val-de-Gràce selon que les occasions s'en sont présentées.

«Si elle dict que non, on lui fera faire nouveau serment -, l'exhortant à ne jurer pas faux.

« Après cela on lui demandera si la Reyne ne lui a déposé aucuns papiers, chiffres ou autre chose en garde. Si elle dit que oui, on lui demandera quoi. Si elle dit que non, on lui demandera si elle le vent jurer, l'exhortant à ne jurer pas faux.

« Après cela on lui dira que la Reyne a déclaré lui avoir mis es mains un grand et petit reliquaire de pierreries. »

Lettre autographe du chancelier Seguier au cardinal de Richelieu, avec une note de sa main.

« Monseigneur,

« J'envoye à vostre Eminence le procès-verbal de ce qui s'est passé en exécution des ordres que j'ai reçus du Roy. J'ai joinst les lettres qui se sont trouvées tant chez M. de Chevreuse qu'au monastère du Val-de- Grâce l. J'assure vostre Eminence que je n'ai rien obmis pour trouver la Vérité de ce que l'on désiroit, et que j'ai tourné cette affaire en diverses façons , pour persuader la mère de recognoistre ce que je lui demandois. Toute la subtilité a esté sans effectet a desnié constamment sans varier avec de grands serments. J'attendrai les ordres de vostre Eminence que j'exécuterai avec le respect et l'obéissance que vousdoibt Monseigneur, de vostre Eminence,

Le très humble et très obéissant serviteur,

Seguier.

« De Paris, ce 24 aoust mil six cent trente-sept. »

1. Ces lettres ne sont point ici. Le peïe Griffet ne les cite point, et ne paraît pas les avoir connues.

260 APPENDICE. CHAPITRE Vr.

« Les religieuses ont tesmoigné estre fort surprises de l'ordre qu'elles ont reçeu. La mère supérieure a paru fort estonnée. L'on juge néanmoins qu'il y avoit eu quelques avis donnés , non pas de la venue de Monseigneur l'Archevesque , d'autant qu'il ne le sçavoit pas lui-mesme, mais peut-estre la Reyne se doubtant de quelque chose peut en avoir adverti la mère qui aura donné ordre que l'on n'ait trouvé aucuns papiers.

« Les lettres sont toutes escriptes en mil six cent trente. Il n'y a pas d'apparence que la Reyne n'ait escript depuis sept ans. Y ayant eu plusieurs voyages , si les porteurs ont esté destournés , il faut que ce soit avant que l'on soit entré dans le couvent, le chancelier ayant donné ordre de veiller que personne n'entrast dans la chambre de la Rey ne pendant qu'il estoit en la cellule de la mère où l'on a fait une recherche exacte.

Ce qui est encore à remarquer est que la mère vouloit paroistre plus malade qu'elle ne l'estoit en effet. Elle avoit dit qu'elle avoit la fiehvre et neantmoins le médecin a dit le contraire, et a dit qu'elle n'avoit aucune esmotion, bien que ce qui se passoit lui en put donner.

« L'on dict que cette supérieure est fort advisée; elle est comtoise et a ses parents en la Franche-Comté.

« Après les serments qu'elle a faits, il faut qu'elle ait de grandes subtilités et équivoques, si elle n'a dit la vérité. L'on lui a prononcé l'excommunication , et qu'elle ne pourrait en estre relevée si elle ne respondoit avecq vérité , et ensuite elle a juré sur la damnation de son âme et sur la vérité de la sainte Eucharistie ; c'est tout ce qu'il y a de plus relligieux et de plus fort pour presser une conscience.

« Elle tesmoigné grande passion pour la Reyne. Elle a dit que l'on l'avoit accusée de plusieurs choses qui estoient fausses , que c'estoit une princesse grandement vertueuse. En partant, elle a dit que l'on leur faisoit injustice et que Dieu les en vengeroit, et que cella ne dureroit pas long temps.

« La communauté a eu grand peine à la laisser partir. Il y a eu beaucoup de larmes, mais point de résistance, et une obéissance tout entière , et telle qu'en vérité on auroit peine d'en trouver une pareille dans les autres monastères. Elles s'offrirent toutes pour l'accompagner. »

Esciuture de la mère abbesse : « Jes Ma benedictens.

Mon Dieu soit Nie consolateur.

Escriture de la mère dépositaire : « Jésus soit Nre vie à jamais et

l'amour de nos âmes. »

VU

Interrogatoire de Vabbesse du Val-de-Grace du 28 août.

« L'an mil six cent trente-sept, le lundi xxme jour d'aoust, Nous, Charles le Roy de La Potherye, conseiller du Roy en ses conseils, par le commandement de Sa Majesté, et suivant les ordres qui nous ont esté donnés par M. le chancelier, sommes partis de la ville de Paris pour nous transporter au lieu de la Bussiere , assisté de Philippar Durand, mon greffier, pour ouir et interroger la dame religieuse Comtoise , cy devant supérieure du Val-de-Grace , sur les mémoires et instructions qui ont esté mis en nos mains par mon dit seigneur le chancelier, avec deux obédiences, des messeigneurs les archevesque de Paris et évesque d'Auxerre, du xxi et xxij dudit mois d'aoust, pour faire respondre ladite religieuse sous peine d'encourir les censures portées par lesdites obédiences.

« Et le jeudi xxvm dudit mois et an , estant audit lieu de la Bussiere, nous nous sommes transportés au chasteau où est logée ladite dame religieuse, où estant avons mandé et fait venir par devant nous ladite dame religieuse , laquelle , après serment par elle fait de nous dire vérité et que lecture lui a esté faite desdites obédiences, et qu'elle les a veues et lues à son loisir, avons enquise de son nom, âge, naissance et qualité.

« A dict se nommer Loyse de Milley, dite de saincte Estienne , estre âgée de cinquante-six ans ou environ , natifve de Montmartin en la Franche-Comté, et ci-devant supérieure du couvent du Val-de-Gràce à Paris;

« Enquise, si les premières responses qu'elle a rendues devant M. le chancelier sont véritables, et s'il est vrai que la Reyne n'ait jamais escrit dans le Val-de-Gràce;

« A dit que, pendant le temps des voyages de Lyon et de Loi raine, la Reyne a plusieurs fois cscript dans le Val-dc-Gràce en présence de

262 APPENDICE. CHAPITRE Ie'.

la respondante, et ne se cachoit point d'elle; ne sçait à qui ni où elle escripvoit, fors que quelquefois elle escripvoit à Mme de Chevreuse comme elle croit, et a cité le temps des voyages de Lyon et de Lorraine d'aultant qu'elle ne se souvient pas des mois ni des années.

« Enquise si pendant le temps que la dame marquise de Mirabel estoit à la cour, la Reyne n'a point escript en Espagne, en Flandres et autres lieux, dans ledict couvent du Val-de-Grâce;

« A dit que pendant le temps de la marquise de Mirabel, la Reyne a escript dans ledit couvent, mais ne sçait où elle escripvoit.

« Enquise s'il est véritable que ces mots qui se trouvent dans des lettres que la Reyne lui a escriptes : donnez ces lettres à vostre parente, signifient une des parentes de la respondante;

A dit qu'il est véritable que la Reyne luy escrivoit qu'elle baillast les lettres qu'elle luy envoyoit à sa parente , mais que ce n'estoit pas pour elle.

« Enquise pour qui estoient lesdites lettres;

« A dict que c'estoit pour Mme de Chevreuse.

« Enquise à qui elle faisoit rendre lesdites lettres ;

« A dit qu'elle les rendoit à ceux qui les venoient quérir de la part de Mme de Chevreuse.

« Lui avons remonstré qu'il est hors d'apparence que des lettres qu'on lui donnoit en confiance, et desquelles on mettoit l'adresse soubs le nom d'une de ses parentes pour en oster la cognoissance, elle les hazardast les rendant à des personnes qu'elle ne cognoissoit point ;

« À dit que sur ce que ceux qui venoient quérir les lettres disoient qu'ils estoient à Mme de Chevreuse, elle les rendoit, encore qu'elle ne les cogneust point.

« Enquise pourquoi elle n'a pas recogneu cette vérité à M. le chancelier;

« A dict que M. le chancelier ne l'en enquist pas particulièrement *,

« Le serment reitéré, et exhortée de nous dire vérité, enquise si pendant le temps que la marquise de Mirabel estoit auprès de la Reyne elle n'a pas veu ladite dame Reyne escrireen Flandres et en Espagne;

« A dit qu'elle l'a vue escrire, ne sçavoit pas où s'adressoient les lettres, que quelquefois elle a escript en Espagne devant la respondante, et que M. Le Gras les venoit quérir.

« Enquise si elle n'en bailloit point à d'autres qu'à M. Le Gras;

1. Note ajoutée par le chancelier Seguier: « Le chancelier ne la pouvoit enquérir sur le faict de Mme cle Chevreuse dont l'on n'a eu cognoissance que par la déclaration de la Keyne.f»

« A dict qu'elle n'en sçait rien, et que quand la Reync alloit au parloir elle la conduisoit jusques à la porte, et n'entroit pas, si ce n'estoit pour ouvrir la grille, et après qu'elle Favoit ouverte elle se retiroit.

« Enquise si pendant les voyages de Lyon et de Lorraine la marquise de Mirabel estoit encore à (sic ) la Reyne;

« A dit n'en avoir souvenance.

« Enquise si depuis que la marquise de Mirabel est retournée en Espagne, la Reyne n'a point escript dans le Val-de-Gràce;

« A dict ne l'avoir point vu escrire depuis le temps que la marquise de Mirabel est partie de France.

« Enquise quand la Reyne luy envoya lesdites lettres pour sa parente par qui elles lui estoient rendues;

« A dit qu'elles luy estoient rendues par les domestiques de la Reyne qu'elle ne congnoist point de nom, et que mesme quand ils lui seroient représentés qu'elle ne sçait si elle les pourroit recongnoistre.

« Enquise si elle ne congnoist point un nommé La Porte porte-manteau de la Reyne;

« A dit que non.

« Le serment réitéré, enquise si la Reyne luy a desposé aucuns papiers, chiffres, ou donné quelques autres clioses à garder ;

« A dit qu'elle ne lui a baillé aucuns papiers ni chiffres, qu'une lettre pour les capucines de Marseille pour envoyer à M. Le Gras.

« Enquise si la Reyne ne luy a pas laissé quelques bagues ou pierreries, et qu'elle ait à recognoistre vérité et ne jurer pas faussement ;

« A dit que la Reyne lui a baillé deux reliquaires, l'un d'un petit Jésus et l'autre de la Vierge, où il y a quelques diamants, qui sont dans la sacristie où on déposoit les reliquaires de la maison, et qu'elle les y a laissés en partant , d'autant que la Reyne ne les y a laissés ni pour elle en particulier ni pour la maison, et que Mme de la Flotte les a vues et sçait que les reliquaires sont à la Reyne.

« Lecture faite de ces responses, a dit contenir vérité, n'y vouloir adjouster ni diminuer.

« Exhortée de décharger sa conscience, recongnoistre la vérité de ce qu'elle scait, de ce que nous lui avons demandé et le serment réitéré;

« A dit se ressouvenir qu'il y a quelques deux mois ou environ que la Reyne escrivit en sa présence deux lignes, ne sçait à qui elle escrivoit ni où, et qu'elle a dit tout ce dont elle se ressouvient, et a signé en chacune page. Charles Leroy de La Potherye.

Par l'ordonnance de mondit sieur, Durand.

264 APPENDICE. CHAPITRE 1er.

vin

Interrogatoires de La Porte.

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