SECOND INTERROGATOIRE DU 1 5 AOUT
« L'an mil six cent trente sept le quinzième jour du présent mois d'aoust, nous Charles Le Roy sieur de La Poterie, conseiller du Roy en ses conseils , nous sommes encore transporté dans le chasteau de la Bastille , par Tordre et commandement verbal de Monsieur le Chancellier, pour ouir et examiner de rechef le sieur de La Porte, détenu prisonnier au dit lieu, où estant, nous l'avons fait amener pardevant nous, et après avoir de lui pris le serment accoutumé de dire vérité, nous l'avons oui et interrogé , et ses responses fait rédiger par escript, ainsi qu'il suit :
« Enquis si quand il fust arresté il n'avoit autre lettre sur lui que celle dont il nous a parlé par son premier interrogatoire;
« A dit que non.
« Enquis par qui ladite lettre lui avoit esté donnée ;
« A dit que ladite lettre lui fut rendue par la Reyne.
« Enquis si avec ladite lettre il ne lui en fut point rendu d'autre ;
« A dit qu'elle lui en donna une autre , et lui commanda de l'envoyer par la voie de la poste.
« Enquis à qui s'addressoit ladite lettre ;
« A dit qu'elle s'addressoit à Madame de Chevreuse.
(( Enquis si depuis que ces dites lettres lui furent rendues il ne fut point au faubourg Saint-Germain ;
« A dit que non.
« Enquis s'il ne cognoissoit personne particulièrement au faubourg ;
« A dit qu'il cognoit un chirurgien nommé Baltazard , qui demeure en la rue de Seine , et un nommé Barrault qui vient souvent chez la Reyne, qui est gentilhomme servant de Mademoiselle.
« Enquis s'il n'a jamais porté des lettres au faubourg et s'il n'en a jamais esté retirer;
« A dit qu'il n'y en a point porté et qu'il n'en a point aussi retiré.
« Enquis si la lettre qui lui fut trouvée ne devoit pas estre rendue au faubourg Saint-Germain et à qui il avoit charge de la rendre ;
« A dit que là Reyne en lui donnant ladite lettre lui dit : Envoyez la première par la poste , et cette autre je vous dirai à qui vous la baillerez; et qu'il survint tant de monde qu'il ne put parler à elle, et prit résolution n'ayant point eu de commandement de l'envoyer par le messager.
« Enquis s'il n'a point esté au Val-de-Grâce ;
« A dit qu'il y a trois ou quatre ans qu'il n'y a esté, qu'il y fust entendre lors la Passion.
« Enquis s'il n'y a pas porté des lettres;
« A dit que jamais il n'y en a porté.
« Enquis s'il n'en a jamais porté à la supérieure ou à quelqu'autre des religieuses de ladite maison;
« A dit que non.
« Enquis à qui il rendit deux lettres qui lui furent rendues par la Reyne le 23 ou 24 juillet dernier;
« A dit qu'il ne se souvient pas bien si la Reyne lui donna des lettres au dit jour, mais que d'ordinaire la Reyne escrivoit à Mme de Chevreuse de quinze jours en quinze jours, quelquefois plus souvent, quelquefois plus tard ; mais que la Reyne ne lui a jamais donné lettres que pour Mme de Chevreuse.
« Enquis s'il eognoist un nommé Jullien et de quelle condition il est;
« A dit cognoistre ledit Jullien; que c'est un garçon qui a esté à lui autrefois.
« Enquis depuis quand il l'a quitté , et de quoi il s'est meslé depuis ;
<( A dit qu'il y a Lien dix ans qu'il est sorti de son service et a monstre à escrire.
« Enquis où demeure ledit Jullien et s'il le voit souvent;
<( A dit qu'il demeure quasi vis-à-vis du collège de Navarre, et que quelquefois ledit Jullien le vient voir, et lui il lui rend la visite.
« Enquis, si quand il est hors de Paris ledit Jullien ne lui escrit pas, et si en partant il ne lui donne pas charge de retirer ses lettres, et si lui respondant ne lui envoyé pas les siennes pour les rendre suivant les adresses qu'il lui donne ;
« A dit que oui.
« Enquis pour qui ledit Jullien lui a envoyé des lettres quand il a esté dehors et pour qui il lui en a rendu en mains propres quand il estoit à Paris.
A dit que ledit Jullien lui a rendu des lettres de Mme de Chevreuse
et lui en a envoyé quand il cstoit dehors , et qu'il ne lui en a envoyé d'autre que de son frère et de Mme de Chevreuse.
« Enquis s'il n'a jamais envoyé des lettres en Flandre et s'il n'en a point reçu;
« A dit que non.
« Enquis si on ne lui en a jamais rendu pour Mme du Fargis ;
« A dit que non, et qu'il n'a jamais vu ladicte dame, et que pendant qu'elle esloitprès de la Reyne, il estoit en Piedmont, en la compagnie des gens d'armes de la Reyne.
« Nous lui avons remontré qu'il ne nous recognoissoit la vérité , et que par l'argent qu'il a remboursé audit Jullien et à d'autres pour porter des lettres , il faut bien qu'il en ait reçu plus grande quantité venant de diverses personnes que ce qu'il nous a recognu;
et A dit qu'il n'en a point reçu d'autre personne que ce qu'il nous a recognu.
« Nous lui avons représenté un mémoire estant en une demie feuille de papier ployé en deux , et enquis s'il recognoissoit l'escriture dudit mémoire ;
« A dit que oui et que c'est de son escriture.
aEnquis si le premier article, de trente livres sept sous pour un habit, chappeau , chemise , bas et collet n'estoit pas pour son petit laquais ;
« A dit que non et que c'estoit pour un grand laquais qu'il avoit, qui l'a quitté il y a trois ans pour aller a la guerre.
« Enquis qui est un nommé La Jaille duquel il est parlé au lmitième article dudit mémoire;
« A dit que c'est un peintre qui quelquefois recevoit des lettres pour lui de son frère.
<( Enquis s'il recevoit si peu de lettres qu'il dit, pourquoi il auroit payé audit Jullien quinze livres quatorze sols , comme il est porté par le neuvième article dudit mémoire ;
« A dit qu'encore qu'il y ait pour port de lettres audit article, néant moins que c'estoit pour emballage.
(( Enquis s'il cognoit un nommé Louis;
« A dit que c'est le garçon qui l'a quitté pour aller à l'armée dont il a parlé ci -dessus.
« Enquis de qui il s'est servi depuis que ledit Louis l'a quitté ;
« A dit qu'il s'est servi d'un nommé François, qui estoit d'auprès de Spnlis, qui a esté à son service jusques environ le mois de mai, qu'il
272 APPENDICE. CHAPITRE 1er.
prit ledit laquais nommé Renault , dont il nous a parlé par son premier interrogatoire.
« Enquis si ledit laquais ne portoit pas des lettres et s'il n'en retiroit point ;
« A dit que quelquefois il en portoit audit Jullien et quelquefois aussi les retiroit de lui Jullien. •
« Enquis si personne ne recevoit des lettres à lui adressantes que ledit Jullien;
« A dit que non.
«Enquis quelles lettres lui rendit ledit Jullien quand il le remboursa des dix livres neuf sols contenus au douzième article dudit mémoire ;
« A dit qu'il n'y a point eu d'autres lettres que de Mme de Chevreuse.
« Nous lui avons remonstré qu'outre les susdits articles il y a encore quatre livres deux sols en l'article vingt, et huit livres six sols en l'article vingt et un dudit mémoire , et qu'il est impossible que, s'il n'eut reçu des lettres que de Mine de Chevreuse , il y eut une si grande quantité d'argent pour des ports de lettres;
« A dit qu'il n'y en a point eu d'autre, et que ce qui haussoit le port c'estoit des bardes que l'on envoyoit.
« Nous lui avons remontré qu'il ne recognoissoit pas la vérité , d'autant qu'il y a des articles séparés pour lesdits emballages et voitures, et que par le quinzième article il a payé audit Jullien cent-dix livres dix sols ; et le sept avril dernier, par l'article seizième , seize livres pour ports de lettres et emballages , et que si aux articles précédents les emballages eussent esté compris, ils n'eussent pas esté omis non plus qu'audit article seizième ;
« A dit que s'il ne l'a pas mis audit article que c'a esté par omission.
« Enquis de qui Mademoiselle de Haultefort avoit charge de lui faire rendre le paquet duquel il nous a parlé en son premier interrogatoire par ces mots : J'ai eu charge de vous faire rendre ;
« A dit qu'il croit qu'elle a eu charge de la Reyne, et que, quand ladite Reyne partit de Paris , n'ayant pu suivre il envoya son petit garçon et lui dit , qu'il fasse souvenir Mlle de Haultefort de dire à la Reyne qu'elle avoit promis à Mme la comtesse du Lude d'escrire par elle à Mme de Chevreuse , et ce fut une de ses lettres qui lui fut rendue par son garçon.
« Enquis qui avoit charge de retirer les responses qu'on escrivoit à M,,ie de Chevreuse et qui les escrivoit;
« A dit que la Reyne les escrivoit de sa main dans son cabinet.
« Enquis si elle n'en a point escrit en d'autres endroits;
« A dit que non , qui soit venu à sa cognoissance.
« Enquis s'il n'a jamais porté des lettres qu'au messager de la cour, et s'il n'en a point porté au faubourg Saint-Germain et au Val-de- Grace ;
« A dit qu'il n'en a jamais porté qu'au dit messager et quelquefois à la poste.
« Enquis s'il n'a jamais retiré des lettres venant par la voie de Flandres ;
« A dit que non.
« Enquis qui est un nommé Fauques duquel il est parlé au vingtneuvième article dudit mémoire;
« A dit que c'est ledit Jullien duquel il a parlé ci-devant.
« Enquis quelles lettres ledit Fauques lui rendit le xxvi juillet qu'il lui paya dix livres pour ports de lettres ;
« A dit que c'estoit des lettres d'Anjou et de Touraine, et n'a jamais esté chargé de porter et retirer d'autres lettres que de Mme de Chevreuse et pour elle.
« Enquis à qui s'adressoient ces paquets et quel nom on mettoit dessus la suscription;
« A dit que le plus souvent lesdits paquets s'adressoient audit Jullien Fauques qui les lui apportoit.
« Enquis s'il a cognoissance qu'autres que lui portassent des lettres pour la Reyne et les allassent retirer des lieux où elles estoient adressées;
« A dit qu'il n'a jamais vu personne en prendre de la Reyne ni d'autre en apporter et que d'ordinaire c'estoit lui qui en estoit chargé, et que si la Reyne escrivoit par d'autre il n'en a eu cognoissance.
« Lecture faite audit respondant de ses responses ci-dessus , a dit contenir vérité, n'y vouloir adjouter ni diminuer, et a signé.
« Charles Leroy de La Potherye. »
troisième interrogatoire, du dix-huit aout.
« L'an mil six cent trente-sept, le dix-huitième jour du présent mois d'aoust, nous, Charles Leroy, sieur de La Potherie, conseiller du Roy en ses conseils, nous sommes pour la troisième fois transporté dans le chasteau de la Bastille pour ouir de rechef et examiner le nommé de La Porte, détenu prisonnier audit lieu, où estant nous l'avons fait amener pardevant nous, lequel, après serment de lui pris de dire vérité, nous I. 48
274 APPENDICE. CHAPITRE Ier.
avons oui et interrogé, et ses responses fait rédiger par escrit, ainsi qu'il en suit :
« Enquis si lorsqu'il fut arresté prisonnier il n'avoit point d'autre lettre dans sa poche que celle qui lui avoit esté donnée pour rendre ou faire rendre à Mme de Chevreuse;
« A dit que non.
« En quis s'il n'avoit pas dans sa poche une petite lettre sans soubscription, et subscrite, à vous ; de qui est la dite lettre;
« A dit que la dite lettre que nous lui avons présentée fut trouvée dans sa pochette, et ne s'en estoit pas souvenu lorsqu'il fut interrogé, et que la dite lettre est de Mme de Chevreuse.
« Enquis par qui la dite lettre lui fut rendue ;
« A dit qu'il Ta reçue par la voye ordinaire.
« Enquis ce qu'il entend par la voye ordinaire;
« A dit que c'est la voye du messager et de la poste, et quelquefois par les laquais de Mme de Chevreuse qui alloient et venoient.
« Enquis si la -vérité n'est pas que la dite lettre lui fut rendue par une personne de condition, et quelle elle est;
« A dit que non, et qu'il n'en a reçu que comme il a dit ci-dessus.
« Enquis s'il n'est pas vrai que celui qui lui rendit la dite lettre avoit une créance particulière de lui dire des choses qu'on ne vouloit pas escrire;
« A dit que la dite lettre lui fut rendue par un nommé Mazelle, serviteur de M. ou Mme la comtesse du Lude, qui est agent de Mme de Chevreuse, et qui n'estoit à Paris qu'en cachette, à cause que M. de Chevreuse l'a voulu battre pour ce qu'il se mesle de poursuivre [les procès que Mme de Chevreuse a intentés contre lui.
« Enquis de quelles affaires particulières lui parla le dit Mazelle ;
« A dit qu'il n'y avoit point d'autres affaires particulières que de faire souvenir la Reyne de faire solliciter les affaires de la dite dame par M. l'abbé du Dorât, lequel la Reyne envoya quérir pour cela.
« Enquis de quel temps est la dite lettre;
« A dit qu'il y a environ trois semaines qu'il l'a reçue.
« Nous lui avons remontré qu'il ne recognoit la vérité, et qu'il est hors d'apparence qu'on aie fait une créance particulière pour une accommodation d'affaires communes, et que cela se pouvoit mettre dans la lettre, et que nous lui en avons représenté de la dite dame où elle escrit des choses de plus grande conséquence;
« A dit qu'il n'avoit point d'autre créance que celle qu'il nous a dit.
« Enquis qui est la personne de laquelle le dit Mazelle lui devoit dire des nouvelles, comme il est porté par la dite lettre ;
« A dit que ce n'est point d'autres nouvelles que de la dite dame de Ghevreuse.
« Enquis dans la correspondance qu'il avoit avec la dite dame, de quel chiffre elle usoit quand elle parloit d'elle;
« A dit que quelquefois elle se servoit d'un 0, quelquefois du nombre 20.
« Nous lui avons remonstré que pour porter une parole qui n'alloit qu'à faire souvenir de ses affaires, il ne faut point de paroles de créance si expresses et tant de répétitions, et mander au respondant qu'il croye le porteur comme si c'estoit elle-mesme;
« A dit que toute la créance n'alloit qu'à ce qu'il a dit ci-dessus.
Lui avons représenté une autre lettre suscrite : A vous, et sans souscription, et enquis de qui est cette lettre;
« A dit que la dite lettre est de son frère, qui est auprès la dite dame de Ghevreuse.
« Enquis de qui son dit frère entend parler par trois demi lignes qui sont au bas de la dite lettre, et qu'est-ce que son frère lui envoya lors qu'il reçut la dite lettre ;
« A dit que c'estoit d'un paquet pour donner à la Reyne, duquel il falloit avoir response.
« Enquis s'il a rendu le dit paquet et s'il a envoyé la response;
« A dit qu'il l'a rendu et a retiré la dite response et envoyé.
« Enquis de qui estoit le dit pacquet;
« A dit qu'il estoit de Mme de Chevreuse.
« Nous lui avons représenté les dictes lignes, et enquis de qui sondit frère entend parler par une M, qui est au commencement de la dite première demi ligne avec un trait dessus;
« A dit que cela veut dire Mme de Ghevreuse, et que toutes les fois qu'il lui parle de la dite dame, il met une M avec un trait dessus.
« Enquis si la dite lettre lui fut rendue avec celle que nous lui avons ci devant représentée;
« A dit qu'elles estoient en un mesme pacquet.
« Lui avons remonstré que Mazelle lui ayant rendu la dite lettre comme il nous a recogneu ci dessus, il n'y a point d'appaience qu'elle fut enfermée dans un pacquet ;
« A dit qu'elles ne sont point venues ensemble, et que quand il a dit ci-dessus que les lettres de Mme de Chevreuse lui avoient esté rendues
ensemble, il entendoit parler du pacquet qui estoit pour la Reyne, qui lui est recommandé par son frère, et que dans le dit pacquet il n'y en avoit point pour lui.
« Enquis si la vérité n'est pas que la lettre qui fut trouvée dans sa poche ne devoit estre portée ni à la poste ni au messager, et qu'elle devoit estre portée par personne confidente, et qu'il ait à nous recognoistre la vérité, laquelle il n'a jusques ici recognue;
« A dit que la Reyne lui donna deux lettres, et lui dit qu'il en envoyast une par la poste, et que l'autre elle lui diroit à qui il la falloit donner.
« Nous lui avons remonstré qu'il nous a dit, par son interrogatoire, qu'il estoit demeuré à Paris pour rendre la dite lettre au messager, qui est bien contraire à ce qu'il vient de dire par sa précédente response ;
« A dit que n'ayant pu parler à la Reyne, et voyant que la dite lettre s'adressoit à Mme de Chevreuse, s'estant résolu à la porter au messager, il demeura à Paris.
« Enquis s'il ne devoit pas estre porteur de la dite lettre;
« A dit que la Reyne ne lui en a point parlé.
« Enquis qui en devoit estre le porteur;
« A dit qu'il n'en sçait rien.
« Nous lui avons remonstré que la dite lettre n'estant qu'une lettre de créance, on ne l'a confiée qu'à celui qui la doit porter, ou en la rendant à quelque autre on lui nomme celui auquel on la doit rendre; autrement ou la lettre seroit inutile, ou il seroit en la puissance de celui es mains duquel elle tomberoit, d'engager mal à propos ceux qui auroient escrit ;
« A dit que s'il sçavoit qui estoit le porteur qu'il le diroit.
« Enquis s'il a recogneu que quelqu'autre que lui se meslat de rendre les lettres de la dite dame de Chevreuse et en retirast les responses ;
« A dit qu'il n'en a point de cognoissance, et qu'il ne croit pas que d'autres s'en soient meslés, si ce n'est que quelquefois il se rencontroit des gens qui alloient de ce costé-là, et qui en demandoient à la Reyne qui leur en donnoit.
»< Enquis de quel chiffre Mme de Chevreuse se servoit pour nommer la Reyne ;
« A dit n'en avoir aucune cognoissance.
« Enquis si elle ne se servoit pas du chiffre de 9 ;
« A dit qu'il ne scait.
« Enquis s'il n'avoit pas ordre d'amener la dite dame de Chevreuse à Paris ou au faubourg, et où il la devoit rendre;
« A dit qu'il n'a jamais oui parler de cela.
« Nous lui avons remonstré qu'au lieu de s'estendre par la dite lettre, par les derniers termes il est porté qu'on feroit grand tort au porteur si on en disoit davantage, et que par là il est tout clair ou qu'il falloit qu'il fût le porteur, ou qu'il le cogneùt ; d'autant qu'on ne hazarde point des lettres de cette conséquence qu'entre les mains de personnes très confidentes pour les inconvénients qui en pourroient arriver;
« A dit qu'il ne cognoissoit point le porteur, et qu'il n'avoit point charge d'y aller lui-inesme.
« Enquis si la dite lettre estoit fermée;
« A dit qu'elle estoit cachetée du cachet de la Reyne comme estoient toutes les autres qu'on lui rendoit.
« Enquis pourquoi il n'escrivoit pas pour sçavoir qui seroit le porteur d'une lettre de cette conséquence, puisqu'il ne le devoit pas estre, et qu'on ne lui avoit encore nommé;
« A dit que la Reyne lui donna deux lettres et lui dit : Portez cellelà à la poste, laquelle n'estoit point enveloppée; et l'autre, qui estoit couverte d'un papier, elle lui dit : Je vous dirai ce qu'il en faut faire.
« Enquis, ne sachant ce qu'il devoit faire dudit pacquet, comment il fut si hardi de le développer, et voir à qui s'adressoit la lettre, et un secret qu'on ne lui avoit pas déclaré;
« A dit que ce n'estoit qu'une enveloppe qui n'estoit point cachettée, et qu'il ne crut pas mal faire de la développer et voir ce qui estoit dedans.
« Enquis qu'elle suscription il y avoit sur la dite lettre ;
« A dit qu'il n'y en avoit point, et qu'il n'y avoit qu'une forme $ comme aux autres lettres que la Reyne escrivoit à la dite dame de Chevreuse.
« Enquis si la lettre qui lui fut rendue pour porter à la poste, n'ayant point de suscription, comme il eût esté possible qu'elle fût tombée entre les mains de la dite dame de Chevreuse;
« A dit qu'il en faisoit un pacquet qu'il adressoit à son frère, nommé Marc de La Porte, qui est valet de chambre de la dite dame de Chevreuse.
« Enquis pourquoi il a plustot vu que la seconde lettre qui lui fut rendue s'adressast à la dite dame de Chevreuse qu'à une autre, puis-
278 APPENDICE. CHAPITRE Ier.
que la dite dame ne lui en parla point en lui rendant, mais seulement qu'elle lui diroit; et que d'ordinaire on ne rend pas en un instant deux lettres pour une mesme personne, si ce n'est que la première soit une lettre d'avis qu'on envoie en diligence, afin de préparer ce qui est porté par la seconde ;
« A dit que la Reyne lui dit que tout estoit pour Mme de Chevreuse, et qu'elle s'oublia de lui dire ce qu'il feroit de celle qui estoit enveloppée, mais qu'il croit qu'elle lui eût mandé le soir, autrement qu'il l'eût envoyée par le messager.
« Nous lui avons représenté copie de la dite lettre par la lecture de laquelle il peut recognoistre qu'il n'y a aucune vérité aux responses qu'il nous a faites, qu'il est impossible, lui qui se mesloit de toutes les affaires de la dite dame de Chevreuse, que s'il n'estoit porteur de la dite lettre il ne cognoisse celui qui la devoit rendre, d'autant que pour lui avoir fait entendre ce dont on le chargeoit, il a fallu du temps pour l'instruire et lui confier ce qu'on ne vouloit pas escrire;
« A dit après avoir lu et relu la dite lettre, qu'il n'y peut rien comprendre, et n'y cognoist rien, qu'il ne peut pas deviner si la Reyne avoit dessein de se servir de lui, mais qu'elle ne lui en avoit encore rien dit, et qu'il n'en avoit aucune lumière, et qu'il veut estre misérable s'il sçait autre chose que ce qu'il nous a recognu.
« Enquis en quel lieu il avoit ordre d'amener 17, et si par 17 on n'entend pas la dite dame de Chevreuse;
« A dit qu'il n'en sçait rien, et que jamais la Reyne ne lui a parlé d'aucune des choses contenues en la dite lettre.
« Lui avons remonstré que de déguiser la vérité, et ne la. vouloir recognoistre aux affaires de cette conséquence est un crime capital, et que Sa Majesté sçait la vérité de ce dont nous l'avons enquis, et qu'il doit la recognoistre sans se vouloir perdre;
« A dit qu'il nous a recognu tout ce qu'il sçait.
« Après lesquelles interrogations et responses nous avons, en la présence du dit La Porte, paraphé les dites deux lettres, et la copie de celle qui fut trouvée sur lui, et à icelui fait faire lecture de ses responses qui a dit contenir vérité, n'y vouloir adjouster ni diminuer, et a signé.
« Charles Leroy de La Potuerye. »
LETTRE DU CHANCELIER AU CARDINAL , DU DIX-NEUF AOUT , APRÈS LE TROISIÈME INTERROGATOIRE.
« A Monseigneur.
« La Porte a esté interrogé pour la troisième fois. Son Eminence verra par ses responses qu'il n'a voulu donner aucune lumière du contenu en la lettre de la Reyne.
« M. de La Poterie attend l'ordre pour aller à la Russière ; il est nécessaire de continuer ces procédures et interroger la supérieure du Val-de-Gràce.
« Le chancellier a parlé aux religieux que l'on a consulté sur le secret des lettres, et ont dit que dans deux jours ils s'informeroient du nom et de la demeure du personnage ; cependant que l'on se pouvoit assurer qu'il ne se passeroit rien au préjudice du service du Roy.
« J'ai faict commandement à Patrocle de sortir dans un jour et se rendre à Rourges avec sa femme, suivant l'ordre qu'il a pieu au Roy me donner. Il est résoleu d'obéir; il se deffend fort et prétend estre innocent. Il m'a apporté une lettre qu'il escrit au Roy. Vostre Eminence jugera s'il est à propos qu'elle lui soit rendue.
« De Son Eminence,
« Le très humble et très obéissant serviteur,