DERNIER INTERROGATOIRE, DU VINGT-SEPT AOUT
« A Monseigneur (de la part du chancelier et de sa propre main).
« La Porte fut interrogé hier au soir par le chancellier. En commençant, il ne voulut rien advouer, et persista, comme il avait fait auparavant, à dire que si la Reyne luy commandoit d'advouer ce que l'on lui demandoit qu'il le feroit pour lui obéir.
« La Rivière, qui estoit envoyé de la part de la Reyne, fust mandé par le chancellier, et, après avoir faict entendre à La Porte qu'elle lui commandoit de recognoistre ingenuement la vérité, ainsi qu'elle lui a voit desja escrit, autrement qu'elle l'abbandonneroit , le dit La Porte se mit lors à genoux, et dit que, puisque la Reyne le voulloit, qu'il diroit la vérité de tout ce qu'il sçavoit, et que le commandement qu'elle lui fai-
280 APPENDICE. CHAPITRE Ier.
soit luy serviroit d'excuse. Ensuite il advoua que depuis huit mois, par l'ordre de la Reyne, il avoit porté quatre ou cinq petits pacquets chez un nommé Auger, demeurant au faubourg Saint-Germain, et qu'il avoit esté recevoir au mesme logis des lettres pour la Reyne, qu'il donnoit ces lettres au premier venu et les recepvoit de mesme; il dénia avoir eu familiarité avec Auger, et qu'il n'a jamais parlé à lui qu'une fois dans le Louvre lorsqu'il sortoit de la chambre de la Reyne, que le dit Auger lui dit que lorsque la Reyne lui donneroit des lettres pour lui porter, qu'il vint chez lui et les donnât au premier venu, et qu'ensuitte la Reyne ayant escrit elle lui donna les lettres et lui commanda de les porter à Auger, et lui dit le lieu où il demeuroit.
« 11 a recogneu que la Reyne lui avoit mis le papier entre les mains, qu'il eust la curiosité de le voir, et qu'il estoit escrit en chiffres qu'elle lui bailla au commencement que l'on alla à Madrid, et ne le garda qu'un jour; que la Reyne ne lui dit point à quoi servoit le papier.
« Pour le fait de l'homme envoyé de la part du duc de Lorraine, il dénie, et persiste à dire qu'il n'en a jamais eu cognoissance.
« Dénie avoir porté des lettres au Val-de-Grace, et qu'il n'y est entré qu'une seulle fois, le jour du vendredy saint, où il entendit le sermon de la Passion.
« Quanta Patrocle, il dit qu'il n'a jamais eu cognoissance que la Reyne se servit de lui pour affaires secrettes et importantes, qu'elle l'employoit souvent pour recommander des affaires communes, et que lorsqu'il demanda à M. de Laffemas s'il estoit en peine, que ce fust après que M. de Laffemas lui eust dit qu'il debvoit advouer la vérité et qu'il considérât comme avoit faict Patrocle, que cella lui donna subjet de demander si Patrocle estoit en peine comme lui.
« Ensuite il a déclaré ne savoir rien davantage de particulier que ce qu'il a dit, et qu'après que la Reyne lui a recommandé de dire la vérité il s'estoit résolu de ne rien dissimuller, qu'il est vrai qu'en commençant qu'il s'est retenu de [déclarer ce qu'il sçavoit, voullant garder la fidélité qu'un serviteur doibt à sa maitt esse, mais qu'à présent ce commandement de la Reyne lui sert d'excuse. »