Mémoires de Richelieu, t. IV; p
toute sa beauté. Elle n'avait pas trente ans, et il était difficile de la voir impunément. Richelieu luimême ne fut pas insensible à ses charmes 4 ; il s'efforça de lui plaire, mais ses hommages ne furent point accueillis. Mme de Chevreuse préféra au toutpuissant cardinal un de ses ministres, celui sur lequel il avait le plus droit de compter : elle le lui enleva d'un regard, et le conquit au parti de la reine et des mécontents.
Charles de l'Aubépine, marquis de Châteauneuf, d'une vieille famille de conseillers et de secrétaires d'État, avait succédé en 1630 à Michel de Marillac dans le poste de garde des sceaux; il le devait à la faveur de Richelieu et au dévouement qu'il lui avait montré. 11 avait poussé ce dévouement bien loin, car il présida à Toulouse la commission qui jugea l'imprudent et infortuné Montmorenci, et par là il mit à jamais contre lui les Montmorenci et les Gondé. Châteauneuf avait donc donné des gages sanglants à Richelieu, et ils semblaient inséparables. Le cardinal l'avait comblé, comme il faisait tous les siens. Châteauneuf avait été nommé chancelier des ordres du roi et gouverneur de Touraine. C'était un homme consommé dans les affaires, laborieux, actif, et doué de la qualité qui plaisait le plus au
1. Mme de Motteville, t. Ier, p. 62 : « Ce ministre, malgré la rigueur qu'il avoit eue pour elle, ne F avoit jamais haïe; sa beauté avoit eu des charmes pour lui, etc. »