‹ Madame de Chevreuse et Madame de hautefortChapitre 170 sur 215 · DÉDICACE DE DARET. WS · texte numérisé non relu

DÉDICACE DE DARET. WS

fumée de l'encens le plus pur; et, bien que ce soit un présent de son amour, il la couronne néanmoins comme la plus haute de nos vertus. Si cela est ainsi, comme il n'en faut point douter, je me trouve bien plus puissant que je ne me suis cru, et je n'ai pas besoin de la nouvelle grâce qu'au commencement de ma lettre, Madame, j'ai pris la liberté de demander à Votre Altesse; je la supplie donc très-humblement d'agréer que je m'acquitte envers elle, et que recevant de mes mains une chose précieuse et rare comme est la bonne volonté, elle se contente d'un payement dont elle est bien persuadée que Dieu se contente lui-même. Votre Altesse la verra peinte à l'entrée de l'ouvrage que je prends la hardiesse de lui dédier ». Elle y paroit en action de sacrifiante, et bien qu'elle n'aie dans les mains que des fleurs et des branches de palmes et d'olivier , j'ose dire à Votre Altesse, Madame, que de ces fleurs et de ces branches elle lui faira des couronnes plus augustes et plus durables que celles qui sont composées de perles et de diamants. Je ne désire point que Votre Altesse fasse considération sur le grand monde qui assiste à la célébration de ce sacrifice. Ce sont, à la vérité, des Roys et des Reines, des Princes et des Princesses ; ce sont des personnes de l'un et l'autre sexe, illustres par leur naissance, par leur vertu ou par leur fortune. Mais quelques fameux que soient ces héros et quelques recommandables que soient ces héroïnes, ou ils ne sont déjà plus, ou ils ne sont que pour quelques années, et parconséquent il n'y a rien en cela de véritablement grand, puisqu'il n'y a rien d'éternel. La bonne volonté a seule ce privilège, Madame, et c'est elle seule aussi qui peut estre le digne prix des actions héroïques de Votre Altesse et des grâces que j'en ai reçues. Je la lui consacre avec toute la sincérité qui lui est inséparablement unie, et avecque tout le zèle d'un homme qui n'a d'honneur, de liberté, ni de vie, que ce qu'il tient de votre bonté, et qui, par toutes sortes de loix divines et humaines, est obligé en cette considération de vivre et mourir,

Madame ,

De Votre Altesse,

Le très-humble, très-obéissant et trèsobligé serviteur,

Daret. »

1. Voyez le frontispice gravé de l'ouvrage. Partout les armes de Rohan et de Lorraine. Comme le dit énigmatiquement cette phrase de la dédicace, c'est la reconnaissance de Daret , ce n'est pas Mme de Chevreuse qui est représentée sous

294 APPENDICE. CHAPITRE IIe.

NOTE DEUXIÈME

Négociation de Vannée 1638 et 1639 entre le cardinal de Richelieu et Mme de Chevreuse pour le retour de celle-ci en France.

Ainsi que nous l'avons dit, la Bibliothèque nationale possède deux manuscrits qui éclairent cette négociation. L'un, supplément français, n° 4067, in-folio, récemment acquis de la société des bibliophiles, contient avec bien des lettres étrangères à notre objet, des lettres relatives à l'affaire qui nous intéresse, en trop petit nombre, il est vrai, mais originales et autographes, et qui viennent certainement de la cassette du cardinal de Richelieu, comme les pièces sur l'affaire du Val-de-Grâce : ce manuscrit porte au dos le titre : lettres originales. L'autre est le tome II in-folio des manuscrits de Colbert , affaires de France; ce sont des copies des papiers de Richelieu concernant la négociation dont nous nous occupons. Ces copies l'embrassent tout entière ; elles reproduisent les pièces originales du Supplément français, et elles en donnent beaucoup d'autres. Malheureusement elles sont assez défectueuses. Le P. Griffet n'a connu ou du moins il ne cite que ces copies de Colbert, et il en a le premier tiré plusieurs lettres importantes. Nous croyons utile de mettre sous les yeux du lecteur toutes celles que nous trouvons dans nos deux manuscrits, en suivant, autant qu'il sera en nous, l'ordre chronologique.

les traits de la sacrificatrice. Le portrait de la duchesse est parmi les autres et a la date de 1653. Celui de sa fille Charlotte, qui, je crois, est unique, est de 1652, l'année même de sa mort.

Lettre de la Reyne d'Angleterre à M. le cardinal de Richelieu, touchant la grossesse de la Reyne et l'arrivée de Mme de Chevreuse en Angleterre. Mars 1638 '.

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