AU ROY MONSIEUR MON FRÈRE
« Monsieur, si je pouvois moi même estre si heureuse que de pouvoir aller témoigner à Votre Majesté, l'extrême joie que j'ai de la bénédiction qu'il a plu à Dieu lui envoyer par la grossesse de la Reyne, ma sœur, elle connoistroit par ma diligence mon ressentiment; mais ne le pouvant j'ai cru que ce gentilhomme que j'envoie suppléerait à mon intention, et que Votre Majesté prendroit en bonne part le témoignage de mon ressentiment, priant Dieu de lui vouloir envoyer la joie parfaite par un fils. Aussi j'ai cru de mon devoir d'avertir Votre Majesté de l'arrivée de ma cousine la duchesse de Chevreuse en ce pays. J'espère qu'elle ne recevra point de mauvais traittement pour estre venue ici, et que Votre Majesté lui fera l'honneur et à moi aussi qu'elle puisse jouir de son bien, selon qu'il a été arresté devant son parlement de France. Je ne la ferai plus longue de peur d'importuner Votre Majesté. Me remettant à sa bonté ordinaire, je demeurai à jamais,
Monsieur,
Votre très-humble et très-obéissante sœur et servante, « Henriette Marie R. »
Lettre de l'abbé Du Dorât à M. le cardinal de Richelieu 2. « A Monseigneur.
« Monseigneur, ce billet donnera avis à votre Éminence que vendredi dernier, sur les quatre heures de relevée, un gentilhomme se disant à
1. Manuscrits de Colbert, fol. 2. Manque dans le Suppl. franc.
2. Manuscrits de Colbert, fol. 3. Manque dans le Suppl. franc.
la Reyne de la Grande-Bretagne, me vint trouver au lit et me donna un paquet venant d'Angleterre. Le voyant, j'en reconnus bien les caractères, et le maniant je jugeai qu'il y pouvoit avoir plus d'une lettre. C'est pourquoi, Monseigneur, je vous l'envoie tel que je l'ai reçu, et supplie très-humblement votre Éminence de prendre la peine s'il lui plaist, de m'en renvoyer la lettre que l'on m'escrit, et me mander la response que j'y dois faire. C'est bien avec un extrême déplaisir que je ne suis pas porteur de la présente. Ce porteur pourra témoigner à votre Éminence combien mon excuse est légitime, et avec quelle passion je désire porter la qualité de ,
Monseigneur,
Votre très humble, très affectionné et très obligé serviteur ,
DU DORAT
« A Paris, ce lundi. »
Madame de Chevreuse à M. Du Dorât. l
« L'estat où j'ai esté jusqu'à cette heure ne m'a pas permis de pouvoir escrire plustôt, ni celui où je suis d'y demeurer davantage sans le faire, pour vous prier de donner une lettre que j'escris à la Reyne, touchant l'affaire que vous sçavez de l'argent que m'envoya Monsieur le cardinal, laquelle je vous prie de dire à Sa Majesté, ainsi que je lui mande que vous ferez, et la très humble supplication que je lui fais de le rendre sur ce qu'elle me doit. Je crois qu'il lui sera aussi aisé en Testât où elle est, qu'à moi difficile en celui où je suis, auquel elle m'obligeroit beaucoup de m'envoyer le reste; mais pour ne l'importuner, je n'ose lui demander. Je fais bien de rendre cela à M. le cardinal, avouant que si cela ne m'eut esté impossible je l'aurois desjà fait avec tous les remerçiments que je dois. J'espère que la bonté de la Reyne fera tous les deux pour moi, et que cela lui sera autant agréable que peutestre mon malheur lui feroit désagréer ce qui viendroit de ma part. S'il est si grand que cela ne puisse estre, je ne manquerai de satisfaire à cela par quelque moyen que ce soit, et de témoigner, en quelque estât que je sois, que si j'ai beaucoup de mauvaise fortune, je n'ai pas moins d'innocence et autant de résolution de la conserver que d'envie de vous servir.
« M. DE ROHAN
1. Manuscrits de Colbert, fol. 3. Manque dans le Suppl. franc.
298 APPENDICE. CHAPITRE IIe.
Madame de Chevreuse à la Reyne. 1
« J'ai chargé ce porteur de vous dire une affaire que je ne puis oublier ni ne dois vous celer ; l'état où je suis m'oste le moyen de la payer, celui où vous estes vous le donnera facilement. Je vous conjure de le faire et d'en témoigner votre ressentiment. Si vous pouviez achever le surplus de la dette, croyez qu'il viendroit bien à propos pour moi, qui suis absolument à vous que je sçais qui le croyez, et que je ne puis vous récompenser du bien que vous me faites en cela. »