‹ Madame de Chevreuse et Madame de hautefortChapitre 177 sur 215 · juillet 1638. Lettre du cardinal de Richelieu à Mme de · texte numérisé non relu

juillet 1638. Lettre du cardinal de Richelieu à Mme de

C fiévreuse.

« Madame,

« Le Roy a volontiers consenti à ce que vous avez désiré. Puisque vous ne vous sentez coupable que de votre sortie du royaume, il m'a commandé de vous mander qu'il vous en donne de bon cœur l'abolition, comme il eut fait de toute autre chose que vous eussiez tesmoigné avoir sur votre conscience. Quand le sieur de Boispille vous alla trouver, je lui dis ce que j'estimois pour votre service et pour votre sûreté, qui consistoit, à mon avis, à ne tenir rien de caché; ce à quoi j'estimois que vous vous dussiez porter d'autant plus facilement que l'expérience vous a fait connoistre, par ce qui s'est passé au fait de Monsieur de Châteauneuf^ qu'en ce qui vous intéresse ce dont vos amis ont la preuve en main est plus secret que s'ils ne l'avoient point. Je vous puis bien assurer que je n'ai pas moins d'intention de vous servir aux occasions présentes qu'en celle-là, et que tant s'en faut qu'on ait voulu vous faire avouer une chose qu'on ne sçut pas, qu'on voudroit ne savoir pas ce qu'on sçait pour ne vous obliger à le dire.

« Tant y a qu'on vous envoie les sûretés que vous avez désirées. Que si vous avez besoin de plus grandes, je vous y servirai volontiers, comme je vous l'ai desjà mandé, vous assurant que je serai toujours, etc.

8e septembre 1638. Mme de Chevreuse à M. le cardinal.

« A MONSIEUR MONSIEUR LE CARDINAL2

« Monsieur,

« Si je doutois de vos paroles je n'en mériterois pas les effets; au contraire 3 la liberté qu'elles me font prendre à cette heure de vous représenter mes intérêts, n'estant digne du soin qu'il vous plaist d'en prendre. Considérez, Monsieur, l'état où je suis, très satisfaite d'un

1. Manuscrits de Colbert, fol. 11; manque dans le Suppl. franc.

2. Manuscrits de Colbert, ibid.; manque dans le Suppl. franc.

3. Il parait y avoir ici une petite lacune ; suppléez : je vous prie d'excuser, ou quelque chose de semblable.

côté des assurances que vous me donnez de la continuation de votre amitié, et fort affligée de l'autre des soupçons ou pour mieux dire des certitudes que vous dites avoir d'une faute que je n'ai jamais commise, laquelle, j'avoue, seroit accompagnée d'une autre, si, l'ayant faite, je la niois, après les grâces que vous me procurez du Roy en l'avouant. Je confesse, Monsieur, que ceci me met en un tel embarras que je ne vois aucun repos pour moi dans ce rencontre. Que si vous ne vous estiez pas persuadé si certainement de la sçavoir, ou que je la pusse avouer, ce seroit un moyen d'accommodement ; mais vous laissant emporter à une créance si ferme contre moi qu'elle n'admet point de justification , et ne me pouvant faire coupable sans l'estre, j'ai recours à vous même, Monsieur, vous suppliant, par la qualité d'ami que votre générosité me promet, d'aviser un expédient par lequel Sa Majesté puisse estre satisfaite, et moi retourner en France avec sûreté; ne m'en pouvant imaginer aucun, et me trouvant dans des grandes peines. Comme je suis avec d'entières résolutions de vous servir, j'espère que vous trouverez bon la franchise avec laquelle je vous supplie de m'en tirer, et de me donner occasion de vous tesmoigner ce que je suis, Monsieur,

« Votre très humble et très affectionnée servante, « Marie de Rohan. »

Londres, 19 septembre 1638. Mme de Chevreuse à M. le cardinal *.

A MONSIEUR MONSIEUR LE CARDINAL

« Monsieur, « La Reine de la Grande-Bretagne envoyant M. Germain tesmoigner à leurs Majestés le contentement qu'elle a de celui que Dieu leur a donné par l'heureuse naissance de M. le dauphin, je trouve ce soulagement, dans le malheur de n'oser dire à la Reyne l'extrême joie que j'en ai, de vous en pouvoir parler, et ainsi m'en réjouir avec celui qui, après leurs Majestés, en a le plus de satisfaction, et vous assurer, Monsieur, que j'en aurois une très sensible si vous me donniez autant de moyen de vous servir que j'en ai de volonté, puisque alors je me montrerois par effet ce qu'à cette heure je puis seulement me dire, « Monsieur,

« Votre très humble et très affectionnée servante,

« M. DE ROHAN

« De Londres, ce 19 septembre. »

1. Manuscrits de Colbert, fol. 12. L'original est an Suppl. franc.

306 APPENDICE. CHAPITRE IIe.

Londres, G octobre. ilfme de Chevreuse à M. le cardinal*.

A MONSIEUR MONSIEUR LE CARDINAL

« Monsieur,

« Puisque vous ne vous lassez point de m'obliger, il est raisonnable que je me lasse de ne vous point servir, et qu'en vous remerciant des bontés que vous me tesmoignez, je vous assure du désir que j'ai de les mériter. Je n'ose plus, Monsieur, vous importuner de mes intérêts; M. Du Dorât les vous représentera, si vous l'avez agréable; mais je ne puis m'empescher de vous parler de ceux de mes filles, lesquels ont tout perdu en la mort de feue Mme de Jouare, et sont demeurées dans de si bons sentimens pour la religion qu'il semble que Dieu veuille qu'elles lui servent. Ainsi, Monsieur, je vous demande avec elles le moyen qu'elles le fassent en la même qualité que faisoit leur bonne tante dans la maison où elle les a élevées, avec protestation que si je les en croyois indignes je ne le désirerois pas, et une réservation (sic) entière que je fais en cela pour elles et pour moi à ce qu'il vous en semblera, n'ayant cette ambition pour elles que parce que je les en crois dignes, selon le rapport qu'on m'en fait. En ce cas, Monsieur, je me crois bien forte et vous si raisonnable que vous ne nous refuserez la grâce que nous vous demandons, avec celle que je vous supplie de m'accorder de me croire véritablement, Monsieur,

« Votre très humble et très affectionnée servante.

« M. DE ROHAN

S janvier 1639. M. le cardinal de Richelieu à Mme de Chevreuse12.

« Les continuelles instances que M. de Chevreuse fait pour vous garantir de votre perte, joint à l'affection que j'ai toujours eUe pour ce qui vous touche, m'ont porté à obtenir du Roy un passeport pour M. l'abbé Du Dorât et le sieur de Boispille qui vous vont trouver en intention de vous servir et de vous faire plus penser à vous que vous n'avez jamais fait. Si vous en avez autant de dessein qu'ils en assurent, et que vous vouliez par une bonne conduite me donner lieu de

1. Manuscrits de Colbert, fol. 13. Manque clans le Sitppl. franc.

2. Manuscrits de Colbert, fol. 18, Manque dans le Suppl. franc.

respondre au Roy de la suite de vos actions, je m'y engagerai de très bon cœur, me promettant que vous ne voudriez tromper de nouveau une personne qui veut estre, etc.

Londres, 28 janvier 1639. Mm(i de Chevreuse à M. le cardinal *.

A MONSIEUR MONSIEUR LE CARDINAL

« Monsieur,

« Je ne sçaurois recevoir de plus grands témoignages de Famitié de Monsieur mon mari que les sollicitations qu'il emploie pour procurer mon retour en France, ni espérer qu'elles réussissent que par votre assistance à laquelle je reconnois devoir le bon commencement que j'y vois, et espère en devoir l'heureuse fin à vos bons offices dont je vous demande la continuation. Pour cet effet je vous supplie de croire que je suis si sensible à l'honneur que vous me faites que si les soupçons que mon malheur a donnés de moi touchant l'affaire de M. le duc de Lorraine estoient véritables, je vous le confesserois, ne doutant pas que votre générosité ne m'en obtint le pardon aussi bien que de ma sortie de France. Et si j'estois assez heureuse pour vous pouvoir entretenir de vive voix comme par escript, j'ose m'assurer que je vous donnerois satisfaction de mes actions en toutes les choses où l'on me peut estimer coupable. C'est ce que je vous supplie très humblement de croire, et que j'attendrai avec impatience le retour de ce porteur, espérant recevoir alors les effets que je me promets de l'honneur de votre protection, avec une volonté entière de m'en rendre digne, comme, Monsieur,

Votre très humble et très affectionnée servante,

« M. DE ROHAN

Mme de Chevreuse à Vabbé Du Dorât 2.

« Après les certitudes que l'on m'a dit avoir que j'ai employé mes sollicitations vers Monsieur le duc de Lorraine, pour l'empescher de s'accommoder avec le Roy et le faire demeurer dans le parti d'Espagne, à quoi je n'ai jamais pensé; je ne puis me croire en sûreté en France,

1. Manuscrits de Colbert, fol. 14. Manque dans le Suppl. franc.

2. Manuscrits de Colbert, fol. 8. L'original est au Suppl. franc.

308 APPENDICE. CHAPITRE IIe.

n'y pouvant avec cette opinion là espérer la protection de Monsieur le cardinal, qu'il ne lui plaise auparavant s'esclaircir de ce soupçon en me donnant moyen de m'en justifier, et à lui sujet de me croire digne de l'oubli de la faute de ma sortie de France, pour laquelle j'attendrai de sa bonté la sûreté nécessaire, n'en pouvant demander ni n'en voulant avoir que celle qu'il jugera à propos. »

Londres, dernier janvier 1639. Lettre du sieur Du Dorât au cardinal

de Richelieu l.

A MONSEIGNEUR

« Monseigneur,

« La crainte que j'ai d'importuner votre Eminence par une longue mais véritable relation de tout ce qui s'est passé en dix jours dans la conférence que monsieur de Boispille et moi avons eue avec madame la duchesse de Chevreuse, me fera supplier très humblement votre Eminence de vouloir écouter ledit sieur de Boispille et prendre la peine, s'il lui plaît, d'entendre la lecture d'un extrait que nous avons fait de tout ce qui s'est passé; où ledit sieur de Boispille a travaillé soigneusement et fidèlement, et suis assuré que sa glose vaudra bien le texte. J'ose vous dire, Monseigneur, que ce divertissement ne vous sera point désagréable. Nous n'avons pu faire en moins de temps plus de dilligence; car à l'abord nous avons trouvé cette personne en garde; mais par beaucoup d'examens et propositions nous avons découvert des choses que votre Eminence sera bien aise de ne pas ignorer. Vous apprendrez , s'il vous plaît, au vrai la posture en laquelle elle est ici , et toutes les personnes qui lui rendent des visites, ce que j'ai pu reconnoistre de ses desseins et son extrême passion de revenir, une sensible reconnoissance des grâces qu'elle a reçues de votre Eminence, et une envie de vous dire beaucoup de choses, si elle estoit si heureuse de vous pouvoir voir; c'est comme elle parle; mais il y a un remors qui l'arreste, qui est cette fausse générosité que votre Eminence a si souvent et si justement blasmée. C'est une pauvre créature, digne de compassion, qui est sur le penchant du précipice, qui attend que vous lui tendiez cette main de laquelle elle a si souvent reçu tant de bienfaits, et de laquelle à l'avenir elle espère tout son salut. Permettez, Monseigneur, que je die qu'elle a raison de

1. Manuscrits de Colbcvt, fol. 14. L'original est au Suppl. franc.

NÉGOCIATION DK 1638 ET 1639. 309

la demander et de l'espérer, puisqu'elle a tant de connoissance de votre bonté qu'elle a publiée partout et publie incessamment, même parmi ceux qui ne vous aiment pas, pour ne vous connoistre pas. Je vous demande encore avec elle cette grâce par tous les services que je désire rendre à votre Eminence en qualité de, « Monseigneur,

« Votre très humble et très obéissant et très obligé serviteur,

« Du Dorât. »

u A Londres, ce dernier janvier, »

Londres 23 février 1639. Madame de Chevreuse à M. le cardinal K

« A MONSIEUR MONSIEUR LE CARDINAL

« Monsieur, « Jamais je n'avois cru mon malheur si grand que je fais à cette heure, puisque la bonne volonté que vous me faites l'honneur de me témoigner ne le peut pas surmonter, et ne m'y fait trouver autre soulagement que la liberté qu'elle me donne de lui représenter les raisons pourquoi elle ne m'en tire pas. Je commencerai, Monsieur, par l'obligation que vous m'avez fait la grâce d'obtenir du Roy, en laquelle il est spécifié une négociation avec Monsieur de Lorraine contre le service du Roy, laquelle vous sçavez que je vous ai toujours protesté n'avoir jamais faite. Que si j'avois été capable de cette faute, je croirois en commettre une seconde de ne le vous pas avouer, ayant tant de connoissance de votre générosité que non-seulement j'eusse espéré que vous en eussiez obtenu le pardon de sa Majesté, mais encore par votre bonté accoutumée vous l'auriez voulu étouffer, ne causant 2 l'abolition qu'il eût plu au Roy me donner que sur ma sortie de France qu'il me pardonnoit, et toutes autres fautes que j'aurois pu commettre, sans particulariser cet article touchant Monsieur de Lorraine, lequel n'estant point je n'ai pu vous confesser. Ainsi, Monsieur, je vous avoue que je suis doublement étonnée de le voir dans l'abolition que Boispille m'a montrée, et d'entendre à quelle condition il s'estoit engagé de me la donner. J'arriverai à la seconde chose qu'il m'a dite de votre part touchant mon retour à Dampierre sans sçavoir ni le temps que j'y demeurerai ni la liberté que j'y aurai, ientes (sic) si le Roy voudra m'éloigner davantage

1. Manuscrits de Colbert, fol. 14. Manque dans le Slippl. franc.

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