Pour ne fondant, ne motivant
310 APPENDICE. CHAPITRE IIe.
un peu après, ou s'il lui plaira que j'y demeure sans avoir la liberté d'aller ailleurs. Sur ce sujet, je vous supplie très-humblement de croire que si vous me jugez méprisable jusqu'au point de m'obliger à la demeure d'un lieu, ou à estre reléguée à soixante lieues de mes plus proches, et des moyens de donner ordre à mes affaires, il n'y avilie dans l'Europe où je me trouve mieux qu'à Angers, ni maison où je demeure plutôt qu'au Verger. C'est pourquoi, Monsieur, je vous demande cette grâce de considérer l'état où me laissent toutes les assurances d'amitié que vous me donnez, et de trouver bon que V. E. m'en procure une entière par mie abolition qui ne me noircisse pas éternellement de ce que je n'ai pas fait, et ma demeure certaine chez moi avec la liberté d'aller par tout le royaume comme toutes les autres de ma condition, hors où seront leurs Majestés, puisque mon malheur est tel que le Roy ne l'a pas agréable; afin qu'au moins estant privée, en lui obéissant, du plus grand bien de ma vie par l'absence de la Reyne, j'aie cette consolation de me voir sans honte avec mes plus proches, et les moyens de donner ordre à mes affaires. Alors, Monsieur, j'aurai une résolution fort constante d'attendre avec patience les effets que je me veux toujours promettre de votre protection, que je ne prétendrai que lorsque vous m'en croirez digne. C'est une ambition si juste que j'ose croire que vous ne la désaprouverez pas, et si quelques obstacles s'opposent à me faire obtenir ce bien, vous me plaindrez de n'y pouvoir atteindre, et ne me blâmerez pas de l'avoir demandé, vous assurant qu'en quelque état que je sois je conserverai toujours si parfaitement le souvenir des faveurs que j'ai reçues de vous, et le désir de les reconnoistre par mes services que vous me croirez peut estre un jour digne des grâces dont vous ne m'avez pas cru jusques ici capable, et me trouverez en tout temps et en tout lieu ce que je dois qui est,
« Monsieur,
« Votre très humble et très affectionnée servante,
« M. DE ROHAN
Londres, 25 février 1639. L'abbé Du Dorât à M. le cardinal de
Richelieu 1.
« A MONSEIGNEUR, A RIIEL.
« Monseigneur, « J'ai supplié monsieur de Chavigny par une longue lettre de vous
1. Manuscrits de Colbert, fol. 17. L'original est au Suppl. franc.
donner avis de ce qui s'estoit passé ici depuis l'arrivée de monsieur de Boispille. Nous n'avons perdu un moment de temps que nous n'ayons continuellement pressé cette bonne dame de nous faire connoistre son intention. Après tant de sortes de grâces qu'on lui a offertes, elle avoit désiré que le sieur Germain fût parti, pour nous donner l'entière connoissance de sa dernière intention. Enfin dans la journée d'hier nous fûmes cinq heures en conférence; et après avoir raisonnablement répondu à toutes les objections et fait voir des défiances, elle nous a dit qu'elle estoit résolue d'escrire à votre Eminence 1 tout ce qu'elle avoit dans Tàme, et qu'elle vous parleroit, par escrit, avec la mesme sincérité que si elle avoit l'honneur d'estre en votre présence, que les anciennes faveurs et nouvelles grâces qu'elle a reçues de vous lui donnoient la hardiesse de parler en toute liberté. Nous la priâmes, puisque c'estoit sa résolution, qu'elle ne prit point conseil dans cette île où il y a beaucoup d'intérêt et peu de jugement en ceux de qui elle avoit accoutumé de se servir. Elle nous jura que ce qu'elle escriroit seroit si secret que mesme elle ne me communiqueroit pas la lettre. Que si votre Eminence me permet de dire ce qui me semble de cette personne, je vous assurerai que jamais esprit n'a esté si agité. La nécessité et la perte de sa liberté sont les deux furies qui l'agitent. Elle n'attend aucun secours d'ici; elle voit la nécessité, et ne croit pas que le Roy Charles soit homme d'honneur; et sur ma fois, Monseigneur, toute son espérance est en vous, si les diables qui sont ici ne la désesperoient pas. Je suis, « Monseigneur,
« Votre très humble et très obéissant serviteur.
« DU DORAT
« Londres, ce 25 février. »
17 mars 1639. M. le cardinal de Richelieu à l'abbé Du Dorât 2.