‹ Madame de Chevreuse et Madame de hautefortChapitre 20 sur 215 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

haite que vous y ayez de l'avantage, car je prendrai grand plaisir à vous contenter et j'aurai grand' peine à vous déplaire. Voilà, en conscience, mes sentiments, et vous n'en avez point si vous manquez jamais à votre maître.

« M,ne de Ghevreuse a vu le cardinal qui a demeuré deux heures chez la Reine. Il lui a fait des compliments inimaginables et dit des louanges extraordinaires devant Mme de Ghevreuse à qui il a parlé fort froidement, affectant une grande négligence et indifférence pour elle qui l'a traité à son accoutumé sans faire semblant de s'apercevoir de son humeur. Sur une picoterie qu'il lui a voulu faire, Mme de Ghevreuse l'a raillé jusqu'à en venir au mépris de sa puissance. Gela l'a plus étonné que mis en colère, car alors il a changé de langage et s'est mis dans des civilités et humilités grandes. Je ne sais si ça été qu'en la présence de la reine il n'a pas voulu montrer de mauvaise humeur, ou bien pour ne vouloir pas se brouiller avec Mme de Ghevreuse. Demain je le dois voir à deux heures. Je vous manderai ce qui se passera. Soyez assuré que Mme de Chevreuse ne sera plus au monde lorsqu'elle ne sera plus à vous. »

« Je crois que je suis destinée pour l'objet de la folie des extravagants. Le cardinal me le témoigne bien ; mais quelque peine que me donne sa mauvaise humeur, je n'en suis pas si affligée que de celle de

37 (vraisemblablement Brion ou peut-être de Tho-u) qui sans s'arrêter à ma prière ni aux considérations que je lui ai représentées, veut aller où est Mme de Chevreuse, et dit qu'il n'y a rien qui l'en puisse empêcher, encore même que Mmii de Chevreuse ne le veuille pas, de peur de fâcher le cardinal s'il le découvrait. Je vous avoue que le discours de 37 m'a très affligée , car je ne le saurais souffrir. Je suis bien marrie que 37 m'ait donné tant de sujets de le fâcher après m'en avoir tant donné de me louer de lui. Je suis résolue de ne le pas voir s'il vient contre ma volonté, et même de ne pas recevoir ses lettres s'il ne se repent de la façon dont il parle à Mme de Chevreuse qui ne peut souffrir ce langage d'âme du monde que de vous. »

« Mmc de Chevreuse n'a point eu de nouvelles du cardinal. S'il est aussi aise de n'ouïr point parler de moi comme je le suis de n'ouïr plus parler de lui, il est bien content, et moi hors de la persécution dont le temps et notre bon esprit nous délivreront.

« La tyrannie du cardinal s'augmente de moments en moments. Il peste et enrage de ce que Mme de Chevreuse ne le va pas voir. Je lui avois écrit deux fois avec des compliments dont il est indigne, ce que je ne lui eusse jamais rendu sans la persécution que M. de Chevreuse m'a faite pour cela, me disant que c'étoit acheter le repos. Je crois que les faveurs du roi ont mis au dernier point sa présomption. Il croit

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