CHAPITRE PREMIER
insigne qui éclaira et irrita Richelieu. Le 25 février 1633, le garde des sceaux fut arrêté, et tous ses papiers saisis. On y trouva cinquante-deux lettres de la main de Mme de Ghevreuse où, sous des chiffres faciles à pénétrer et à travers un jargon transparent, on reconnaissait les sentiments de Châteauneuf et de la duchesse. Il y avait aussi beaucoup de lettres du chevalier de Jars, du comte de Holland, de Montaigu, de Puylaurens, du comte de Brion, du duc de Yendôme et de la reine d'Angleterre ellemême. Ces papiers furent apportés au cardinal, qui les garda ; après sa mort, on les trouva dans sa cassette, et ils arrivèrent ainsi en la possession du maréchal de Richelieu , qui les communiqua au père Griffet pour son Histoire du règne de Louis XIII1. Une copie assez ancienne est aujourd'hui entre les mains de M. le duc de Luynes, dont l'esprit est trop élevé pour songer à dérober à l'histoire les fautes, d'ailleurs bien connues, de son illustre aïeule, surtout quand ces fautes portent encore la marque d'un noble cœur et d'un grand caractère. Nous avons pu examiner à loisir ces curieux manuscrits 2, et particulièrement les lettres de Mme de Chevreuse. On y voit que Richelieu était fort empressé auprès d'elle, qu'il lui rendait des soins, qu'il était jaloux3 de Ghâteau-
1. Voyez cet ouvrage excellent et trop peu apprécié, t. II, p. 392.
2. Nous en donnerons au moins l'exact inventaire dans TAppendice, chap. ier, note deuxième.
3. La jalousie de Richelieu contre Châteauneuf parait dans cet en-
neuf, et que celui-ci s'alarmait des ménagements qu'elle gardait envers le premier ministre pour mieux cacher leur commerce et leurs trames. On ne lira pas sans intérêt divers passages de ces lettres encore inédites où se montre l'esprit délié à la fois et audacieux de la duchesse , son empire sur le garde des sceaux , et la haine intrépide qu'elle portait au cardinal parmi les déférences qu'elle lui prodiguait.
« Mme de Chevreuse1 se plaint à M. de Châteauneuf de son serviteur qui a si peu d'assurance en la générosité et amitié de son maître, et fait bien pis quand il demande si Mme de Chevreuse le néglige pour l'avoir promis au cardinal. Vous avez tort d'avoir eu cette pensée, et l'âme de M,ne de Chevreuse est trop noble pour qu'il y entre jamais de lâches sentiments. C'est pourquoi je ne considère non plus la faveur du cardinal que sa puissance, et je ne ferai jamais rien d'indigne de moi pour le bien que je pourrois tirer de l'une ni pour le mal que me pourroit faire l'autre. Croyez cela si vous me voulez faire justice. Je vous la rendrai toute ma vie, et soudroit des Mémoires de La Porte, ibid., p. 322 : « Le cardinal m'interrogea fort sur ce que faisoit la reine, si M. de Châteauneuf alloit souvent chez elle, s'il y étoit tard, et s'il n'alloit pas ordinairement chez Mme de Chevreuse. »
1. Disons une fois pour toutes que dans l'original Mme de Chevreuse est désignée par le n° 28, Châteauneuf par le n° 38, le cardinal par le n° 22, Louis XIII par le n° 23, la reine Anne par le n° 24, M. de Chevreuse par le n° 57, etc.