Voyez les Me'moires d'Henri de Campion, p
« M. de Vendosme prend très assurément grand soin de sa personne, et dit-on que si on le prenoit il feroit tous ses efforts pour le sauver. Par relation de ses domestiques.
« M. de Vendosme a force visites à Anet de tous les costés de toute la noblesse d'alentour. De cognoissance il y avoit une fois un nommé M. de Clinchan qui avoit page; M. deCargret, maitre de camp d'un régiment d'infanterie; MM. de Crevecœur. M. Du Parc Roncenay, oncle de Campion, y est souvent. M. de Neuilly y estoit, et M. de Hallot, et M. de la Vilette, tous deux parens, et officiers chez le Roy, ainsi qu'un gentilhomme servant chez le Roy. Bref tous les jours force visites.
« Du temps de feu Roy, lorsqu'il étoit malade et que l'on attendoit de jour en jour qu'il mourut, force noblesse venoient à Anet faire offre de leurs services à M. de Vendosme.
« M. de Vendosme et Madame et M. de Mercœur sont toujours à Anet, et ne sortent point. Ils n'ont esté qu'une fois à la chasse.
« M. de Vendosme fut avec M. de Beauregard au devant de Madame quj venoit de Paris où elle avoit esté toujours en une religion au dit Paris, et on croit que c'estoit au Calvaire; et quand M. de Mercœur salua Madame, ils se prirent tous deux à pleurer.
« Mme de Vendosme est toujours presque avec les religieuses d'Anet, et dit-on qu'elle boit et mange fort souvent avec elles, et qu'elle est servie dans de la fayence.
« On dit à Anet que M. et Mme de Nemours sont à Paris à l'hostel de Vendosme.
« Campion (Henri) et autres qui sont à Anet alloient parfois se promener à une demie lieue du logis à pied; mais à présent ils s'en donnent de garde sur l'advis que l'on a donné qu'il y avoit ordre de les prendre, et ne sortent que peu si ce n'est à cheval. Ceci par relation d'un valet de pied.
« On espère dans le logis qu'à la Toussaint prochaine M. de Beaufort sortira, et dit-on que Monseigneur le Cardinal sera contraint de sortir de la cour.
« Par relation d'un valet de pied, il se dit qu'ils estoient plus de cinquante ou soixante qui dévoient assassiner Monseigneur le Cardinal s'il eut été à la promenade.
« Le bruit court dans le logis, par relation du dit valet de pied, que M. le duc d'Anguien avoit demandé à la Reyne M. de Beau fort et qu'il sortiroit , mais que Monseigneur le Cardinal empesche le plus qu'il peut, attendu que s'il sortoit, sa personne ne seroit en assurance ; mais qu'il faudra bien que cela soit à la Toussaint.
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« Par relation d'un valet il s'est rapporté que la Reyne avoit envoyé courrier à M. de Vendosme et à M. de Mercœur pour revenir en cour, et que Monseigneur le Cardinal voudroit n'avoir point consenti à la prison de M. de Beaufort, mais qu'aussitost qu'il seroit sorti il faudroit que Monseigneur le Cardinal abandonnast la cour et qu'il ne dureroit pas longtemps en France, et que tous les princes y avoient grand intérest.
« Par relation du dit valet il fut rapporté qu'une grande partie des soldats qui escortoient M. de Beaufort au bois de Vincennes, n'avoient leurs mousquets que chargés de poudre, en cas que le secours fût venu pour le sauver.
« Par relation d'un valet , qu'avec un gentilhomme de M. de Vendosme, que je crois qui s'appelle Vaumorin, et encore avec un autre valet de pied, ils furent aussitost au bois de Vincennes pour parler à M. de Beaufort, mais que le gouverneur du lieu leur dit qu'ils ne le pouvoient faire et qu'il y alloit de sa teste.
« Par relation de domestiques du logis il court un bruit que la Reyne et Monseigneur le Cardinal font tirer du bled en Espagne et que le bled renchérit fort partout, et que si tous les princes fesoient bien ce seroit le lieu de faire la guerre.
« M. de Vendosme a quatre ou six valets de pied qui sont tousjours en campagne et ne vont qu'à pied, et sont fort mal vestus de gris. Enfin on tient que M. de Vendosme a dessein de faire quelque chose journellement. Il y a force gentilshommes qui arrivent à Anet; il y en avoit de Vendosme dernièrement, et M. le cardinal ne durera guère longtemps. »
Archives des affaires étrangères, France, t. CVI, p. 108.
a Avis touchant l'affaire de monsieur de Beaufort. »
« Depuis nos dernières relations par nos lettres des 9 et 14 octobre, nous fumes à Anet où nous avons resté le long du jour et couché. Là nous avons sçu très assurément comme les nommés Beauregard, Brillet, Fouqueret * et Ganseville y estaient,, et vu Brillet avec le baron
\. Mazarin, dans ses lettres, l'appelle aussi Fouqueret, et dans les Carnets Foucré, Fouqueré, etc. Le vrai nom est Feuguerei. C'est Henri de Campion qui était
Desessart monter à cheval avec pistolets et fusils, estant à la chasse au chien couchant, d'où ils retournèrent à deux heures de là et n'allèrent qu'à un quart de lieue d'Anet. Nous avons appris en ce même lieu de personnes dignes de foi que de deux jours en deux jours il arrive deux espions de Paris qui ne tardent que six heures à faire leur course et sont vestus de gris.
« Monsieur, Madame et monsieur de Mercœur sont tousjours dans leur chasteau avec petit train, ce qui se fait par maxime.
« Le baron Desessart l'a quitté six jours par mescontentemeht de l'avoir refusé d'un cheval de M. de Beaufort. Il ne reste plus de l'escurie de M. de Beaufort que ses deux courteaux anglois et son chevrl de bataille.
« Ganseville a dit qu'il voudroit bien se dégager du service, mais qu'il ne le peut. Le principal point, c'est qu'il a crainte d'être pris. Sçavoir si ce n'est point par feinte, car il en parle trop publiquement.
« Campion (Alexandre) a esté à Anet et y a couché. Il y arriva fort tard et monta à cheval de grand matin pour s'en aller. Il est toujours accompagné de deux de ses gens bien montés à l'advantage avec pistolets et un fusil, et il ne couche point deux nuits en un lieu, estant grandement dans l'appréhension.
« .... Nous avons appris que les gentilshommes que l'on congédioit n'alloient pas plus loin que Vendosme, Montoire et autres lieux appartenant à mon dit sieur le duc de Vendosme, auxquels on avoit baillé la plus grande partie des chevaux que l'on feint avoir vendus.
« Nous avons aussi appris que La Lande disoit que l'heure n'estoit pas venue qu'il devoit faire un coup, et qu'après cela c'estoit le moyen de sortir de toutes affaires et d'avoir par force la femme qu'il n'a peu avoir de bon gré.
«Nous avons esté à Vert, demeure de Campion (Alexandre), où nous avons sçu que lui Campion avoit couché la nuit dernière chez le sieur Du Parc, son oncle.
a .... Nous avons esté chez M. Frasel, garde de la manche, où nous n'avons rien appris, sinon qu'il y avoit deux jours que Campion estoit venu prendre possession d'une petite terre proche de lui, attenant Nonancourt, dont il est à présent seigneur, et qu'il y tarda fort peu. Nous avons esté à Bernay où nous avons appris du sieur Du Buisson les
seigneur de Feuguerei, et qui porta, quitta et reprit ce nom, comme il dit en ses Mémoires, Avertissement, p. 5.
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demeures des sus-nommés Ganseville et Lalande, et que Lalande avoit esté depuis douze jours deux jours dans ledit lieu de Bernay. Et comme nous parlions de l'affaire, il nous dit qu'il sçavoit de bonne part que la supposition de l'entreprise estoit que Ganseville avec un autre que je crois se nommer Giguet, tous deux appartenant à M. de Beaufort, avoient exprès feint une querelle, pourquoi ils montèrent à cheval de grand matin, et en même temps tous ceux de la maison en firent de mesme , feignant de les chercher, pour trouver l'occasion de rencontrer son Éminence, et pour ce subjet passèrent plus de dix fois dans la rue où demeuroit mon dit seigneur.
« Nous avons esté à Orbec et nous avons sçu comme Lalande y tient d'ordinaire sa demeure. C'est à un village qui se nomme Sain- Jean, à une lieue de Lisieux. Il a deux frères et forces alliés dans le pays. Il est monté avec avantage, et est en ce pays là attendant les ordres de M. de Vendosme.
« Dès le lendemain que M. de Beaufort fut arresté, Ganseville est venu chez lui où il fat quelques jours, et depuis est retourné à Anet où il est à présent bien assurément. Ce que dessus par relation d'un de ses domestiques. Sa demeure est à un petit village qui s'appelle Tané, voisin d'un de ses beaux frères qui se nomme Bois Duval demeurant tous près ledit Tané, proche de Capelle et à une lieue d'Orbec. La demeure dudit Ganseville est une simple maison.
« Nous avons aussi appris à Orbec le tout par la relation du sieur Du Buisson, commissaire de l'artillerie , qu'un gentilhomme nommé Francheville , qui est de Gassé , avait escrit à un gentilhomme proche d'Orbec, et nous croyons que c'est à Lalande, que M. de Beaufort seroit hors dans quinze jours, au moins que l'on l'esperoit. Il n'y a que trois jours que la lettre a esté vue , et on croit que c'est Ganseville qui a escrit la dite lettre.
« En m'en venant j'ai sçu que dimanche dernier il y avoit un relai à Saint-Germain de la Granche, et l'autre à Villepreu, qui est le chemin d'Anet à Paris,... lesdits relais y ont esté jusqu'à mardi dernier.
« L'homme de chambre de Campion est passé samedi dernier à Villepreu pour aller à Paris, et dit qu'il devoit repasser le lundi en suivant , mais il ne passa que le mardi et dit que son maistre seroit bien en peine, attendu qu'il avait tant tardé. Il est vrai que ledit Campion se sauva sur un des courreurs de M. de Vendosme. Par relation d'un des palfreniers, celui là mesme qui donna son courreur.
« 11 est très vrai que M. de Vendosme a donné parole à des principaux
gentilshommes de la province qu'ils eussent à estre prêts lorsqu'ils en seroient advertis.
« Il est très véritable que les nommés Vaumorin et le père Boullé ou Boullay, comme on l'appelle dans le logis de M. de Vendosme, sont perpétuellement à Paris pour faire le récit de ce qui se passe aux courreurs. »
Mazarin, comme Richelieu, avait des agents dans tous les rangs de la société, et les ecclésiastiques n'étaient pas les moins utiles et les moins bien informés. Parmi eux était le père Carré, de l'ordre de Saint-Dominique, qui, pour de bonnes gratifications énumérées dans les Carnets, lui faisait de fréquents rapports sur ce qu'il entendait. Ce bon père servait aussi d'intermédiaire et d'interprète à diverses personnes de la plus haute condition qui voulaient bien servir Mazarin, mais sans se compromettre. Une de ces percoines était la comtesse de La Roche-Guyon, fille de M. de Matignon, très-souvent nommée dans les Carnets, et qui faisait passer à Mazarin des renseignements précieux par le père Carré qui lui était une sorte de directeur. Il y a un bon nombre de lettres du père Carré aux Archives des affaires étrangères. En voici une qui doit être de la fin de Tannée 1643, t. CVI, p. 169.
« Monseigneur,
« Depuis ce matin que j'ai eu l'honneur de parler à votre Éminence, j'ai eu nouveau sujet de l'avertir et d'exécuter ce qu'elle m'a l'ait l'honneur ce matin de me recommander. J'ai vu la personne i qui m'a averti que celle qui se scandalisoit 2 que vostre Éminence parlât