N'est point aux Archives des affaires étrangères
Mme DE CHEVREUSE EN TOURAINE. 403
Divers rapports autographes d'un gentilhomme de Touraine nommé Cangé de La Bretonnière, agent soudoyé de Mazarin, chargé de surveiller les démarches de Mme de Chevreuse, et qui allait sans cesse de Tours à Rochefort, à Bordeaux et à Paris. Sa famille ayant connu les Servien, c-'est par Lyonne qu'il était entré au service du cardinal, et c'est avec Lyonne qu'il correspondait. Ses dépêches sont chiffrées, mais on les a déchitfrées en grande partie. Elles ne sont pas toutes datées, ce qui ne permet pas de les mettre dans leur suite certaine. Nous les donnons à peu près dans Tordre où nous les trouvons.
Archives des affaires étrangères, Frange, t. CVI, p. 145.
« Mémoire de M. de Cangé, du 11 septembre.» (Nous pensons que Tannée doit être 1644 , d'après la lettre suivante qui est datée de cette année et se réfère à la présente lettre.)
« .... Dernièrement à l'arrivée de la Reine d'Angleterre à Tours, le sieur Craft, Anglois, conféra, dans le logis de l'abbé de Saint Julien de Tours, où il logea, après le coucher de sieur Abbé, despuis onze heures du soir jusques à deux heures après minuit, avec la demoiselle Galland, autrement appelée la Mandat, qui est confidente de la duchesse de Ghevreuse, comme aussi avec le sieur de Vaumorin, domestique du duc de Vendosme, et le sieur du Tillac, domestique du comte de Montresor, pour adviser de faire demander par une personne de haute considération la liberté du duc de Beaufort.
« De plus, le nommé Brillet a fait divers voyages vers le duc Charles de la part du duc son maistre (Beaufort) , comme aussi les sieurs Campion par plusieurs fois sont allés à Vendosme, puis ont pris leur
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route par la Guyenne. La mesme route a esté prise par le sieur de Vaumorin qui partit de Vendosme dans les premiers jours d'aoust, avec un valet de chambre du duc de Beaufort qui le suivit deux jours de suitte. Ce fut un jour après que la Reyne d'Angleterre fut partie de Tours.
« Il y a dans la ville de Paris un nommé Mandat, agent de la duchesse de Chevreuse, duquel le logis se peut sçavoir à l'hostel de Chevreuse, qui confère souvent, assisté d'un nommé le Rousseau, autrefois valet de chambre du comte de Montresor, avec un des plus considérés des officiers du Parlement duquel le nom a esté dit à Monseigneur.
« .... La conférence du duc de Mercœur avec le sieur de Marsillac et les agents de quelques mécontents auprès d'un bourg appelle le Marché-Noir, près Bogency, a esté représentée par la dernière depesche 1 .
« Mon dit sieur de Lionne se souviendra, s'il lui plaît, de présenter dès ce jourd'hui dimanche 11 septembre le présent mémoire pour recevoir ce mesme jour les commandemens que son Eminence voudra faire au gentilhomme qui va servir en Guyenne, selon les ordres qu'il lui en a donnés. »
« Mémoire de M. de Cangé La Bretonnière du 18 septembre 1644.
« Despuis le mémoire donné il y a huit jours à Paris, j'ai fait rencontre d'un gentilhomme appelle Mollière (?),qui avoit laissé le duc d'Espernon en Gascogne..., et estoit venu de sa part, à ce qu'il me dit, porter quelques despesches à leurs Majestés; et sur ce que je lui demandai si son maistre arriveroit cet hyver en cour, il me dit que non, et qu'il estoit plus utile en son gouvernement pour le service du Roy, et que, bien que quelques personnes désirassent son retour près de S. M., il s'estoit résolu à ne point partir de son gouvernement. Ensuite je lui dis qu'il y avoit à craindre que son refus ne fût expliqué à désobéissance; il me fit response qu'il estoit apuyé d'une si puissante protection qu'il ne craignoit point ses ennemis.
« Apres divers langages, je le conjurai par l'ancienne cognoissance et amitié que nous avons eue de longtemps ensemble, de m'apprendre s'il y avoit quelque espoir de la liberté du duc de Beaufort; il me dit
1. Cette dépêche n'est pas dans le t. CVI; celle-ci est la première que nous rencontrons.
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que, pour me parler en confidence, cette mesme liberté estoit désirée des (plus grands seigneurs) de la cour, mais que Ton avoit remarqué si peu de resolution en son Altesse Royale pour demander la grâce du prisonnier que l'on avoit peine à en bien espérer, que la Reyne d'Angleterre en feroit prière pressante à sa dite Altesse à l'insçu de la Reyne, de plus qu'il y avoit auprès de la mesme Altesse deux personnes qui agissoient puissamment près d'elle et faisoient indirectement agir beaucoup d'autres. Et sur la difficulté qu'il fit de m'en confier les noms, je lui nommai la personne dont j'ai parlé à Monseigneur *, le nom duquel son Eminence a la mémoire vivante ; et par cette ouverture que je lui fis il se prit à rire et me dit en gascon, etc., etc. Ils espèrent aussi que la gouvernante du Roy apuiera près S. M. pour lui faire faire prière à S. A. à l'insçu de la Reine pour la résoudre d'autant plus à suplier la Reyne en faveur du prisonnier. Ils se persuadent la mesme chose de Mademoiselle envers monsieur son père par la recommandation de sa gouvernante.
« Ensuite je feignis de demander ou estoit le comte de Maillé, autre-
1. Cela se peut rapporter à une lettre sans date du même Cangé de la Bretonière que nous trouvons dans ce même volume CVI, p. 153 : « Monsieur, arrivant en cette province (de Guyenne), j'ai différé d'aller saluer le duc d'Espernon jusques à son retour des eaux, et cependant j'ai appris de divers lieux qu'il y a des gens qui ont pratiqué quelques gentilshommes de cette mesme province pour les donner au duc de Guise que l'on tient devoir armer sur la fin du quartier d'hiver pour le service du Roy. C'est pourquoi si Son Altesse Royale demande en sa faveur le gouvernement de Guise et autres places, comme l'on croit ici, leurs Majestés et Monseigneur considéreront, s'il leur plaist, les particularités de cette depesche qui sont aussi certaines qu'importantes. Je puis assurer leurs Majestés et Monseigneur avec certitude que force personnes jouent divers personnages pour desbaucher l'esprit de S. Alt. Royale, tant par ombrages et faux rapports que par quantité d'autres sortes d'artifices, le tout pour le désunir d'avec leurs Majestés. Mais ceux qui agissent plus puissamment et qui conduisent cette œuvre sont les nommés De Souches et l'abbé de la Rivière, lesquels depuis quelques mois ont porté S. A. à desunir leurs Majestés de Monseigneur, mais si adroitement qu'ils peuvent faire de grandes choses.... si leurs Majestés ne les esloignent d'auprès de ce prince. Le président Barillon a très assurément correspondance en ce lieu où l'on tient que despuis cinq semaines il a fait divers voyages pour monopoler quelque chose. La plupart des factieux agissent hardiment, dans l'assurance qu'on leur donne que, si leurs menés sont descouvertes, Mademoiselle et ceux de la maison de Guise les feront passer pour innocents, et que l'on n'oseroit punir qui que ce soit sans la permission de Monsieur. Dans peu de jours j'escrirai plus amplement, n'y ayant que fort peu que la cour de ce climat est arrivée en ce lieu où j'espère faire autant de séjour que m'ordonnera son Eminence. »
ment Beaupuy. Il m'a dit qu'il estoit exilé avec trois autres. De plus je l'enquis, s'il n'avoit point vu, depuis le malheur du duc de Vendosme, les Campion, Brillet et Vaumorin, qui estoient à lui. Il me dit qu'il n'y avoit lors près de son maistre que le nommé Tierce ville, et du despuis le nommé Vaumorin, mais non Brillet ni les Campion, mais que le jeune Campion estoit arrivé depuis trois jours à Paris en habit d'anglois qui venoit chercher le nommé Craft qui estoit près la Reine d'Angleterre, lequel ne voulut point qu'il fut vu de la dite Reyne ni congnu en la cour. Il m'assura qu'il estoit logé à l'hostel de Nemours; et dans l'estonnement que je feignis avoir de sa hardiesse, il me dit qu'il ne sortoit point de ce mesme hostel que sur un cheval de mille escus, et qu'un homme qui méprise sa vie est capable d'entreprendre de grandes choses. Et lorsque je le voulus en quelque façon forcer de s'expliquer en confidence, il me répliqua de rechef en gascon, etc., etc.
« Il me témoigna aussi que le duc de Nemours estoit extrêmement mécontent, et qu'il en avoit dit force particularités au comte de Candale l, où il estoit présent; qu'ensuite le dit comte lui avoit dit qu'estant allé visiter Monseigneur, les Suisses lui refusèrent la porte, quoiqu'en sa présence ils laissèrent entrer à l'hostel de son Eminence trois carrosses.
« Et comme je feignois avoir un regret extrême de laisser partir de Paris le jeune Campion, il m'assura qu'il lui avoit assuré d'être à Agen dans la fin d'octobre, et que si je voulois venir me divertir quelques mois en ces quartiers , il me feroit voir des esprits d'agréable conversation. Je lui dis ensuite que j'avois dessein d'y aller faire prière à M. l'archevêque de Bordeaux de donner à quelqu'un de mes nepveux quelque bénéfice, et qu'ensuite je lui promettois d'aller rendre mes debvoirs à son maistre et de faire quelque séjour en sa cour.
« Il me dit de plus qu'en cette même cour et dans le climat où elle fait séjour l'on pensoit que les affaires changeroient de face dans le quartier d'hyver.
« Il m'a assuré que l'un des Campion , mais il ne m'a pas voulu dire si c'estoit Feuqueret 2, estoit venu avec lui trois journées, qu'il l'avoit laissé sur les confins d'Allemagne en volonté de venir jusques à Anet par la Flandre, et en sa maison qui est proche, ce qu'il eut déjà fait s'il ne fut tombé malade.