Henri de Campion, seigneur de Feuguerei
M,uc DE CHEVREUSE EN TOURÂINE. 407
« Le duc de Mercœur a fait depuis dix jours défendre exactement les chasses sur les terres qui dépendent de sa maison deChenonceau, et tient on qu'il y arrivera bientost. Je Tirai visiter tout autant qu'il me sera possible. Je ferai tous mes efforts pour me rendre plus savant que je ne suis, vous assurant, Monsieur, que je forcerai mon peu de santé pour ne point perdre les occasions qui s'offriront pour le service de S. Em. Je supplie la sainte Providence vouloir conserver sa personne en sa sainte garde et vous pareillement, Monsieur, et vous supplie de vous souvenir de moi.
« Il n'y a que trois lieues de chez moi à Chenonceau. J'en demeurerai près, si Dieu permet que l'on ne m'en chasse. J'ose me promettre que Monseigneur ne le permettra pas, et que vous aurez soin de vostre serviteur. »
IBID., p. 155. SIMPLE COPIE NON DATÉE.
« Monsieur,
« Bien que je reste il y a longtemps dans d'extrêmes inquiétudes pour n'avoir pu apprendre si les depesches que j'ai adressées par vos ordres à MM. Cantarini et Serantoni sont venus jusques à vous, et mesme ma dernière en date du commencement de ce mois, je ne laisse de vous faire celle-ci pour vous supplier très humblement de considérer que l'interest de ma vie et celui du service de Monseigneur, que je n'estime pas moins, m'ont donné tant de pensées à l'esprit dans ma maladie que j'ai eu bien peine à m'en relever; et en suitte de ce que je vous ai escrit par ma dernière depesche je suis demeuré à Bourdeaux jusques à l'arrivée du comte de Gandale qui fut le 17 de ce mesme mois, et le 20e j'en suis parti pour m'en revenir chez moi en cette province de Touraine dans laquelle j'ai trouvé la duchesse de Chevreuse fort affligée et alarmée avec ceux de sa confidence, en telle sorte qu'ils se tiennent plus sur leurs gardes que de coutume, et ne parlent pas avec tant d'audace. Or ce que j'ai pu apprendre de plus important en trois jours de séjour que j'ai fait en sa cour est qu'ils ont employé un religieux jeune de 25 à 26 ans, ainsi que l'on me l'a dépeint, qui est de l'ordre des Carmes mitigés, lequel on dit estre fils d'un officier du parlement de Rennes, et qu'on estime excellent médecin, pour conférer estant à Paris avec le médecin qui fut pris à Tours de la maladie d'une dame de ces quartiers, laquelle est femme du
408 APPENDICE. CHAPITRES IIIe, IVe ET Ve.
sieur de Sure et fille du sieur de Pontcarré, qui est demeurée en ces quartiers malade d'une hydropisie formée. Mais je puis assurer Monseigneur que ce n'est qu'un pur prétexte, et que ce mesme religieux s'est chargé de donner un billet estant dans la prison au dit médecin prisonier, et de lui parler s'il peut en particulier pour l'assurer qu'il ne doit point avoir peur, et que Mademoiselle devoit, par les prières pressantes de la comtesse de Fiesque, supplier son Altesse Royale de ne permettre qu'on lui fasse son procès. A ce qu'il paroit, Ton voudrait qu'une mort subite l'eut oté du monde. Ce qu'il sçait fait craindre beaucoup de monde. Ce mesme religieux, auquel on doit prendre garde, a séjourné quinze jours dans une maison appelée laGueritande proche de Montbazon, pendant lequel temps le maistre de la dite maison, qui est un des confidents de la duchesse, a conféré avec force personnes de sa part; puis, pour avoir plus de moyens de faciliter leurs desseins , l'on l'a mené chez le dit sieur de Sure pour ordonner sur la maladie de la dite femme, sans lui donner, à ce qu'ils font voir, aucune cognoissance de ce qu'ils prétendent faire ni de leur secret, hors que, dans l'estime qu'ils lui font avoir de la capacité du prisonnier, ils lui ont persuadé d'escrire au sieur de Pontcarré, son beau-pere, pour lui faciliter par sa faveur le moyen de conférer de sa doctrine de médecine avec le mesme prisonier. Il y a plus , Monsieur, c'est que lorsqu'il passa à Amboise, une demoiselle, qui est femme d'un officier de la forêt du dit lieu appelle Lussant , lui fit donner dextrement par la servante de l'hostellerie un petit papier écrit en arrivant de Chinon au dit Amboise sur les huit heures du soir. Elle eut l'assurance de ce faire sur le souvenir que lui fit avoir la dite demoiselle qu'il avoit autrefois ordonné pour elle estant extrêmement malade il y a près d'un an, et aussi qu'il lui fut donné une pistole et demie par la dite demoiselle , selon l'instruction de son mari qui est le mouchard de tous les mescontents, lequel reçoit toutes les années des bienfaits de leurs Majestés par les entremises du duc de Montbazon , comte de la Rochefoucauld et prince de Marsillac son fils, qui l'ont protégé jusques ici de telle sorte que diverses personnes qui avoient obtenu des commissions pour informer des ruines qu'il a faites de la forêt d'Amboise, ont été puissamment par ces seigneurs obstacles1. J'en avois escrit quelque chose par les premières depesches que je commençai à faire; ensuitte des quelles ces Messieurs n'ont laissé de lui faire toucher argent de