Henri de Campion
qui ont fait et font tout leur pouvoir pour faire agir leur maistre autrement qu'il ne doit et qu'il n'a voulu jusques à présent. Il y en a d'autres qui contribuent à ce mesme dessein, mais non si adroits, si capables ni si pernicieux , ni mesme si propres à esloigner les apparences de ce qu'ils ont projeté. Et n'estant pas plus assuré de mourir que je le suis de leur mauvais dessein, quoiqu'ils fassent paroistre le contraire, je m'estimerois le plus infidèle serviteur si jemanquois par toutes les nouvelles que j'en apprends d'en faire certain Monseigneur qui y est autant intéressé que leurs Majestés. C'est en ces deux personnes que les factieux ont leur principal espoir, et qu'ils savent estre parfaitement acquis à la maison de Guise, pas un desquels, de la façon que j'en ai entendu parler confidemment , son Eminence ne se peut assurer dft leur affection, hors le comte d'Harcourt; aussi les mesmes factieux ne l'aiment point , à ce qu'il paroit. J'omets à dire que ces deux agents de son Altesse font espérer aux mécontents qu'ils feront en sorte, lorsqu'il en sera temps, de lui faire demander à la Reyne tout ce qui dépend de la duché d'Orléans et comté de Elois , ainsi qu'avoit feu M. le duc d'Anjou par le traité qui en fut fait avec le Roy Henry. Ils en souhaitent le refus. C'est, Monsieur, ce que je puis escrire par cette occasion , vous supliant très humblement agréer que j'aprenne de vous les commandemens de Monseigneur, et me faire cette grâce de faire souvenir son Eminence de ce que sa bonté me fit l'honneur de m'assurer qu'en attendant qu'elle me fit donner quelque chose de solide, elle me feroit payer par son authorité ma pension, le brevet de laquelle j'ai laissé, ainsi que m'avez ordonné, à vostre secrétaire pour vous le représenter, s'il en est besoing, à la fin de cette année. Ce que je toucherai, je ne l'espargnerai pas, et l'emploirai de tout mon cœur au service de Monseigneur. Je vous fais cette assurance, Monsieur, avec supplication très humble que je vous fais de me continuer l'honneur de vostre faveur et secours. »
Additions faites à la marge de l'original.
« Vous pourrez apprendre, Monsieur, des nouvelles de ce mesme religieux médecin en son couvent de Paris et à la Bastille où il se sera présenté s'il n'y a bien eu du changement. Le dit Lussant sçait tous ses desseins et force autres. t
« J'ai de plus à vous dire, Monsieur, que lorsque j'estois à Agen le
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comte de La Rochefoucauld envoya visiter par un des siens le duc d'Espernon sur divers sujets que je ne pus apprendre; seulement j'ai sçu qu'il assura le dit duc que son maistre estant à Paris trouveroit quelque milieu pour avoir le gouvernement de Poitou. Et sur cela j'ai à assurer Monseigneur que le sieur de Liancour et le maréchal son beau-frere * sont entièrement à ceux de Guise plus qu'à Sa Majesté. De vive voix j'en dirai de pressantes raisons.
« Il y a encore deux agents factieux en cette province, qui se pourront rendre bientost à Paris. Je ne manquerai d'en observer le temps, pour vous le faire sçavoir au plustot.
« Depuis cette depesche escrite, j'ai appris que le mesme Lussant s'en est allé à Paris pour sentir, de la part de la duchesse de Chevreuse, le vent du bureau. Il logera et mangera chez les ducs de Ghevreuse , de Montbason et de La Rochefoucauld , et envoyera en ces quartiers leurs desseins. »
Ibid.,p. 135.
« Tours, du 19 janvier 1645.
« Monsieur,
« Vous avez sçu par ma dernière depesche qu'à mon arrivée de Guyenne je ne fis que passer chez moi pour m'en aller à Tours auquel lieu je trouvai de la froideur et bien de la retenue à l'entretien de la confidente de la duchesse de Chevreuse, dont je ne me rebutai pas, estimant que c'estoient des effets de l'allarme qu'ils ont eue de la prise de leur médecin, et à mon second voyage que j'ai fait icy je suis demeuré jusques à présent depuis quinze jours, et ai donné à cette mesme confidente une monstre que j'achetai à mon retour de Fontainebleau treize pistoles à Rlois, laquelle m'a servi à lui faire faire une confession que j'ose estimer générale de ce qu'elle sçait jusques icy, dont les particularités sont que depuis que le nommé Lussant d'Amboise, duquel je vous ai escrit amplement par ma dernière depesche, est arrivé à Paris, il assiue que l'on a envoyé deux personnes confi-
1. Le maréchal Charles de Schomberg, frère de Jeanne de Schomberg, marquise et puis duchesse de Liancour.
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dentés à dix jours l'une de l'autre, chargées de quantité de mauvaises pièces et manifestes esgalement audacieux et insolents, au duc de Lorraine et à celui de Vendosme , lesquels confidents en ont été chargés par la duchesse de Montbason qui fait, à ce que Ton tient icy, d'ordinaire telles expéditions par les ordres en partie de sa belle-mère J , et de quantité d'autres esprits malfaisants de la cour. Cette mesme bellemere seroit mieux loin que près.
« J'ai remarqué, Monsieur, que ces mesmes esprits ont de pernicieux desseins contre la personne du duc d'Anguyen, qui leur est une sorte d'espine à leur pied et contre lequel ils ont d'extresmes aversions, dans la créance qu'ils ont qu'il est entièrement attaché dans les volontés et le service de la Reyne, et qu'il est assuré ami de son Eminence ; c'est ce qui me fait à présent d'autant plus désirer la conservation de sa personne, et vous assure, Monsieur, qu'il a à prendre garde d'une fille qu'il aime à Paris que l'on croit estre assez malheureuse pour lui donner à manger quelque venin ou de lui en faire présent par l'odorat de certaines choses. Les prédictions des mescontents sont que ce prince ne la doit pas faire longue. Il a besoin de prendre exactement garde à se conserver. Je vous supplie aussi, Monsieur, de faire prendre garde particulièrement à l'odorat de ce qui sera présenté, tant par placets qu'autres choses plus pretieuses à Monsieur auquel on a promis de faire un présent lors de la foire de Saint-Germain, estimable pour sa gentillesse, mais très malheureux peut -estre pour ce que l'on y pourroit adjouter. La crainte que j'ai de ces diableries me fait frémir jusques au sang, et me force de rechef à vous suplier, Monsieur, de faire prendre garde plus que jamais à la conservation de son Eminence.
« Par les dernières depesches que ce mesme Lussant a envoyées à la duchesse de Chevreuse, sa maîtresse, il assure qu'il y a plus d'espérance que jamais que les deux cabales de ce Royaume, qui ont failli il y a quelques jours à esclater, se forment en parti et plustost que l'on ne pense, mais que les particularités ne s'en peuvent dire par lettres. Lorsque je serai à Paris, j'espère demesler ces fusées. Cependant, Monsieur, je vous supplie que celui qui vous présente mes lettres n'ait nulle connoissance de mes services. Je lui ai toujours fait croire que la protection que j'ai de Monseigneur n'est qu'en faveur de son Altesse Royale,
1 . Il doit être ici question de Mme de Chevreuse, qui était non pas la bellemère, mais la belle-fille de Mme de Montbason.
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qui l'en a prié, osant me promettre que n'estant point suspect aux esprits malfaisants je rendrai de signalés services à la Reyne et à Monseigneur.
« Ledit Lussant assure encore par sa dernière que, quelques bruits que l'on ait fait courre du contraire, il est néantmoins vrai que Monseigneur est aussi mal avec le Pape que jamais, mesme que sa sainteté a promis de favoriser les aimes d'Espagne, et que dans cette campagne les affligés auront leur tour, et qu'il arrivera ce que peu de personnes savent.
« Vous vous souviendrez, Monsieur, s'il vous plaist, des particularités que je vous ai escrites estant en Guyenne sur le sujet de l'abbé de la Rivière et du nommé de Souches. Quelques choses qu'ils veulent faire paroistre, ils sont très coupables des desordres que les mescontents espèrent arriver, et si l'on les a observés l'on remarquera qu'ils sont, avec quelques autres, les conseils de ceux de la maison de Guise, et qu'ils les portent à des entreprises à quoi peut estre ils n'eussent jamais pensé, les quelles Je ne puis dire que de vive voix, ce que j'espère bientost, si Monseigneur l'a agréable, estimant estre pour quelque temps beaucoup plus utile pour son service à Paris qu'en nul autre lieu, à présent que les conclusions des cabales se doivent faire avant qu'un chacun parte pour cette campagne, les circonstances desquelles il est très important pour le service de la Reyne que son Eminence les sache. J'en déduirai les raisons de vive voix, lorsque j'aurai l'honneur d'estre près de vous et de pouvoir conférer en particulier pour éviter tous ombrages. Mais, Monsieur, sans le secours qu'il vous plaist me faire espères de ma pension, je ne puis me mettre en chemin, estant mesme forcé d'emprunter ce que je dois où je loge en cette ville pour mon séjour, tant ma maladie m'a incommodé dans mon voyage, outre les dépenses qu'il m'a fallu faire. Si j'avois les moyens que j'avois autrefois, je les avancerois très volontiers plustost que de faire toutes ces discussions.
« Je ne me fusse jamais pu persuader, si je ne l'avois sçu parfaitement, que la comtesse de Fiesque se fut laissée emporter, dans les intrigues qu'elle a avec les duchesses de Vendosme et de Nemours, de donner à Mademoiselle des conseils esgalement mauvais et pernicieux. Quoiqu'ils soient à l'avantage de ceux de la maison de Guise, ils sont néantmoins importants au service de la Reyne; et qui plus est, pour rendre sa maitresse plus capable de ces persuasions, elle les fait appuyer par la duchesse d'Espernon et par sa belle fille, et est à présent
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aussi bien dans son esprit qu'elle y a esté mal par le passé, ainsi que disent ceux de sa confidence.
« Vous avez mémoire, Monsieur, des particularités de mes autres depesches sur le sujet du comte de La Rochefoucauld, son fils, son beau frère, et quelques autres de ses intimes, qui souhaitent avec tant de passion des gouvernements. Je vous prie confirmer et assurer de rechef que ce n'est pas pour en bien servir les personnes qui les leur peuvent donner, car ils sont acquis et très attachés aux intérêts de ceux de Guise, et je vous assure que pour une bonne princesse la Reyne est mal et très injustement servie; et quoique je sois fort impertinent dans les affaires de l'Estat, mon zèle me fait prendre la liberté de dire qu'après ce que j'ai sçu et vu, la Reyne et son Eminence doivent plustost faire des créatures que de permettre que d'autres les fassent. Je réserve à m'expliquer de vive voix et demande pardon à Monseigneur si la passion que j'ai à son service me fait entreprendre d'escrire avec cette liberté au préjudice des respects que je dois à sa Majesté et à son Eminence. »
ÏBID. p. 139. UNE LETTRE DU 2 FÉVRIER MAIS NON DÉCHIFFRÉE ET DONT IL NOUS A ÉTÉ IMPOSSIBLE DE NOUS SERVIR.
IBID., p. 154. LETTRE NON DATÉE.
« Monsieur, , »
« Depuis mon arrivée en cette province de Touraine, j'ai, avec tous les soins qu'il m'a été possible, recherché les occasions propres à m'instruire des choses les plus importantes au service de leurs Majestés et de son Eminence.
« Premièrement sera remarqué que la duchesse de Cbevreuse reçoit de temps à autre des nouvelles de ce qui se passe à la cour par l'entremise de diverses personnes, et entre autres de Lussant d'Amboise, qui est à présent encore à Paris, et qui lui sert d'ordinaire de mouchard tant en cour qu'en cette province. Par les dernières depesches il assure que le duc de Vendosme est à Aneci, maison de son gendre l.
« Le comte de Montresor la vient visiter ensuitte des conférences