‹ Madame de Chevreuse et Madame de hautefortChapitre 30 sur 215 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

de l'archevêque de Paris, se faisait ouvrir les portes du Val-de-Grâce, pénétrait dans la cellule de la reine, saisissait tous ses papiers, et interrogeait la supérieure, la mère de Saint-Etienne, après lui avoir fait commander par l'archevêque de dire la vérité au nom de l'obéissance qu'il lui devait et sous peine d'excommunication. La reine aussi eut beaucoup à souffrir, et courut les plus grands dangers. Ecoutons La Rochefoucauld, qui, ce semble, devait être parfaitement informé , puisqu'il était alors , avec Mmc de Hautefort et Mme de Ghevreuse, le confident le plus intime d'Anne d'Autriche : « On accusoit la reine d'avoir des intelligences avec le marquis de Mirabel, ministre d'Espagne... On lui en fit un crime d'État... Plusieurs de ses domestiques furent arrêtés , ses cassettes furent prises. M. le chancelier l'interrogea comme une criminelle ; on proposa de la renfermer au Havre, de rompre son mariage et de la répudier. Dans cette extrémité, abandonnée de tout le monde, manquant de toutes sortes de secours et n'osant se confier qu'à Mme de Hautefort et à moi, elle me proposa de les enlever toutes deux et de les emmener à Bruxelles. Quellesque difficultés et quelsque périls qui parussent dans un tel projet, je puis dire qu'il me donna plus de joie que je n'en avois eu de ma vie. J'étois dans un âge où l'on aime à faire des choses extraordinaires et éclatantes, et je ne trouvois pas que rien le fût davantage que d'enlever

en même temps la reine au roi son mari, et au cardinal de Richelieu qui en étoit jaloux , et d'ôter Mmc de Hautefort au roi qui en étoit amoureux. Heureusement les choses changèrent; la reine ne se trouva pas coupable , l'interrogatoire du chancelier la justifia, et Mnie d'Aiguillon adouci! le cardinal de Richelieu 1. » Tout ce récit nous est fort suspect. Nous ne croyons pas le moins du monde que la reine ait eu la folle idée que lui prête La Rochefoucauld; il aura pris une plaisanterie de Mnie de Hautefort pour une proposition sérieuse, et il la rapporte ici pour se donner, selon sa coutume , un air d'importance. Il n'était pas d'ailleurs, quoi qu'il en dise, assez hardi pour se charger d'une entreprise aussi téméraire, et nous allons le voir très circonspect en des occasions bien moins périlleuses. Jamais le chancelier n'a fait subir d'interrogatoire à la reine : la dignité royale s'y opposait absolument; d'ailleurs la reine n'était pas alors à Paris ; elle n'était point au Val-de-Grâce quand le chancelier s'y transporta ; elle était à Chantilly avec le roi2, et tout se dut passer en explications confidentielles entre le roi, la reine et Richelieu , sans l'intervention du chef de la justice. L'interroga-

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