‹ Madame de Chevreuse et Madame de hautefortChapitre 29 sur 215 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

à l'ombre naissante, M,ne deChevreuse venait à Paris déguisée, s'introduisait au Louvre ou au Yal-de- Grâce, voyait la reine, et au milieu de la nuit s'en retournait à Dampierre. Bientôt on découvrit ou on soupçonna ces visites clandestines, et la fidèle et hardie confidente d'Anne d'Autriche fut reléguée en Touraine dans une terre de son premier mari.

Qu'on juge du mortel ennui qui dut accabler la belle duchesse, ensevelie à trente-trois ans dans le fond d'une province, loin du bruit et de l'éclat de Paris, loin de toutes les émotions qui lui étaient si chères, loin de toute intrigue de politique et d'amour! Ce lui était un divertissement fort médiocre de tourner la tête au vieil archevêque de Tours 4, et pour se soutenir elle avait grand besoin des visites du jeune et aimable La Rochefoucauld 2, qui habitait dans son voisinage, et des lettres de la reine Anne. Elle resta en Touraine pendant quatre longues années, depuis 1633 jusqu'au milieu de 1637, employant son loisir et son activité à nouer une corres-

1. La Rochefoucauld, Mémoires, p. 355. 11 s'appelait Bertrand de Chaux ou. d'Eschaux. Il devait avoir alors plus de 80 ans, car on lit dans la Gazette de Tan 1641 , n° 619, p. 315 : « Le sieur d'Eschaux, archevêque de Tours, commandeur de l'ordre du Saint-Esprit, ci-devant évèque de Bayonne et premier aumônier du îoi, âgé de 86 ans, est mort le 21 mai en son palais archiépiscopal de Tours. »

2. La Rochefoucauld, ibid., p. 355 : « Mme de Chevreuse étoit alors reléguée à Tours. La reine lui avoit donné bonne opinion de moi; elle souhaita de me voir, et nous fûmes bientôt dans une très-grande liaison d'amitié... En allant et en revenant, j'étois souvent chargé par Tune ou par l'autre de commissions périlleuses. »

pondance mystérieuse entre la reine, Charles IV, la reine d'Angleterre et le roi d'Espagne.

Quel était le véritable objet de cette correspondance? Jusqu'ici, tout ce que nous en savions de bien certain, c'est que l'on en tira les plus graves accusations contre Anne d'Autriche et Mme de Chevreuse. La reine se servait pour ce commerce secret d'un de ses valets de chambre nommé La Porte. Quelquefois aussi elle se retirait au Val-de-Grâce , en apparence pour y faire ses dévotions, et elle y écrivait des lettres que la supérieure, Louise de Milley, la mère de Saint-Étienne , doublement dévouée à Anne d'Autriche et comme catholique et comme Espagnole1, se chargeait de faire arriver à leur adresse. La reine et ses amis croyaient agir dans une ombre impénétrable; mais la police du soupçonneux cardinal était aux aguets. Un billet d'Anne à Mme de Chevreuse, confié par La Porte à un homme dont il se croyait sûr et qui le trahit, fut intercepté, La Porte arrêté, jeté dans un cachot de la Bastille, interrogé tour à tour par les suppôts les plus habiles du cardinal, Laffemas et La Poterie, par le chancelier Pierre Séguier et par Richelieu luimême. En même temps le chancelier, accompagné

1. Gallia Christiana, t. VIII, p. 584. La mère de saint Etienne fut abbesse de 1626 jusqu'au 13 août 1637 où elle fut forcée de donner sa démission, et remplacée par Marie de Burges, la mère de Saint-Benoit. Elle était née en Franche-Comté, et toute sa famille était au service de l'Espagne ; son frère était même gouverneur de Besançon.

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