CHAPITRE PREMIER
Longueville, la princesse Palatine et la duchesse de Chevreuse 1. »
Un mot d'abord de la beauté de Mmc de Chevreuse, car cette beauté a fait une grande partie de sa destinée. Tous les témoignages contemporains s'accordent à la célébrer. Un portrait à peu près de grandeur naturelle , que possède M. le duc de Luynes et qu'il a bien voulu nous laisser voir 2, lui donne une taille ravissante, le plus charmant visage, de grands yeux bleus, de fins et abondants cheveux d'un blond châtain , le plus beau sein, et dans toute sa personne un piquant mélange de délicatesse et de vivacité, de grâce et de passion. C'est bien là le caractère de la beauté de Mme de Chevreuse ; on le retrouve dans l'excellente gravure de Daret 3 , que Harding a reproduite en Angleterre, et jusque clans le tableau de Ferdinand* Elle à , qui l'a peinte en
1. Vie de Mme de Longueville, par Villefore, édition de 1739, ne partie, p. 33. — Mme de Motteville, tome Ier, ibid. : « J'ai ouï dire à ceux qui l'ont connue particulièrement qu'il n'y a jamais eu personne qui ait si bien connu les intérêts de tous les princes et qui en parlât si bien, et même je l'ai entendu louer de sa capacité. »
2. Ce portrait n'est pas un original ; c'est une copie, mais ancienne.
3. Voyez la collection in-4° de Daret, dédiée à Mme de Chevreuse elle-même. Il y a un autre portrait gravé de Mme de Chevreuse, et fort rare, dans la collection de Leblond, in-folio. Elle est plus jeune encore que dans Daret. Ovale admirable, grands yeux, beau sein, cheveux frisés et crêpés du commencement de Louis XIII. Quant aux vilains petits portraits de Moncornet, ils n'ont aucun rapport avec Mme de Chevreuse à aucun âge.
4. L'original de Ferdinand Elle est chez M. le duc de Luynes. Balechou l'a gravé pour l'Europe illustre.
veuve et déjà vieille. On sent encore en ce dernier portrait que la grande beauté a passé par là, et la finesse, la distinction, la vivacité et la grâce ont survécu.
Marie de Rohan appartenait à cette vieille et illustre race, issue des premiers souverains de la Bretagne, qui par elle-même et ses branches diverses, sans compter ses alliances, couvrit et posséda longtemps une partie considérable de la Bretagne et de l'Anjou, se divisa presque également au xvr siècle et dans la première moitié du xvne entre le parti catholique et le parti protestant, tour à tour servit avec éclat ou tint en échec la royauté, et dont les traits héréditaires, marqués dans l'un et dans l'autre sexe, étaient particulièrement la hauteur de l'âme, la hardiesse et la* constance. Au siège de la Rochelle , deux femmes, après avoir enduré toutes les rigueurs de la famine, comme les derniers des soldats , et s'être longtemps nourries comme eux de chair de cheval, aimèrent mieux rester prisonnières entre les mains de l'ennemi que de signer la capitulation. C'étaient la mère et la sœur de ce fameux duc de Rohan, un de nos plus grands hommes de guerre avant Condé, et sans contredit notre plus grand écrivain militaire avant Napoléon. La femme de ce même Henri de Rohan défendit Castres contre le maréchal de Thémines. Dans le