CHAPITRE DEUXIÈME
Charles Ier, sur lord Montaigu, ardent catholique et le conseiller intime de la reine Henriette, sur le chevalier d'Igby et sur d'autres seigneurs puissants dans cette cour, entretenant aussi d'étroites intelligences avec la cour de Rome par son envoyé en Angleterre Rosetti 4, et surtout avec le cabinet de Madrid, encourageant et enflammant les espérances de tous les proscrits et de tous les mécontents, semaient partout des obstacles sur la route de Richelieu, et assemblaient des périls sur sa tête.
En 1641, nous trouvons Mme de Ghevreuse à Bruxelles servant de lien entre l'Angleterre, l'Espagne et la Lorraine. On ne sait pas communément, mais nous pouvons démontrer qu'elle prit une assez grande part à l'affaire du comte de Soissons, c'està-dire à la conspiration la plus formidable qui ait été tramée contre Richelieu.
Le comte de Soissons, prince du sang, était bien plus considérable encore que ne l'avait été Henri de Montmorenci : il avait sa bravoure et ses talents militaires; son plan était mieux conçu, et l'occasion
1. Aussi lorsque plus tard, en 1643 , le pape destina le cardinal Rosetti à le représenter au congrès de Munster, le successeur de Richelieu n'hésita pas à l'exclure, en se fondant particulièrement sur ce que, pendant sa mission en Angleterre, Rosetti s'était fort lié avec Mme de Chevreuse et qu'elle l'avait entièrement gagné. Lettre de la reine à M. de Fontenay, du 25 septembre 1643, Bibliothèque nationale, fonds Gaignieres, vol. 510, in-fol. sous ce titre : Dépesches importantes sur la paix d'Italie, des années 1643 et 1644.
tout autrement favorable. Le premier ministre, en tendant tous les ressorts du gouvernement, en perpétuant la guerre, en aggravant les charges publiques, en opprimant les corps, en frappant aussi les particuliers, avait soulevé bien des haines, et il ne gouvernait guère plus que par la terreur. Son génie imposait; la grandeur de ses desseins parlait à quelques esprits d'élite; mais cette dureté continue et tant de sacrifices sans cesse renaissants fatiguaient le plus grand nombre, à commencer par le roi. Le favori du jour, le grand-écuyer Cinq-Mars, minait et noircissait le plus qu'il pouvait le cardinal dans l'esprit de Louis XIII. Il connaissait la conspiration du comte de Soissons, et sans en faire partie il la favorisait. On pouvait compter sur lui pour le lendemain. La reine Anne, toujours en disgrâce malgré les deux fils qu'elle venait de.donner à la France, faisait au moins des vœux pour la fin d'un pouvoir qui l'opprimait. Monsieur avait engagé sa parole, il est vrai, bien peu sûre; mais le duc de Bouillon, homme de guerre et politique éminent, était ouvertement déclaré, et sa place forte de Sedan, située sur les frontières de la France et de la Belgique, était un asile d'où on pouvait braver longtemps toutes les forces du cardinal. On s'était ménagé de vastes intelligences dans toutes les parties du royaume, dans le clergé, dans le parlement. On conspirait jusque dans la Bastille, où le maréchal de Yitry et