Mémoires, ibid., p. 362 et
2. Mémoires de la vie de Fréd .-Maurice de la Tour d'Auvergne, duc de Bouillon (par son secrétaire Langlade), Paris, 1692, in-12.
3. Cette crainte n'était pas dépourvue de fondement, et Richelieu s'efforçait de se faire donner par le roi la tutelle de ses enfants. Il y était presque parvenu, comme nous le voyons dans ce précieux document que nous tirons des Archives des affaires étrangères , France , t. CI, lettre de Chavigny à Richelieu, du 28 juillet 1642 : « Le roi m'a dit depuis quelques jours qu'il se sou venoit que lors de sa grande maladie au camp de Perpignan, M. le Grand lui tint des discours pour le disposer à lui donner la tutelle de ses enfants après sa mort, sans pourtant lui en parler ouvertement. Sur quoi , prenant occasion d'exagérer l'effronterie et l'horrible ambition de ce scélérat, et de faire connoitre à sa Majesté en général qu'il falloit qu'une personne eût toutes les qualités qu'il n'avoit pas pour être capable d'une telle charge, elle me dit : Si Dieu me met en état de penser à ce qui se fera après moi, je ne les puis laisser qu'à monseigneur le cardinal. Sur quoi je ne répondis rien que des protestations, de la part de son Éminence, de passion et de tendresse pour un si bon maître, etc. »
De Thou dit encore au duc de Bouillon que, depuis la maladie du roi, la reine et Monsieur, le duc d'Orléans, s'étoient liés étroitement ensemble, et que c'étoit par Cinq-Mars que leur liaison avoit été faite. Deux jours après, de Thou souhaita que la reine témoignât au duc de Bouillon la satisfaction qu'elle avoit de la manière dont il avoit répondu aux choses qui lui avoient été dites de sa part; ce qu'elle ne put faire qu'en peu de paroles et en passant pour aller à la messe , se remettant du reste à de Thou comme ayant en lui une confiance entière. » Turenne écrivant plus tard à sa sœur, Mlle de Bouillon, lui dit : « Vous pouvez juger combien il doit être sensible à mon frère de voir la reine et Monsieur tout-puissants, et d'avoir perdu Sedan pour l'amour d'elle1. » Or, où la reine Anne s'était si fort engagée, Mme de Chevreuse n'avait guère dû s'abstenir. Ajoutez qu'elle était depuis longtemps très liée avec de Thou, qui s'était compromis pour elle dans une affaire qu'il nous est impossible de déterminer, mais où nous savons qu'il eut grand' peine à obtenir son pardon du cardinal, comme il le reconnaît lui-même dans le tragique procès qui le conduisit à l'échafaud 2. Un
1. Lettres et Mémoires, etc., publiés par le général Grimoard, in-f0,
2. Nouveaux Mémoires d'histoire, de critique et de littérature, par M. l'abbé d'Artigny, t. IV. Pièces originales concernant le procès de MM. de Bouillon, Cinq-Mars et de Thou. Interrogatoire du 6 juillet 1642, et surtout deuxième interrogatoire du 24 juillet : « Interpellé